Tags contre les résidences secondaires en Bretagne : une militante de Dispac'h jugée à Lorient

Une militante du collectif Dispac'h comparaît devant le tribunal de grande instance de Lorient, pour dégradation ou déterioration du bien d'autrui, après des tags découverts sur des mairies et des agences immobilières dans le Morbihan. Le collectif nie sa participation à l'écriture de ces tags.

Aodren membre du collectif Dispac'h devant le tribunal de grande instance de Lorient. Elle est poursuivie par la justice à la suite de tags contre les résidences secondaires, retrouvés sur des agences immobilières ou des mairies de communes bretonnes.
Aodren membre du collectif Dispac'h devant le tribunal de grande instance de Lorient. Elle est poursuivie par la justice à la suite de tags contre les résidences secondaires, retrouvés sur des agences immobilières ou des mairies de communes bretonnes. © Q. Cézard - France Télévisions

Aodren, militante du Collectif  Dispac’h comparaît devant le tribunal de grande instance de Lorient pour "dégradation ou détérioration du bien d’autrui aggravée par deux circonstances : en réunion et commise par une personne dissimulant volontairement en tout ou en partie son visage afin de ne pas être identifiée."  L'audience a été retardée cet après-midi, par la grève des avocats. Cette dernière a en effet entraîné de nombreux renvois et une attente au tribunal. 

Cette affaire fait suite à des tags retrouvés sur des mairies et des agences immobilières, dans une dizaine de villes de la côte bretonne. Les messages retrouvés dénonçaient le taux élevé de résidences secondaires. 


500 euros d'amende avec sursis, la relaxe pour les dégradations


L'audience démarre finalement à 15 h 30. Le tribunal refuse la présence d'un traducteur en langue bretonne, malgré la demande de l'avocat. "La langue française est la langue officielle en France, celle qui est pratiquée dans ce tribunal. "La prévenue comprend suffisamment le français pour ce que cette demande ne soit pas acceptée." Aodren refuse de parler français et ne s'exprimera donc pas.

Le procureur demande une requalification des faits, à la baisse, avec la seule circonstance aggravante suivante : la dissimulation de visage. Selon lui, aucune dégradation grave n'a été constatée et aucune des parties civiles n'a fait la démonstration des préjudices subis, avec un chiffrage des dégâts ou des factures. Il demande 2000 euros d'amende avec sursis (la jeune femme ne paiera rien si elle ne commet pas d'autres délits dans les 5 ans),  250 euros pour refus de se soumettre à un prélèvement biologique.

Aucune conviction politique ne justifie le droit de dégrader le bien d'autrui.

Les débats tournent ensuite autour de la présence ou non de la jeune fille, sur les lieux. Des caméras de vidéosurveillance, notamment à Carnac, montrerait la présence de son véhicule ainsi que des chaussures, qu'elles portaient sur d'autres vidéos de manifestations. Son avocat réfute ces arguments qu'il juge bancales. "Les images sont trop flous pour lire une plaque." Selon lui, les poursuites ne sont pas établies. Il demande la relaxe.

La relaxe est accordée pour les dégradations. Aodren est condamnée à 500 euros avec sursis pour refus de se soumettre au relevé de ses empreintes digitales. La décision est saluée par le collectif. "On est pleinement satisfaits." Ce procès aura été l'occasion d'afficher le combat de Dispac'h. 
 

"Pour moi, emmener quelqu'un au tribunal pour des tags, ce n'est pas légitime"


Une cinquantaine de personnes s'est rassemblée, devant le tribunal, pour soutenir la jeune fille. "Cela montre que des gens se sentent concernés par le sujet", relève Aodren. Pour Ewan Thebaud, membre du collectif Dispac'h : "On est clairement dans un procès politique aujourd'hui." Il souligne "Cette action n’a pas été revendiquée et cette militante n’a pas été surprise en flagrant délit." 

"Je suis une tête un peu connue de Dispac'h, on me voit sur des vidéos. Eux, ils font des liens comme ils peuvent" explique Aodren. "Pour moi, emmener quelqu'un au tribunal pour ce genre de chose ce n'est pas légitime. Il y a d'autres problèmes plus graves. Nous celui qu'on met en avant c'est celui des résidences secondaires."
 
Rassemblement de soutien pour la militante du collectif Dispac'h jugée au tribunal de grande instance de Lorient
Rassemblement de soutien pour la militante du collectif Dispac'h jugée au tribunal de grande instance de Lorient © C. Cézard - France Télévisions
 


Le collectif Dispac'h explique refuser "que les zones côtières de la Bretagne soient assignées au seul tourisme et par conséquent à la spéculation immobilière. Les conséquences de cette politique sont connues : impossibilité pour les locaux de se loger en raison de la hausse des prix, désertification des communes concernées en dehors des périodes de vacances, offres d’emploi réduites à des jobs précaires de saisonniers. " Ses militants organisent ponctuellement des actions pour sensibiliser les citoyens. 

 


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société aménagement du territoire environnement