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Sans lui, la physionomie architecturale de la côte d’Emeraude aurait sûrement été toute autre. Yves Hémar, malouin de cœur, né en 1886 dans la cité corsaire fut un des premiers architectes diplômés en Bretagne.
 

Pendant l’entre-deux guerres, il est à l’origine de nombreuses constructions au style régionaliste affirmé, des villas, des bâtiments collectifs et même publics : du château Richeux aujourd’hui propriété d’Olivier Roellinger près de Cancale, au phare du Cap Fréhel, en passant par les villas et hôtels de Sables d’or les pins, du Sillon, la poste de St Malo, le Yacht club ou le site du Museum d’histoire naturelle de Dinard.

Des constructions emblématiques qui n’ont pas empêché cet amoureux de la Bretagne, coureur de campagne et collectionneur d’art breton d’être aujourd’hui un peu oublié… L’occasion près de 65 ans après sa disparition de le redécouvrir et de porter un regard neuf sur cet héritage qui nous est familier.
 

La genèse d’une carrière

Très tôt, le jeune Yves Hémar, titulaire d’un baccalauréat scientifique, porte son choix sur l’architecture et part à Paris se former à l’Ecole Nationale et Spéciale des Beaux-Arts. Il y est admis dans l’atelier de Victor Laloux, le père de la gare d’Orsay. « C’était un atelier connu pour être très érudit avec beaucoup d’apprentissage historique » précise Gaëlle Delignon, spécialiste de l’architecture balnéaire.

Diplômé en 1914 et de retour sa ville natale, il est chargé par un oncle magistrat de construire une villa prestigieuse sur la digue de Saint-Malo. C’est la « villa des Lutins ». Une bâtisse d’inspiration néogothique qui puise dans le répertoire anglo-saxon, et le mouvement Arts and Crafts, un courant qui tente de valoriser les savoirs-faire artisanaux, en réaction à la révolution industrielle.

C’est l’authenticité des volumes et des matériaux qui frappe. L’influence anglaise est manifeste. affirme l’historienne.

 

Les lutins / © NR
Les lutins / © NR


Sa collègue photographe Clotilde Audroing-Philippe, avec laquelle elle vient de signer un ouvrage consacré aux villas malouines, précise ses choix de prise de vue. « Elle fait penser à quelque chose d’assez médiéval et du coup, j’ai voulu faire plutôt des cadrages assez massifs en grand angle et sinon des détails de la façade car il y a énormément de choses représentées. »

Cette villa a toujours semblé familière à Anne Lecerf-Daufin, tout simplement car elle y retrouvait certaines caractéristiques de celle de ses grands-parents à Cancale. Comme « les Lutins », « la Cancalaise » présente une tourelle d’escalier, des pans de bois, des toits à croupes débordantes, un portail d’entrée similaire…

Et ce n’est pas un hasard. Jean-Marie Laloy, l’architecte de cette maison de 1899 était un ami de la famille Hémar et son fils lui-même architecte avait un an d’écart avec Yves Hémar. Bref, des proximités amicales qui ont eu une influence sur les débuts de la carrière du jeune professionnel… et sur les recherches d’Anne Lecerf Daufin. Elle lui a consacré son mémoire de maîtrise d’histoire de l’Art en 2002.

Un reportage de Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy, Ludovic Decarsin, Alexis Guédes, Hervé Tiercelin et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 
 


Une autre construction l’avait d’ailleurs beaucoup impressionnée étant enfant, le Château Richeux. Encore signé Yves Hémar. « Il l’appelait son péché de jeunesse » rappelle-t-elle.

Le chef Olivier Roellinger en est le propriétaire depuis 1992. C’est désormais un hôtel, dont le restaurant est tenu par son fils Hugo récemment auréolé d’une seconde étoile. «Après la première Guerre Mondiale, madame Shaki, jeune femme, fille unique du plus gros importateur de café en France qui habitait le Havre, tombe follement amoureuse de cette falaise et décide d’implanter sa maison, sa villa, elle va immédiatement l’appeler ‘le point du jour’ » raconte le chef passionné. Elle y accueillait notamment Léon Blum. « Par ces lignes, cette demeure fait référence aux manoirs bretons », précise Anne Lecerf-Daufin.

C’est une maison tellement heureuse en hiver, plus le vent souffle, plus la tempête fait rage et plus vous y êtes bien, ajoute Olivier Roellinger.

Château Richeux / © NR
Château Richeux / © NR


Même inspiration dans la conception de la Villa Ellerslie, voisine des Lutins sur la digue du Sillon. Depuis près de 40 ans, cette villa construite en 1923 est habitée par la famille Lepeltier qui a décidé de partager ce privilège en accueillant des hôtes depuis quelques années. Jacques et Lydie Gomont ont quitté Reims pour découvrir Saint-Malo. «  C'est la première fois qu'on prend une chambre face à la mer, ça fait réfléchir, c'est impressionnant.... » reconnaît Jacques Gomont. « C'est doux, ça te vide la tête....c’est un plaisir des yeux, c'est très reposant....et puis c'est une maison qui a une histoire... qui a vécu des choses, l’architecture est belle, une belle composition, un mélange de pierres, de vitres, de couleurs. On profite d’un moment d’histoire » ajoute son épouse.
 
Villa Ellerslie / © NR
Villa Ellerslie / © NR


Une page d’histoire que la famille compte bien continuer à écrire… Pierre Lepeltier a grandi là et a décidé de quitter la marine marchande pour se consacrer à faire vivre ce patrimoine balnéaire attaqué par les embruns.

