Que retenir de deux ans de pandémie. Analyse de Laurent Chambaud, auteur du livre "Covid, une crise qui oblige".

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Laurent Chambaud, médecin de santé publique et directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes, publie chez Hygée Editions "Covid, une crise qui oblige". Dans cet ouvrage, il livre une synthèse de la pandémie de Covid-19, que l'on vit. Pour lui, cette crise met notamment en évidence qu'il faudra désormais considérer les santés humaine, animale et environnementale ensemble et non plus séparément.

Laurent Chambaud, en quoi cette crise nous "oblige" ? 

Elle nous oblige doublement, car depuis le début de la pandémie, nous avons un certain nombre de nouvelles obligations ( gestes barrières, port du masque etc ). Et l'autre obligation, c'est d'en tirer des enseignements !

On ne tolère plus aujourd'hui les pandémies comme on les tolérait avant

A l'échelle de l'humanité, il y a déjà eu des pandémies, à l'image de la grippe espagnole, en quoi cette pandémie-là est-elle différente ? 

Ce qui a changé, c'est qu'on ne tolère plus aujourd'hui les pandémies comme on les tolérait avant, parce qu'avant, on n'avait pas les moyens de faire autrement. Cela interroge notre valeur santé. Notre rapport à la vulnérabilité, à la maladie et à la mort s'est beaucoup transformé.

Et cela interroge aussi notre monde moderne et son accélération, car cela a engendré une propagation ultra-rapide du virus.

Pourtant, la médecine n'a jamais été aussi performante... 

Oui, c'est vrai, mais notre système de soins qui était déjà sous tension avant, est maintenant en forte souffrance. Cette pandémie a également mis en exergue les inégalités de santé.

Cela va nous obliger à repenser notre système de santé pour nous permettre d'affronter les défis du futur, qui seront faits du vieillissement de la population, mais aussi de crises comme celle-là, car cela va se reproduire bien évidemment.

A partir du moment où 75% des maladies infectieuses transmissibles viennent du monde animal et qu'il y a une trop grande promiscuité avec les êtres humains, vous avez une rupture de la barrière d'espèces. Donc oui, forcément, cela va recommencer.

Vous dîtes que cela va se reproduire, alors comment s'y préparer ?

A partir du moment où 75% des maladies infectieuses transmissibles viennent du monde animal et qu'il y a une trop grande promiscuité avec les êtres humains, vous avez une rupture de la barrière d'espèces. Donc oui, forcément, cela va recommencer.

Les virus et bactéries qui affectent le règne animal, ont des conséquences sanitaires directes sur les hommes. Cela souligne la nécessité de considérer les santés humaine, animale et environnementale ensemble, dans une approche comme "One Health", une approche intégrée et transversale de la santé. 

Finalement, vous voulez dire que l'on peut faire de cette pandémie une opportunité pour nous permettre de nous réinterroger ? 

Oui, elle doit nous amener à revoir nos pivots, et particulièrement nos institutions, comme l'OMS par exemple. Il faut nécessairement qu'il y ait une évolution de la gouvernance de l'OMS.

Et plus globalement, la réflexion doit être menée pour faire évoluer les gouvernements vers plus de solidarité. Le politique a un rôle majeur à jouer. Regardez, depuis 2002, nous avons des instances de démocratie sanitaire, en santé. Durant cette crise, ont-elles été véritablement consultées ? Cela doit nous interroger.

Il faut une logique de santé publique territoriale et pas verticale pour que les décisions soient les plus justes et les plus partagées.

Il faut changer de logique de santé ? 

Il faut une logique de santé publique territoriale et pas verticale, pour que les décisions soient les plus justes et les plus partagées.

Par exemple, ce serait bien que les collectivités territoriales aient davantage de place dans les processus de décision, comme cela s'est passé durant la canicule de 2006 où elles ont pu mettre en place des actions ciblées car elles ont l'expertise sur leur territoire et qu'elles connaissent bien leurs administrés.