La raréfaction des services publics éloigne-t-elle forcément les services du public ?

© Joost J. Bakker
© Joost J. Bakker

Alors que les manifestations contre des fermetures de services publics se multiplient, un rapport parlementaire, présenté le 10 octobre, analyse de quelle manière ces disparitions marquent le territoire et éloignent la population de ces services. Dans quelle mesure la Bretagne est-elle concernée ?

Par HP (avec Jérémy Armand)


Une marche et une opération escargot pour la défense des services publics prévue samedi 12 octobre à Lannion (Côtes-d'Armor).
Une cinquantaine de personnes mobilisées deux jours plus tôt à Ploërmel (Morbihan) contre le déplacement d'une partie des services des impôts de la ville vers Vannes ou Pontivy.
 

Le révélateur "gilets jaunes"


La crise des "gilets jaunes" a pointé du doigt les fractures territoriales et le sentiment d'abandon des territoires ruraux. 

Le phénomène était pourtant connu avant l'émergence du mouvement. En janvier 2018, une mission parlementaire "d'évaluation à l'accès aux services publics dans les territoires ruraux" s'est emparée du problème. Les conclusions ont été présentées jeudi 10 octobre. Elles décrivent des territoires affaiblis par "plusieurs décennies de repli des services publics sous le signe des économies budgétaires [...] qui ont durablement marqué le territoire", rapporte Le Monde
 

"là où les services publics ne sont pas accessibles, de nouveaux habitants ne s'installeront pas."


Le rapport pointe du doigt l'enjeu que l'accès aux services publics représente en terme d'aménagement des territoires: "Sans population, les services publics ont vocation à disparaître et, là où les services publics ne sont pas accessibles, de nouveaux habitants ne s'installeront pas."

Mais cette question d'accessibilité ne doit pas être examinée seulement en nombre de services pour une population donnée, ni en distance kilométrique.

Pour la Bretagne, regardons plus précisément ce qu'engendre réellement la réorganisation des services publics à travers les exemples des trésoreries, de La Poste et de la gendarmerie.
 

Les trésoreries publiques: un symbole


les trésoreries en Bretagne sont particulièrement touchées par ce phénomène de fermeture des services publics. En 15 ans, selon les syndicats, environ 70 centres des impôts ont baissé le rideau. Conséquence de la réforme voulue par le Ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, cette fermeture peut apparaitre comme celle de trop, pour des salariés et des maires ruraux, qui dénoncent un abandon de l’Etat.
 
 

La Poste délègue ses services


En Bretagne, 126 bureaux de La Poste ont fermé au cours de ces dix dernières années selon l'entreprise. Mais l’entreprise publique a l’obligation de maintenir sa présence dans les territoires. Alors c’est la forme qui change. À la place des bureaux de poste, la mairie peut reprendre le service dans des agences postales communales (73 ont ouverts en 10 ans) et des relais sont assurés par des commerçants (65 de plus). Une alternative à la mise en ligne des services sur internet.

Plus de gendarmes mais moins de brigades


Autre exemple de réorganisation : les brigades de gendarmerie. Ces dix dernières années, 15 unités ont fermés en Bretagne, selon les chiffres communiqés par la gendarmerie. Cela représente une baisse de près de 10 %. Une baisse pourtant en trompe l’œil car, dans le même temps, le nombre de gendarmes a lui légèrement augmenté. Des brigades ont été regroupées mais les effectifs sont maintenus.
 
Évolution du nombre de brigades de gendarmerie en Bretagne / © A. Grall / F3 Bretagne
Évolution du nombre de brigades de gendarmerie en Bretagne / © A. Grall / F3 Bretagne

Enfin, les fermetures de services publics sont parfois remplacées par des maisons de services publics. Cela donne accès à des services comme la CAF ou Pôle emploi. Il en existe aujourd’hui 60 en Bretagne.
 

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