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En plein coeur du Trégor, entre Argoat et Armor, le Léguer serpente sur 70 km et irrigue notamment Belle-Isle-en-Terre, Plouaret et Lannion. C'est la rivière la plus sauvage de Bretagne, dans une vallée verdoyante, aux nombreux trésors patrimoniaux et historiques.

Le Léguer prend sa source en Centre-Bretagne, à Bourbriac, près de Bulat-Pestivien. Dans cette dernière commune, on trouve une église dont le clocher atteint 66 mètres, ce qui en fait le point culminant des Côtes d'Armor. Une fois gravi les 139 marches d'un escalier exigu, on atteint l'un des plus beaux panoramas du Trégor intérieur. 
 
Clocher de l'église de Bulat-Pestivien
Clocher de l'église de Bulat-Pestivien

 

Une rivière sauvage

C'est un label précieux, attribué avec parcimonie, à seulement 1% des fleuves français. Le label national "Site rivière sauvage", établi à partir de 47 critères, est venu récompenser en 2017 l'amont du Léguer et son affluent, le Guic. Une première en Bretagne, reconnaissance des efforts réalisés en matière d'environnement depuis une vingtaine d'années.

Une rivière préservée dont Eric Hamon prend le plus grand soin. Seul garde professionel d'une rivière en Bretagne, ce guide de pêche et éducateur à l'environnement transmet aux élèves de l'AAPMA (Association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique) les gestes et pratiques pour préserver le milieu.
 
Classe de pêche sur le Léguer
Classe de pêche sur le Léguer

Le Léguer présente une faune aquatique remarquable, avec les espèces emblématiques d'une rivière sauvage.

"On retrouve la loutre, le martin pêcheur, le saumon, la truite endémique, le chabot, le véron, la lamproie marine, l'alose, la lamproie de plein air", liste Eric Hamon.

Au royaume des pêcheurs, un poisson est roi : le saumon. Et le Léguer est l'une des rares rivières en France où on pêche du saumon de printemps. "Des poissons de 3 à 5 kg en moyenne, qui mesurent 70 à 90 centimètres de long", nous décrit Kilian Lebreton, guide de pêche au saumon en Irlande et en Bretagne.

La rivière a un quota de 49 saumons autorisés, la pêche bascule ensuite en no-kill jusqu'au 15 juin. Environ 70 spécimens sont pris chaque année dans la rivière.
 
Kilian Lebreton tente de pêcher un saumon dans le Léguer
Kilian Lebreton tente de pêcher un saumon dans le Léguer


La vallée du Léguer : la rivière

Un reportage de Jérémy Armand, Sandrine Ruaux, Hervé Tiercelin, Pierre-Yves Cheval et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 
 
Le Léguer, la rivière la plus sauvage de Bretagne


 

Une forteresse imprenable

Tonquédec, chef d'oeuvre de la Bretagne médiévale. Deuxième plus grande forteresse bretonne après Fougères, elle domine la vallée du Léguer depuis le XIIème siècle. 11 tours, dont 2 donjons, un château en ruine mais qui garde de très beaux restes.

Le château a survécu aux affres du temps : il a traversé les guerres de Succession, puis les guerres de la Ligue en Bretagne. Richelieu, alors gouverneur de Bretagne, a ordonné son démentèlement. Le château a ensuite été laissé à l'abandon pendant plusieurs siècles.
 
Le château de Tonquédec domine la vallée du Léguer
Le château de Tonquédec domine la vallée du Léguer

Malgré cette histoire tumultueuse, le château, classé monument historique, est toujours debout, il accueille même 10 000 visiteurs chaque année.

Pierre Denos est le gardien des lieux depuis 2008. A l'époque, "un tiers de la basse cour était envahie par les ronces" se souvient le président de l'association médiévale de Tonquédec.
Dans une vallée à la végétation galopante, et face au temps qui passe, des travaux de restauration réguliers sont nécessaires. Ils sont à la charge du propriétaire, la famille de Rougé, descendants des premiers bâtisseurs, les Coëtmen.

"Il y'a des projets de travaux plein les cartons, tant pour sauvegarder l'édifice que pour améliorer sa visite", explique Pierre Denos


La vallée du Léguer : le patrimoine

Un reportage de Jérémy Armand, Sandrine Ruaux, Hervé Tiercelin, Pierre-Yves Cheval et avec le support de Clément Le Calvé au drône.
 
