Loi Rist. Sans médecins intérimaires, il va y avoir des trous dans le planning, selon ce chef des urgences

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La loi Rist, qui plafonne l'indemnité de garde des médecins intérimaires, est entrée en vigueur ce 3 avril 2023. Elle donne des sueurs froides aux hôpitaux où le bouclage des tableaux de service se complique, faute de praticiens. "Cette loi fragilise le maillage sanitaire et aggrave le fossé avec le privé" estime Xavier Hamon, président de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Landerneau.

Sur le planning d'avril des anesthésistes de l'hôpital de Landerneau, il reste des trous à combler. Faute de médecins intérimaires sur lequel le service repose à 75 %. "Il manque pour l'instant deux journées, explique Xavier Hamon, président de la commission médicale d'établissement et chef des urgences. Ce qui veut dire que si l'on ne trouve personne, la maternité fermera ces jours-là, le bloc opératoire ne pourra pas non plus fonctionner. Et ainsi de suite"

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"Alors, on fait quoi ?"

La loi Rist, qui plafonne l'indemnité des médecins intérimaires à 1.390 euros brut pour une garde de 24h, c'est un peu la goutte d'eau de trop dans cet hôpital, lequel se bat pour le maintien de sa maternité et a vu ses urgences fermer toutes les nuits pendant les vacances de Noël. "Je rappelle que cette loi ne s'applique que dans le public, précise Xavier Hamon. Si plafonner va dans le bon sens pour éviter les excès monumentaux qu'il a pu y avoir, c'est aussi la porte ouverte à une fuite plus importante des intérimaires vers le privé".

On plafonne sans réfléchir aux conséquences annexes

Xavier Hamon

Président de la commission médicale d'établissement - Hôpital de Landerneau

Le président de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Landerneau n'aborde pas le mois d'avril avec sérénité. Et encore moins les mois suivants. "Aux urgences, cela va passer jusqu'en juillet, mais ce sera plus compliqué en août, avec les congés, note-t-il. En anesthésie, l'été sera difficile aussi. Alors, on fait quoi ? On dit aux gens qu'ils ne pourront pas partir en vacances et se reposer ? On ferme des services et on envoie les soignants travailler ailleurs ? On plafonne sans réfléchir aux conséquences annexes. Et, surtout, on oublie la question centrale du travail à l'hôpital public avec tout ce qu'elle recoupe : rémunération, qualité de vie au travail, etc. Il n'y pas de débat là-dessus. Redonner de l'attractivité aux hôpitaux, il est là l'enjeu. Car, où vont les praticiens ? Dans le privé qui, lui, est capable d'attirer".

Proximité

Xavier Hamon voit plus loin que la simple problématique d'une indemnité plafonnée. La loi Rist, selon lui, "fragilise le maillage sanitaire d'un territoire. Quand on ferme une activité ici, une autre là, parce qu'il n'y pas de médecins, la carte sanitaire se retrouve automatiquement modifiée, analyse-t-il. Avec le vieillissement de la population, l'essor des maladies chroniques, nous devons être en mesure de répondre à une demande de soins en proximité. A Landerneau, notre hôpital est à taille humaine et il doit rester le premier recours pour les patients".

Le président de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Landerneau ajoute que "la santé, on la regarde trop sous l'angle du 'combien ça coûte', alors qu'il suffirait de changer de perspective et de voir les bénéfices en santé si on nous donnait les moyens de travailler dans de bonnes conditions. Cela éviterait aussi que les soignants partent ailleurs".

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