Violences conjugales : le portail numérique "permet de raconter son histoire à toute heure du jour et de la nuit"

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Écrit par Laura Roudaut

Le lieutenant Sébastien Possemé est à la tête de la brigade numérique de la gendarmerie de Rennes, rare unité en France à recueillir le témoignage de victimes de violences conjugales via un tchat en ligne. Selon ce spécialiste, les victimes utilisent de plus en plus le portail numérique.

Lieutenant Possemé, comment interpréter ce chiffre d’une hausse de 60% des appels durant le second confinement ?


La hausse de 60 % peut être interprétée de plusieurs manières. Tout d’abord, et c’est incontestable, le volume des violences conjugales a considérablement augmenté pendant ces deux périodes de confinement. Et puis, et ceci est plutôt une bonne nouvelle de mon point de vue, le portail est de plus en plus connu et identifié.

Lancé le 27 novembre 2018, le portail a été particulièrement mis en avant lors du premier confinement et il semble que les victimes osent désormais plus facilement passer le cap de cette accueil « numérique », qui leur permet de raconter leur histoire à toute heure du jour et de la nuit, avec la certitude de bénéficier d'un accompagnement personnalisé à leur situation.



Est-ce que le canal numérique, le tchat, a favorisé un autre type de signalement ?


Le canal numérique favorise une autre manière de signaler les faits, de capter le récit du traumatisme et des blessures vécus par les victimes.

En effet, il permet d’obtenir à tout moment, en tout lieux, un échange discret et privilégié avec un gendarme qui sera exclusivement dédié à la libération de la parole et à la prise en compte de son histoire.

Selon moi, ce nouveau canal est une porte qui se pousse plus facilement que celle d’une brigade de gendarmerie ou d’un tribunal judiciaire. Cette facilité d'accès concourt véritablement à améliorer l’aide apportée aux victimes et les incitera je pense encore plus à franchir le pas.

Au-delà des violences conjugales qui constituent une bonne moitié des saisines, les opérateurs de la brigade numérique répondent également aux tchats de victimes majeures et mineures, dans le cadre de toutes les formes de violences physiques et/ou sexuelles y compris dans le milieu intra-famillial.

Un responsable de la gendarmerie réagit à l'augmentation des signalements de violences conjugales



Comment les signalements sont-ils suivis d’effets, de quelle manière ?
 

La priorité pour l'opérateur est d’apprécier rapidement la gravité et parfois l’urgence de la situation. Dans ce cas, tout en maintenant l’échange avec la victime, celui-ci fait déclencher une intervention des unités locales pour lui porter secours sans délais.

Dans les autres cas, le temps nécessaire est pris afin de recevoir le récit de la victime et ceci parfois durant plusieurs heures. Cette prise en compte personnalisée instaure un climat de confiance qui rassure la victime et permet dans cette phase d’accompagnement, d’entreprendre des démarches officielles auprès de la justice.

Formés spécifiquement à la prise en compte de victimes à distance, les opérateurs de la brigade numérique sont avant tout des enquêteurs détenant pour la majorité la qualité d’officier de police judiciaire. Ils consignent ainsi par procès-verbal les faits relatés afin que l'unité territorialement compétente puisse poursuivre l'enquête localement.

 

Pour information :

Le portail de signalement est gratuit et anonyme. Il est accessible 7 jours sur 7, 24h/24h, depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone, via le site Internet service-public.fr et arretonslesviolences.gouv.fr.