Zoo de Pont-Scorff : Rewild dans le collimateur de la préfecture

Depuis décembre dernier l'association Rewild tente de faire de l'ancien zoo un centre de réhabilitation des animaux de la faune sauvage pour en reintroduire certains en milieu naturel. La Préfecture reproche un manque de personnel qualifié, des évasions d'animaux, des morts non expliquées...

Des éléphant du Zoo de Pont-Scorff (56)
Des éléphant du Zoo de Pont-Scorff (56) © France 3 Bretagne
Comme un nouveau départ, en décembre dernier l'association Rewild rachetait le zoo de Pont-Scorff, dans le MorbihanUn appel à la générosité avait permis de recueillir plus de 700 000 euros. Le projet est audacieux : transformer le lieu de captivité en centre de réhabilitation de la faune sauvage pour un but ultime, réintroduire le plus possible d'animaux dans leur milieu naturel. Ceux qui vivent au zoo et d'autres saisis par la justice et qui trouveraient refuge à Pont-Scorff.
   

Mise en demeure

Mais depuis quelques semaines, le ciel s'est assombri au dessus du parc. Dans un rapport, la Préfecture du Morbihan (Direction Départementale de la Protection des Personnes) relève de nombreuses irrégularités.
 

2 428 kg de cadavres ont été collectés

Les mots de l'administration sont souvent secs. Dans un document consultable en ligne, la Direction Départementale de la Protection des Personnes (DDPP) indique que "2 428 kg de cadavres ont été collectés par l'équarrisseur sans que l'exploitant ait documenté et recherché les causes possibles de cette mortalité". Jakob, un rhinocéros, est mort, "une vache africaine aussi" affirme Véronique Thomas, fille du fondateur du zoo de Pont-Scorff et directrice pendant plusieurs années.
 
Véronique Thomas, alors directrice du zoo de Pont-Scorff
Véronique Thomas, alors directrice du zoo de Pont-Scorff © DR

Elle estime que ces deux gros animaux représentent environ la moitié de ces 2,4 tonnes, mais "l’autre moitié c’est quoi ? s'interroge-t-elle, des petits animaux de quelques kilos ? Ça peut être énorme." Véronique Thomas explique que lorsqu'elle tenait le parc, "tout animal qui décèdait était autopsié par un vétérinaire".

Lamya Essemlali, co-présidente de Rewild n'a pas la même balance et indique que "Jakob à lui seul pesait deux tonnes et les réserves de cadavres étaient pleines quand on a racheté".

Registre vétérinaire absent

Rien ne permet de dire que les animaux seraient mal soignés. Rewild publie des videos qui montreraient plutôt le contraire en tout cas.
Mais la bonne volonté ne suffit pas pour les services préfectoraux. Ils relèvent des faits : registre vétérinaire absent, "il est impossible d'appréhender rapidement l'historique de l'état de santé de chacun des animaux. Des médicaments périmés depuis plus de deux ans sont conservés dans la pharmacie."

Evasions d'animaux

Au titre des griefs également, l'absence d'un agent titulaire d’un certificat de capacité garantissant qu’au moins une personne est capable de gérer des animaux de ce type (Ndlr. Olivier Thomas, ancien directeur avec sa soeur Véronique, restait salarié en tant que capacitaire, mais il est en arrêt maladie depuis plusieurs mois). Le rapport de la DDPP s'alarme de "plusieurs évasions d'animaux depuis la reprise du zoo par Rewild (wallaby, perroquets)", et déplore aussi la saturation des fosses d'eaux usées. Rewild se défend de toute irrégularité. Une fosse a bien été pleine mais vidée depuis et pour l'absence de capacitaire, le gérant Jérôme Pensu est sûr de son fait, "comme on est fermé au public, on n'a pas besoin de ce certificat". Faux ! répond Jean-Michel Chapron, directeur DDPP(56). C'est incontournable pour "les fauves, éléphants ou encore les phoques". 
 

Qu’on ne nous impose pas en 6 mois de remettre aux normes des choses abandonnées depuis 20 ans


renchérit Lamya Essemlali. La co-présidente de Rewild n'y va pas par quatre chemins. L'association va "attaquer le directeur de la DDPP(56) pour dénonciation calomnieuse. Il sort de son devoir de réserve." La Préfecture du Morbihan exige une mise en conformité des installations et des réponses sur les manquements réglementaires au plus tard le 30 septembre. Jean-Michel Chapron, souhaite que cela aboutisse, sinon il y aura un PV de régulation, et au pire "c'est le procureur qui décidera", prévient-il.

 

Les propriétaires du terrain réclament 450 000 euros

Comme si cela ne suffisait pas, la famille Thomas, toujours propriétaire du terrain, affirme également que Bretagne Zoo, la société constituée autour de Rewild et déclarée pour gérer le refuge, devrait 450 000 euros à sa famille, cumul de loyers impayés pour la location du terrain ou de remboursement de prêt. Une accusation qui vaut à Véronique et Olivier Thomas un recours pour abus de bien sociaux, déposé à leur encontre par Rewild. Au-delà de cette guerre de personnes, faut-il s'inquiéter de la capacité de Rewild à assumer financièrement son projet et sa ménagerie ?

Véronique Thomas remarque que "parmi (ses) anciens fournisseurs, de nourriture notamment, certains ont des impayés. Alors comment sont nourris les animaux", s'inquiète-t-elle, même si elle précise "je ne travaille plus au zoo, évidemment je ne suis pas au courant de tout""J’y ai cru comme tout le monde, conclut-elle, mais vivre de dons me pose question. Je suis dans l’inquiétude".

Une réponse point par point

Rewild s'engage à répondre point par point à toutes les attaques et espère ouvrir ses portes au public avant le printemps prochain. "Cette mise en demeure, dit Lamya Essemlali, met en avant les infractions commises par l’ancienne direction et que nous avons relevées dans notre propre audit". Un communiqué détaille : "29 animaux sont détenus sans certificat de capacité, 45 mammifères, 93 oiseaux et 87 reptiles ne sont, entre autres, pas correctement identifiés, rendant impossible la vérification de leur  provenance légale."  L'audit révèle également "la présence d'animaux détenus dans des conditions non conformes avec leurs exigences biologiques, des actes de cruauté et de maltraitance, des mutilations et l'absence de compte rendu vétérinaires entre autres…"

Rewild met directement en cause la DDPP (56) : "Ça met en cause l’ancienne direction du zoo et l’administration de monsieur Chaperon qui a ignoré les erreurs du zoo de Pont-Scorff. Il y a un problème de compétence ou de complicité". Fermez le banc !

 
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