CARTE. Pénurie de médecins en Bretagne : la moitié des communes n'ont pas de généraliste

La pénurie de médecins touche la Bretagne. Son centre et le littoral nord sont particulièrement concernés par le manque de généralistes. Dans la région, en 2021, la moitié des communes ne comptabilise aucun médecin.

Des panneaux "recherche médecins" sont plantés à l'entrée de plus en plus de communes en Bretagne, autant sur le littoral que dans les terres.

Ce début novembre, la commune de Saint-Cast-Le-Guildo, dans les Côtes-d'Armor, recherche deux médecins. La ville ne dispose plus que d’un seul médecin généraliste pour ses 3.000 habitants. Dans les communes voisines de Saint-Lormel ou Saint-Pôtan, la situation est encore moins bonne. Au recensement de 2021, il n’y avait tout simplement plus aucun médecin généraliste.

Ces communes sont représentatives de la situation que connaissent la plupart des communes de la Bretagne.

La moitié de la Bretagne sans médecin

En Bretagne, 651 communes n’ont pas de médecin généraliste, c’est plus de la moitié des communes que compte la région.

Et sur les 1.200 communes, plus de 900 ont moins de deux médecins.

Voici une cartographie qui dénombre la présence des médecins généralistes en Bretagne.

En noir les communes sans médecin. En gris, celles qui en ont un ou deux. Ces taches sombres indiquent le manque de présence de généralistes dans la région. 

Les communes en bleu comptent entre 3 à 10 médecins généralistes. En jaune, entre 10 et 100 médecins.

On remarque que le sud de la Bretagne est mieux servi en médecins généralistes qu'au nord. On observe également que le Centre-Bretagne ne compte plus les communes sans accès à un docteur.

Brest et Rennes se détachent en vert, avec 180 et 260 généralistes en 2021. Et pourtant, même dans ces deux grandes métropoles, il n’est pas simple de trouver un médecin traitant.

La Bretagne, 2e région la mieux servie en généralistes

Alors que la moitié du territoire breton n’est pas couverte par la présence de médecins, la Bretagne est tout de même une région plutôt bien servie en comparaison à d’autres territoires.

Voici sur cette carte la densité de médecins généralistes en France par région. Plus la couleur est foncée, plus la présence de médecin est forte.

La région la mieux dotée en médecins est la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur avec 157 médecins pour 100.000 habitants.

La Bretagne est la deuxième région en densité de médecins généralistes : elle en compte 152 pour 100.000 habitants.

La région la moins bien dotée est la région Centre-Val-de-Loire, seulement 107 médecins généralistes pour 100.000 habitants.

L'impact du numerus clausus

Le nombre de médecins est lié au nombre de médecins que l’on forme. L’accès à la deuxième année d’étude de médecine était fixé par un numerus clausus, un nombre défini par l’Etat du nombre d'étudiants pouvant accéder à la deuxième année de médecine.

Voici son évolution entre 1972 et 2020.

En 1977, la France ouvrait 8.671 places contre 3.500 en 1993. Ensuite, c'est l'effondrement du nombre de médecins formés durant 20 ans, de 1978 à 1998.

En 1999, la quantité d'étudiants formés remonte progressivement, pour dépasser le niveau de 77 en 2019.

La formation repart

Aujourd'hui, le numerus clausus n'existe plus. Il a été supprimé le 20 mars 2019 par les députés de l'Assemblée Nationale.

C'est pour la promotion 2021 que l’ouverture du nombre de places d’étudiants admis en deuxième année de médecine a changé la donne. Près de 17.000 places ouvertes en deuxième année de médecine contre 3.500, 20 ans plus tôt.

Aujourd’hui, ce n’est plus le numerus clausus qui définit le nombre d'étudiants en deuxième année, mais les universités elles-mêmes, en concertation avec les Agences régionales de Santé.

Mais toujours pas de solutions à court terme

Les universités ne peuvent pas former un nombre illimité d’étudiants. Les CHU, les hôpitaux universitaires sont saturés.

Il faudra attendre le milieu des années 2030 pour retrouver la densité satisfaisante de généralistes sur l'ensemble du territoire.

D’ici là, les solutions proposées pour lutter contre les déserts médicaux et la pénurie de médecins sont toutes repoussées soit par le gouvernement, soit par les futurs médecins.

Les étudiants en médecine se sont mis en grève ce vendredi 14 octobre 2022, pour contester la proposition du gouvernement d’allonger d’un an les études de médecine générale et d’inciter très fortement les médecins en dernière année à pratiquer dans les déserts médicaux.

Et ce 21 octobre, c’est le gouvernement qui a sorti son 49.3 face à la proposition de 120 députés de tous bords qui présentaient un amendement pour encadrer l'installation des futurs médecins.

La prochaine tentative pour résorber les inégalités d’accès aux soins viendra du Sénat. Une proposition de loi sera bientôt étudiée.