Le château de Tonquédec, trésor de la vallée du Léguer



 

Trégor vert : des bambous et des sabots

La végétation abondante de la vallée du Léguer forge des histoires de passion et de savoir-faire.

C'est le cas de Pierre Pasquiau, natif de Plouaret, qui a constitué depuis 2006 une bambouseraie avec plus de 130 variétés de la plante originaire d'Asie.

Ce fonctionnaire à la retraite a planté ses premiers bambous il y a plus de vingt ans, sur ce terrain qui appartenait à sa grand-mère.
Il ouvre au public le site de près d'un hectare tous les samedis de l'année, prodiguant ses conseils et ses connaissances.

Mes bambous, je les connais tous, leur caractère. Certains aiment le terrain lourd, argileux ; d'autres préfèrent le terrain sec. Donc il faut analyser tout ça, avant de conseiller un client.

 
Pierre Pasquiau dans sa bambouseraie
Pierre Pasquiau dans sa bambouseraie

Autre passionné, à Belle-Isle-en-Terre, Bernard Kervoas est l'un des derniers sabotiers de France. A 74 ans, ce sabotier de père en fils depuis le XVIIème siècle n'est pas décidé à rendre son tablier.

Il produit 600 paires de sabots par an, dans sa boutique et sur les marchés, vendus par sa femme. Il travaille à partir de bois de hêtre venu de la forêt de Coat-an-Noz (bois de la nuit).
 
Bernard Kervoas est l'un des derniers sabotiers de France
Bernard Kervoas est l'un des derniers sabotiers de France


Bernard Kervoas a assisté à la disparition progressive du métier de sabotier, lui qui a connu l'âge d'or d'une profession. "On était 3500 sabotiers dans les Côtes du Nord dans l'entre-deux guerres", explique t-il.

Tout le monde marchait en sabot à l'époque, les plus gros consommateurs de sabots étaient les enfants : quand ils rentraient de l'école, ils jouaient au foot avec des cailloux.


La vallée du Léguer : le Trégor vert

Un reportage de Jérémy Armand, Sandrine Ruaux, Hervé Tiercelin, Pierre-Yves Cheval et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 
 
Des bambous et des sabots dans la vallée du Léguer


 

Estuaire du Léguer : le Yaudet, place forte militaire romaine habitée depuis la Préhistoire


A Lannion, le Léguer se transforme en un large estuaire, long de 8,6 km. L'embouchure du fleuve offre un magnifique panorama, mais pas seulement. Enseveli sous la végétation, le site du Yaudet présente un interêt archéologique exceptionnel.
 
La pointe du Yaudet domine l'estuaire du Léguer
La pointe du Yaudet domine l'estuaire du Léguer

Depuis les premières fouilles recensées, qui datent du XIXème siècle, jusqu'aux recherches menées entre 1991 et 2002 par Barry Cunliffe, pro­fes­seur à l'uni­ver­sité d'Ox­ford et Pa­trick Gal­liou, professeur à l'université de Bretagne occidentale, les archéologues ont révelé que le Yaudet avait été une place forte militaire à l'époque romaine, pour protéger la Gaule des invasions de pirates.

Il y a quatre ans, en débroussaillant bénévolement le site, des passionnés d'histoire, membres d'associations locales, ont découvert des bâtiments qui formaient au Moyen-Âge le "village du passeur", destiné à accueillir des pèlerins.
 
Des bénévoles ont découvert des bâtiments comme figés dans le temps
Des bénévoles ont découvert des bâtiments comme figés dans le temps

Le promontoire granitique du Yaudet est peuplé depuis la Préhistoire. Et des habitants se battent aujourd'hui contre l'oubli, pour que ce site qui appartient au département des Côtes d'Armor puisse révéler tous ses secrets.

"C'est déjà un combat d'empêcher le développement de la végétation en soi-même, mais aussi de réussir à concilier l'approche naturelle et l'approche historique",  témoigne André Le Baron, président de l'association Bugale Kozh Yeodet


La vallée du Léguer : l'estuaire

Un reportage de Jérémy Armand, Sandrine Ruaux, Hervé Tiercelin, Pierre-Yves Cheval et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 
 
À la découverte du Yaudet, une place forte militaire romaine