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Yann Kermorgant, le footballeur breton qui n'avait jamais aimé perdre. Et surtout pas contre la maladie

Yann Kermorgant au centre sous les couleurs de Bournemouth en Angleterre / © DR
Yann Kermorgant au centre sous les couleurs de Bournemouth en Angleterre / © DR

Dans la vie, détester perdre, ça peut servir. A gagner des matchs. Voire à sauver sa peau et accomplir ses rêves. Déclaré perdu pour le foot après une leucémie, Yann Kermorgant a déjoué les pronostics pour s'offrir une jolie carrière qu'il revient terminer à Vannes, avec les copains d'avant.  
 

Par Gilles Le Morvan


Nous sommes en 1995. Yann Kermorgant a 14 ans, et balle au pied, il est au dessus du lot. Repéré par le Stade rennais, il quitte son club vannetais de Ménimur pour endosser le maillot rouge et noir et poursuivre sa scolarité dans la capitale bretonne. Il rêve de devenir footballeur, c'est parti pour.
Yann Kermorgant avec le Stade Rennais au temps de l'insouciance / © DR
Collection Yann Kermorgant
Yann Kermorgant avec le Stade Rennais au temps de l'insouciance / © DR Collection Yann Kermorgant


On m'emmène faire une prise de sang, c'était une leucémie

Mais un jour en sélection de Bretagne, tout bascule. Depuis quelques semaines, Yann n'est pas au mieux de sa forme, et sur le pré de Ploufragan, il n'arrive plus à mettre un pied devant l'autre. Il prétexte un mal de tête pour être remplacé.

"Dans les vestiaires, j'avais honte, j'étais en pleurs. Ma mère qui était venue me voir jouer m'a emmené chez le médecin, qui m'a faire faire une prise de sang. Et puis le verdict est tombé, c'était une leucémie." Si rester en vie, c'est déjà pas gagné, rejouer au foot, c'est perdu d'avance, lui dit-on. Mais Kermorgant est une tête de pioche.. 
 


J'étais à la ramasse, un tour de terrain, c'était le bout du monde

Après l'annonce de la maladie, Yann part à Nantes suivre une chimiothérapie. Il s'en sort, mais pendant que ses copains courent les terrains de foot et les filles, des complications le clouent dans un fauteuil toute son année de seconde. Ostéonécrose. Problèmes de genoux. Les médecins lui disent qu'il n'est pas sûr de remarcher normalement.

Yann ne renonce pas. Bientôt il remarche, se remet à trottiner, à tapoter la balle, et se décide à reprendre une licence dans son club de quartier de Ménimur. "Physiquement, j'étais à la ramasse". Il fait des bouts de matches, et finit par reprendre du poil de la bête. En 2003, Stéphane Le Mignan, qui s'occupe de la réserve du Voc l'appelle. Kermorgant signe à Vannes. Il va jouer en CFA. La persévérance commence à payer.
 
Kermorgant reprend le foot avec Vannes en 2003
Reportage Christophe Amouriaux/ Thierry Bouilly
 

Premier contrat pro à 24 ans, et bientôt l'Angleterre

Après Vannes, Yann Kermorgant choisit de rejoindre Châtellerault, toujours en CFA, pour poursuivre ses études... de Staps. Là bas, il tape dans l'oeil du FC Grenoble, pensionnaire de Ligue 2, et le rêve se réalise enfin. Celui qu'on avait dit perdu pour le foot signe à 24 ans son premier contrat pro. "J'ai vécu çà comme un miracle. J'avais fait une croix dessus. Et là revenir par la petite porte, c'était exceptionnel." Vont suivre des transferts au Stade de Reims de Luis Fernandez. Et bientôt à Leicester. Une première expérience anglaise mitigée, chahutée par une panenka manquée.

Après une année de transition à Arles Avignon, Kermorgant retraverse le Channel. Pendant six ans, il va mouiller les maillots de Charlton, Bournemouth, Reading. Connaître l'ivresse des stades de Championship, la D2 d'Outre-Manche, qui est à notre Ligue 2 hexagonale ce que les pubs anglais sont à nos PMU. Il gagne des trophées, martyrise les gardiens de buts, reçoit l'hommage du public et des commentateurs anglais.  

De son expérience anglaise, Kermorgant garde un regret. N'avoir fait que goûter aux pelouses de Premier League, n'avoir pas eu vraiment sa chance. A 37 ans, le breton a donc choisi de revenir à la maison. Et de boucler la boucle en signant de nouveau à Vannes. En Nationale 2, aux cotés d'Erwan Quintin notamment. Les deux hommes s'étaient déjà cotoyés ici en 2003 avant de prendre chacun leur envol chez les pros. "Il n'a pas changé, dit Quintin, il n'aime toujours pas perdre". Dans les tribunes du Stade de la Rabine, un homme confirme. Jérôme Kermorgant, le père de Yann, n'en revient toujours pas de la carrière de son miraculé de fiston. 
 

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