"Qu’est-ce qu’on fait mardi ? On ferme nos écoles ? " Réaction de Diwan à la décision du Conseil constitutionnel

"On tombe des nues, un coup de penn-bazh". Voilà les réactions de Diwan après la décision du Conseil constitutionnel ce vendredi. L’enseignement en immersion y est attaqué de front. Enseigner entièrement dans une langue régionale est contraire à la constitution, selon les Sages. 

Sous contrat avec l’Etat depuis 1994, le réseau Diwan devra-t-il abandonner l’immersion pour pouvoir continuer à toucher les aides de l’Etat ?
Sous contrat avec l’Etat depuis 1994, le réseau Diwan devra-t-il abandonner l’immersion pour pouvoir continuer à toucher les aides de l’Etat ? © Lagain Aurelie-Radio France/Maxppp

"Qu’est-ce qu’on nous reproche ?", s’étrangle le tout nouveau président de l’association d’enseignement en langue bretonne Diwan, Yann Uguen. A peine un mois après sa prise de fonction, voilà que le ciel lui tombe sur la tête.

"La langue de la République c’est le français", martèle le Conseil constitutionnel.

Dispenser des cours dans une autre langue que le français serait contraire à la constitution. C’est en tout cas ce que déclare le Conseil constitutionnel dans sa décision rendue ce vendredi 21 mai. Les Sages avaient été saisis par des députés à propos de la loi Molac de défense des langues régionales. Il en ressort qu’enseigner les mathématiques ou l’histoire-géographie en breton va à l’encontre de la constitution. "La langue de la République c’est le français", martèle le Conseil constitutionnel.

"En prévoyant que l'enseignement d'une langue régionale peut prendre la forme d'un enseignement immersif, l'article 4 de la loi déférée méconnaît l'article 2 de la Constitution. Il est donc contraire à la Constitution", énonce-t-il clairement.

Un coup de penn-bazh

"C’est un coup de penn-bazh (coup de bâton sur la tête)", soupire Yann Uguen, contenant sa colère. Blanquer en orchestrant cette saisine du Conseil constitutionnel a joué aux apprentis sorciers et voilà le résultat."

On est très inquiets

Gregor Mazo, directeur du réseau Diwan

Sous contrat avec l’Etat depuis 1994, le réseau Diwan devra-t-il abandonner l’immersion pour pouvoir continuer à toucher les aides de l’Etat ? Cette question taraude les brittophones.
"Ça remet en cause 50 ans d’immersion. Pourtant les résultats scolaires de nos élèves montrent une parfaite maîtrise du français, appuie Gregor Mazo. L’immersion n’est pas un danger pour l’apprentissage du français."

"Qu’est-ce qu’on fait mardi ? On ferme nos écoles ?"

En Bretagne, au Pays basque… La colère monte dans les écoles immersives de France. Le sentiment d’acharnement accable les défenseurs des langues régionales.

"Le Conseil constitutionnel dit clairement que les structures associatives sous contrat (Diwan en Bretagne, Ikastola  au Pays basque…) ne sont pas légales, enchérit Yann Uguen, directeur du réseau Diwan. Donc qu’est-ce qu’on fait mardi ? On ferme nos écoles ?" 
Pour le président de Diwan, il est urgent de clarifier cette situation : 

C’est de l’amateurisme. Pourquoi cette saisine ?

Chose incongrue, la saisine avait été déposée en espérant invalider l'attribution du forfait scolaire aux écoles privées ou associatives dispensant un enseignement des langues régionales. Et sur cette question, contre toute attente, le Conseil constitutionnel a donné son feu vert.

Cette nouvelle disposition permet donc à un enfant résidant dans une commune où l’enseignement des langues régionales n’existe pas d’intégrer un établissement voisin pour y suivre cet apprentissage. Et ce, au frais de sa commune de résidence. Diwan devait donc en bénéficier.
Mais dans ce contexte, même cette bonne nouvelle pose question. "Comment voulez-vous que je réclame un forfait scolaire à une municipalité si Diwan n’est plus sous contrat avec l’Etat ?", s’alarme Gregor Mazo.

Ironie du sort : la Redadeg commence ce vendredi soir

Ce vendredi soir débute la Redadeg, une course en faveur de la langue bretonne. "Il ne faudrait pas que ce soit la date de la mort de Diwan", conclut Yann Uguen, président de Diwan.

A un mois des élections régionales, apporter une réponse claire s’avère crucial. Dans les régions possédant une langue régionale encore fortement présente, les résultats de LREM pourraient en dépendre.

Reportage vendredi 21 mai au départ de la Redadeg. 

Départ de la Redadeg le 21 mai 2021. Avec André Lavanant, fondateur de Diwan. Yann Uguen, président de Diwan. Paul Molac, député Libertés et Territoires, rapporteur de la loi. Un reportage de Muriel Le Morvan, Stéphane Soviller, Richard Gurgand.

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