Sécheresse. Où vont les poissons quand il n’y a plus d’eau dans les rivières ?

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En cet été 2022, toute la Bretagne est désormais classée en alerte sécheresse. Les cours d’eau n’ont jamais été aussi bas, certains sont même déjà à sec.

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"Au 20 juillet, les cours d’eau sont dans le même état qu’un 20 septembre, c’est horrible !" Jérémy Grandière, le président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine ne cherche pas à cacher son émotion. Il est atterré.

"On découvre aujourd’hui que c’est la catastrophe. Je ne comprends pas : il n’a pas plu cet hiver, on le savait. Il aurait fallu anticiper, l’eau n’est pas une ressource inépuisable et notre biodiversité disparaît."

Les poissons coincés par le manque d'eau

"Quand le niveau de la rivière commence à baisser, explique le pêcheur, les poissons le sentent, leur instinct de survie leur permet de rallier le lit principal de la rivière, mais parfois, ils se retrouvent prisonniers dans des trous d’eau et là… " Jérémy Grandière laisse sa phrase en suspens.

' Il y a des endroits où il faudrait mener des opérations de sauvetage pour aller chercher les poissons qui sont dans ces trous, mais la Fédération n’a ni les moyens humains, ni les moyens matériels, ni les solutions explique-t-il. Si on prend des poissons dans un endroit pour les mettre dans un autre, on risque de tout dérégler et d’avoir encore plus de mortalité.'

'En tête de certains bassins-versants, les cours d’eau sont à sec, s’alarme aussi Estelle Le Guern, chargée de mission à Eau et Rivières de Bretagne, c’est là que les juvéniles voient le jour et grandissent, c’est là aussi que les insectes aquatiques se reproduisent.'

Les milieux aquatiques en souffrance

"En Ille-et-Vilaine, seules 3% des rivières sont dans un bon état écologique", rappelle Jérémy Grandière.

"Et quand les rivières s’assèchent, la température de l’eau augmente, ajoute Estelle Le Guern, Et si la température de l’eau monte, les quantités d’oxygène diminuent, ce qui met le milieu en danger."

Depuis la loi sur l’eau, il y a obligation de laisser l’eau circuler librement. "Il y a quelques dizaines d’années, on a fait en sorte que les rivières filent droit. Comme cela, l’eau partait très vite, les tracteurs pouvaient retourner rapidement dans les champs, mais ce n’est pas une vie naturelle de cours d’eau, il faut que l’eau chemine lentement, qu’elle rebondisse contre les pierres et entre les racines des arbres pour s’oxygéner, sinon, explique Jérémy Grandière, c’est de l’eau morte".

Des travaux de reméandrage ont commencé ici et là dans le département, le Télé à Pont-Péan a retrouvé un lit plus sauvage. Mais les pêcheurs s’inquiètent.

Des espèces menacées

En France, les rivières sont classées en différentes catégories. Les cours d’eau de première catégorie abritent les salmonidés, des poissons comme les truites ou les saumons qui ont besoin de beaucoup d’oxygène.

"Jusqu’ici, ils remontaient depuis la mer pour se reproduire, mais là, ils n’ont plus assez d’oxygène… Et plus assez d’eau non plus, soupire Jérémy Grandière.  Ce sont des sentinelles de l’état des cours d’eau, ils disparaissent, cela veut tout dire ! Bientôt, craint-il, on verra disparaître certaines espèces, ne resteront que les variétés les plus résistantes. La biodiversité ne sera plus qu’un souvenir."

"Il ne faut pas se faire d’illusion, assène-t-il, dans les rivières asséchées cet été, la vie ne reviendra pas comme cela demain. Il faudra du temps…"

La pollution en prime

Tous ces phénomènes de sécheresse et de manque d’oxygène dans l’eau sont encore aggravés par la pollution. "Moins il y a d’eau, décrit Estelle Le Guern, moins les polluants sont dilués. Quand il y a un débit normal, les rejets des stations d’épuration ou des piscicultures sont noyés dans la masse mais quand il n’y a plus qu’un tout petit filet d’eau, la pollution prend toute la place et évidemment cela affecte la vie des poissons et des insectes."

Et le changement climatique pour arranger le tout 

Avec le réchauffement climatique, la température des fleuves et des rivières est en hausse. Les scientifiques estiment que la Loire moyenne a pris un degré en un siècle. Certaines espèces de poissons sont très sensibles à l’eau chaude." Les petits poissons qui ont l'habitude de 15 degrés ne vont pas aimer,  imagine Jérémy Grandière. Les spécialistes prévoient que cela pourra favoriser des maladies ou nuire à leur reproduction. Certaines espèces pourraient au contraire se développer et remettre en cause l'équilibre fragile de la nature.

"Il faut que l’on prenne conscience de tout cela,  conclut Jérémy Grandière. Évidemment, il faut des villes, des industries pour faire tourner l’économie. Mais il faut penser à faire avancer les enjeux économiques et les enjeux écologiques. Si demain, des milliers d’emplois sont créés, mais qu’il n’y a plus une goutte d’eau, nous n’irons pas bien loin !"