“Il faut taper du poing sur la table et sauver l’hôpital”. À Pontivy l'hôpital, en plein désert médical, perd trois médecins

Situé en plein désert médical, l'hôpital de Pontivy fait face à une vague de départs. Trois médecins seront partis d'ici décembre. L'hôpital tire la sonnette d'alarme et tente tout pour recruter de nouveaux praticiens.

Le chef des services d’urgence, un chirurgien orthopédiste et la cheffe de médecine polyvalente sont sur le départ, à l’hôpital de Pontivy. “Pour décembre, ils seront tous les trois partis” se désespère Marie-Hélène Aleman-Trévidic, présidente de la commission médicale du centre hospitalier du Centre-Bretagne.

Des départs et une quasi-impossibilité à recruter

Trois départs qui s’ajoutent aux 12 postes vacants dans cet hôpital du centre Bretagne qui n’arrive pas à recruter. “Je me bats de toutes mes forces pour attirer des médecins dans notre hôpital. Je fais des appels à l’aide au niveau régional et national mais rien…” Dans cette zone rurale éloignée de la mer, le manque d’attractivité est important. Pontivy est au coeur du désert médical Breton. L’autre problème, pour cette pharmacienne hospitalière, tient dans le manque de valorisation des praticiens hospitaliers.

Je me bats de toutes mes forces pour attirer des médecins dans notre hôpital. Je fais des appels à l’aide au niveau régional et national mais rien…

Marie-Hélène Aleman-Trévidic

“Nous sommes pieds et mains liés par les règles du ministère. Nous n’avons aucune latitude pour délivrer quelques avantages ou solutions pour faciliter le travail de nos équipes” se désole Marie-Hélène Aleman-Trévidic.

Dernier coup de massue pour l’hôpital de Pontivy, la quasi-impossibilité d’avoir recours à l’intérim. “Depuis la loi Rist entrée en vigueur le 1er avril dernier, notre collectif de médecins intérimaires réguliers ne répond plus, ils travaillent ailleurs.”

Une vague de départs liée au manque de reconnaissance

Les plannings des hôpitaux sont scrutés, tout doit être justifié. Le personnel n’est pas assez nombreux et le nombre de personnes se présentant pour des soins est toujours plus important. “Nous n’arrivons plus à suivre” souffle la responsable du collectif des médecins hospitaliers de Pontivy. Cette pression est difficilement tenable. “Ceux qui quittent l’hôpital le font la mort dans l’âme. Ils sont dévastés” certifie la praticienne hospitalière. À nos confrères de Ouest-France, Louis-Marie Jouanno indique son sentiment de frustration. “Je pars avec dépit mais aussi avec un certain soulagement” indique celui qui était arrivé dans cet hôpital il y a à peine trois ans.

Nous n’arrivons plus à suivre.

Marie-Hélène Aleman-Trévidic

“Cette surcharge de travail nous dévaste. Nous essayons de passer chaque cap l’un après l’autre mais il n’y a aucune stabilité d’organisation” assure Marie-Hélène Aleman-Trévidic. “Après le covid, les hivers… Après les hivers, les plannings d’été à faire avec les congés… Nous devons trouver une solution pour protéger le milieu hospitalier”.

Chloé Latour, la cheffe du service de médecine polyvalente part pour un autre projet professionnel et le chirurgien orthopédiste quitte l'hôpital public pour le privé. “Les conditions de travail ont forcément accéléré leurs décisions” regrette Marie-Hélène Aleman-Trévidic. 

L'inquiétude du personnel

Pour celle qui a encore le feu sacré envers l’institution, l'inquiétude est forte. “Nous ne sommes plus en nombre. Il faut améliorer les statuts des praticiens dans les hôpitaux. Vu la pénibilité du métier et l’obligation d’accueillir des patients 24h/24, il nous faut un effectif suffisamment dimensionné, et nous ne l’avons plus.”

“Le rêve, c’est de recruter. Nous avons quelques pistes pour des remplacements à court terme, mais rien de concret pour le long terme”. Dans les couloirs de l’hôpital beaucoup s’inquiètent. Comment faire en sous-effectif ? Comment assurer l’offre de soin à ce bassin de population ? Pour cette responsable au sein de l’hôpital du Centre-Bretragne une réponse du ministère doit se faire entendre. “Il faut un gros coup de poing sur la table et dire maintenant on met les moyens qu’il faut pour l’hôpital”. La praticienne de Pontivy espère que la survie de l’hôpital public devienne une priorité nationale.