EN IMAGES. Pourquoi se tient-on par le petit doigt quand on danse en Bretagne

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Le reportage de Nicolas Corbard et Yoann Etienne ©France 3 Bretagne

Qui ne s’est jamais lancé dans un An Dro endiablé sur la piste de danse d’un mariage ? Beaucoup imaginent qu’en Bretagne, on danse tout le temps avec le petit doigt en l’air…. Pourtant, il existe des centaines de danses où on ne se tient pas par le petit doigt. Explications.

"Et un et deux ! Trois et quatre !" Les adolescents du cercle de danse de Vannes tournent autour de leur professeur en se tenant par le petit doigt. Ils apprennent les pas du pays vannetais. C’est ici que les danses au petit doigt ont été popularisées, comme le Laridé, le Kas A Barh ou encore la plus ancienne, l’An Dro.

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"Au début, j’avais mal au doigt quand je rentrais chez moi, s’amusent Léane et Maïwenn deux apprenties danseuses. Une fois qu'on connaît les danses, et que nos bras sont synchronisés, ça va, ça ne tire plus trop le petit doigt."

Tous les doigts sauf le pouce

Mais pourquoi se tenir par le petit doigt ? Leur monitrice, Justine Arze, leur apprend les mouvements comme on lui a appris. "On répète. Mais en regardant des vidéos, on se rend compte que les gens ne dansaient pas forcément qu’avec leur petit doigt, note-t-elle. Parfois, c’est la main, ou bien n'importe quel autre doigt sauf le pouce en général."

Mais l'explication est peut-être tout simplement logique ? "C’est aussi le doigt le plus proche des uns des autres quand on danse ensemble, explique-t-elle. C’est donc peut être juste pratique de se donner le petit doigt."

La pudeur ou l'explication religieuse ?

À une certaine époque, la danse bretonne est aussi la manifestation de la tradition dans une région où le pouvoir religieux est omniprésent. Le curé voit-il d’un mauvais œil ce moment d’échange où les corps se rapprochent un peu trop ? Pourrait-on penser que dans le pays vannetais, se tenir par le petit doigt aurait été imposé par le clergé pour que les Bretons se touchent le moins possible ?

La réalité est plus complexe car même le curé dansait ici."Juste après la messe, le prêtre avait la place d’honneur pour danser à côté de la mariée, décrit Alan Pierre, spécialiste de la danse bretonne (Confédération Kenleur). Et certains prêtres accrochaient un mouchoir à leur doigt pour ne pas commettre un péché de chair. Mais il participait à la danse."

Le cliché du petit doigt

Il existe des centaines de danses où on ne se tient pas par le petit doigt. L’An Dro est même un cas unique en France parmi les danses régionales. Son origine est très ancienne : elle vient du branle double, une danse de la renaissance. Ce sont des danses populaires qui se bretonnisent, chacun y apportant sa touche. "Chaque commune avait sa petite mode pour se distinguer du voisin" détaille Justine Arze.

Au final, le petit doigt est un détail, "mais c'est devenu une généralité. L'insolite est toujours pointé du petit doigt, s'amuse Alan Pierre. Avec la coiffe bigoudène, il fait partie des images d'Épinal sur la Bretagne populaire".

Jean-Michel Guilcher, l'ethnologue parlait de "secouer sa misère" pour décrire les danses Bretonnes. Comme pour retrouver de l’énergie après une journée fatigante, marquer un moment important dans une vie, ou bien tout simplement pour faire la fête.

(Avec Nicolas Corbard)