Tour de France : quand le conseil régional de Bretagne distribue des Gwenn ha du fabriqués en Chine

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Écrit par Maylen Villaverde
Le conseil régional a prévu de distribuer 25 000 drapeaux bretons aux spectateurs du Tour de France
Le conseil régional a prévu de distribuer 25 000 drapeaux bretons aux spectateurs du Tour de France © T. Peigné - France Télévisions

En février dernier le conseil régional lance un appel d’offre pour la fabrication de drapeaux bretons. Alors qu’elle annonce orienter ses achats vers des commandes écoresponsables, elle a écarté un imprimeur breton pour attribuer le marché à une entreprise qui les fait fabriquer en partie en Chine.

C’est une décision qui interroge autant qu’elle déconcerte. Comme une grosse tâche sur le beau drapeau breton.

Des Gwenn ha Du "écoresponsables" pour valoriser l'image de la Bretagne ?

En février dernier le conseil régional de Bretagne lance un appel d’offre pour l’acquisition de drapeaux bretons sur tiges. Ce sont ces fameux Gwenn ha du que l’on voit notamment s’agiter sur le bord des routes du Tour de France et dans toutes les grandes manifestations sportives qu’elles soient nationales ou internationales.

Pour le conseil régional ces drapeaux sont à l’évidence des objets promotionnels forts, plébiscités par le public. Il convient donc d’en diffuser largement sur les évènements «  à fort rayonnement médiatique et pour lesquels une valorisation de la Bretagne est particulièrement intéressant » explique le service communication en introduction de son appel d’offre.

Sur son cahier des clauses techniques particulières, qui détaille les caractéristiques attendues pour ses drapeaux, le conseil régional explique être « engagé pour une Bretagne qui agit pour le climat et la planète » et oriente « ses achats vers des achats écoresponsables ». En conséquence elle demande aux candidats de préciser la nature et l'origine des matériaux utilisés. Elle exige de savoir notamment si la maille, les hampes et les emballages sont faits à partir de matières recyclées, recyclables ou sont issus de la filière bio, et souhaite aussi avoir des informations sur l'aspect écologique des encres ou encore sur l'origine géographique des matériaux.

Une opportunité à saisir pour l'entreprise Le Mée

Un marché pouvant aller jusqu'à 400 000 euros. Voilà de quoi susciter l’intérêt des ateliers Le Mée. Cette entreprise installée à Saint-Grégoire en Ille-et-Vilaine depuis 1956 est en effet « le plus gros imprimeur de drapeaux bretons du monde » comme Vincent De Lambert, aime à présenter sa société.

D’habitude le cogérant dit ne pas répondre aux appels d’offre des collectivités qui souvent préfèrent les prestations les moins chères. Mais sur cet appel d’offre vu l’importance des aspects environnementaux, développement durable et RSE (responsabilités sociétales des entreprises) il s’est dit « nous avons un coup à jouer ».

Les ateliers de Mée et ses 20 salariés fabriquent leurs drapeaux à quelques kilomètres à peine du conseil régional. Ils utilisent des tissus à base de matériaux recyclés provenant de bouteilles plastiques et de l’encre à l’eau. En somme ils pensent répondre aux critères attendus en matière de responsabilité écologique, sociale et de développement durable.

Mais fin mars la réponse du conseil régional tombe : « Malgré votre intérêt pour le projet, j'ai le regret de vous informer que votre offre n’a pas été retenue »

Jusque-là rien qui puisse déstabiliser Vincent De Lambert. « C’est le jeu » se dit il. Sauf que… sauf que quelques lignes plus loin il découvre avec stupeur le nom de la société retenue, une entreprise qu’il connait bien pour avoir eu affaire à elle. « C’est une entreprise qui est une filiale d’une grosse société, qui est basée dans le sud, qui n’a que 700 euros de capital social, qui n’emploie pas de salarié, et qui fait tout fabriquer en Chine ! Ils ne répondent clairement pas aux critères annoncés de RSE et de durabilité ! » s’agace-t-il.

Le label RSE pour Responsabilité Sociétale des Entreprises est un label qui a pour but de montrer qu’une entreprise a une stratégie efficace dans la mise en place d’une politique respectueuse des humains, de l’environnement et de la société en général.

Furieux Vincent De Lambert dénonce un « greenwashing » intolérable.

Il décide de contacter le service communication du conseil régional et demande que les critères soient revus. Ce dernier s’exécute et finit par répondre : "Nous avons revu à la baisse la note du candidat Auverprim pour le critère relatif au degré de prise en compte du respect de l’environnement. Celle-ci a été portée à 0.9/1.50 au lieu de 1.20 comme annoncé dans notre courrier précédent. Néanmoins, ce candidat demeure 1er du classement avec une note totale de 4/5 (qualité du support : 0.80 /1 ; rendu du support : 0.80/1 ; niveau des prix : 1,50/1.50 ; degré de prise en compte du respect de l’environnement :0.90/1.50). »

Des produits 4 fois moins cher 

Contacté le conseil régional confirme le choix de la société Auverprim, une entreprise leader sur le marché des supports promotionnels des évenements sportifs ou culturels. La collectivité bretonne explique avoir attribué des notes aux 5 entreprises qui ont candidaté en fonction de la qualité des produits, de leur recyclabilité et du prix. "Auverprim est arrivée première et les Ateliers Le Mée sont cinquième et dernier" constate Odile Bruley du service communication du conseil régional.

"La commande concernait les drapeaux que nous distribuons sur le Tour de France. Il nous fallait du biodégradable et les hampes (les tiges) des drapeaux proposés par Auverprim sont en carton contrairement à celles des Ateliers Le Mée. Aussi les drapeaux de la société retenue sont 4 fois moins chers que ceux des Ateliers Le Mée et les élus ont préféré avoir un maximum de drapeaux" nous explique la responsable des relations presse.

Vincent De Lambert de l'entreprise Le Mée répond que ses hampes ne sont certes pas en carton mais en polyéthylène recyclé et recyclable.

Auverprim, l'entreprise retenue, travaille pour de nombreux clubs sportifs et notamment pour l'équipe de france de football. Installée dans le sud de la France elle propose des drapeaux "les plus écologiques" possibles assure le gérant joint par téléphone. "La hampe en carton est fabriquée en France mais la voile en polyesther est fabriquée en Chine mais parfois aussi en Inde ou en Turquie. Nous faisons fabriquer en Asie car nous avons fait le choix d'un tissu léger de 70g et ce type de tissu n'est tout simplement plus fabriqué en France. Mais ces voiles sont en polyesther recyclé provenant de chutes de tissu. Ensuite nous faisons assembler ces drapeaux ici dans des centres pénitentiaires ou des ESAT"  nous explique Geric Perez qui ajoute "C'est important pour le label RSE".

A ce jour le conseil régional a acheté 25 000 drapeaux et "à ce stade il n'est pas sûr qu'on en recommande" conclut notre interlocutrice.

 

 

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