 

Le régionalisme balnéaire

Au lendemain de la guerre, Yves Hémar est un des seuls architectes diplômés de la région. Il est ainsi notamment sollicité par Roland Brouard pour participer à un projet un peu fou : construire sur la dune de Fréhel une luxueuse station balnéaire.

Ce malouin, au hasard d’une partie de chasse est en effet tombé sous le charme du paysage sauvage de ce qui deviendra Sables d’or les Pins.  Il acquiert 90 ha de dunes et entreprend de gigantesques travaux avec l’ambition de concurrencer Deauville et la Baule, en attirant une clientèle parisienne et britannique.
 
Yves Hémar
Yves Hémar


En quelques mois, un casino, un golf, des tennis et six hôtels sont construits autour d’une grande avenue, de quelques allées plantées de pins. Un chantier auquel Yves Hémar sera associé jusqu’en 1927. Brouard lui confie la réalisation de la plupart des hôtels et des commerces « comptant ainsi que sa notoriété et son entregent puissent attirer de nouveaux clients désireux de se faire construire une résidence de bon gout » écrit Hervé Raulet, responsable des monuments historiques de la côte nord bretonne, au sein de la direction régionale des affaire culturelles de Bretagne.

Il y peaufinera en effet une écriture spécifique : le régionalisme. « Cela consiste à reprendre des éléments qui ont existé de façon flagrante, répétitive, continue dans les architectures traditionnelles ou réputées telles, puisque de temps en temps, ce n’est pas vers la maison paysanne  mais plutôt le manoir que se dirigent nos architectes » explique Daniel Le Couédic, lui-même architecte et historien, fondateur de l’Institut de géoarchitecture de Brest.

«Ce n’est pas une réplique, pas une reconstitution, pas un plagiat mais une création qui reprend des éléments anciens », poursuit-il. L’idée est de redonner à l’art breton ses lettres de noblesse en s’inspirant de valeurs oubliées.
 
Un reportage de Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy, Ludovic Decarsin, Alexis Guédes, Hervé Tiercelin et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 


La station accueille ainsi plusieurs villas signées Yves Hémar, des constructions saluées à l’époque par les revues spécialisées comme « la Construction moderne » qui lui offre plusieurs couvertures.  Une façon pour lui d’asseoir sa notoriété.

Ces villas sont aujourd’hui devenues patrimoniales à Sables d’or les Pins, comme sur toute la Côte d’Emeraude. C’est le cas par exemple de celle qui surplombe la plage de Saint-Lunaire, sur la point du Décollé. Datée de 1928, « le Revenant », c’est son nom, a été labellisée « Patrimoine du XXème siècle ».

A l’époque, ce quartier est loin du centre. Construire une villa ici, c’est toute une aventure, c’est un peu le far ouest. Précise l’historienne Gaëlle Delignon.


Yves Hémar apprécie beaucoup le manoir de Jacques Cartier à Rothéneuf et s’en inspire avec une relecture moderne. On y retrouve la tourelle d’escaliers centrale, les pignons découverts, ou les boules de granit des manoirs bretons.

Mais grâce au béton armé, Yves Hémar peut également multiplier les baies ouvertes sur la mer pour profiter d’une vue exceptionnelle. Comme l’écrit Hervé Raulet, « cette rusticité savante et épurée rencontre un vif succès auprès de la clientèle aisée de la Côte d’Emeraude, séduite à la fois par son originalité et son attachement aux valeurs traditionnelles » 
        
Preuve de la reconnaissance de son travail par ses contemporains, Yves Hémar est élu en 1935 Grand Prix d'architecture par l'Académie d'art national et il reçoit également un premier prix d'art régional pour la Bretagne.
 

Le régionalisme urbain

A la tête d’un cabinet privé d’architectes à Saint Malo, Yves Hémar est également choisi pour être l’architecte municipal officiel de la ville.

Un vrai rôle d’autorité dont l’importance était considérable, précise Daniel Le Couédic.


« Dans l’entre-deux-guerres, c’est très différent de l’idée que l’on peut se faire d’un architecte d’aujourd’hui dans la fonction territoriale. C’est un architecte libéral qui intervient pour ses compétences architecturales mais aussi comme conseiller du maire pour ce qui est des choix en matière de terrain, d’édifications. »

Cette fonction lui permettra de mener à bien plusieurs constructions publiques, comme l’école de Courtoisville, la poste de Rocabey. A nouveau, il parvient à y affirmer son attachement à la Bretagne, comme en témoigne la façade de la poste d’intra-muros.  Le traitement des moellons, la toiture en carène de la tour qui rappelle les hôtels urbains de Saint-Malo mais aussi les grands manoirs ruraux sont caractéristiques. A l’intérieur de ce bureau de poste aujourd’hui désaffecté, demeurent encore les décors de céramique d’Odorico mais aussi les motifs peints selon les dessins de l’architecte, des volutes cryptoceltiques qu’il appréciait et que l’on a pu retrouver dans d’autres décors de ses constructions.
 
Saint Malo reconstruite / © NR
Saint Malo reconstruite / © NR


C’est même le cas sur les bâtiments collectifs qu’il a conçu en 1940, comme sur la chaussée du Sillon, avec à la fois un souci d’harmonie mais aussi de diversité et de qualité. L’une des habitantes de ces logements depuis 35 ans, une nonagénaire pimpante nous confie son plaisir de profiter de la vue sur la mer, et plus généralement de pièces vastes, fonctionnelles et surtout très lumineuses.

A Dinard aussi, Yves Hémar a été chargé de deux constructions publiques implantées sur le front de mer. Le yacht club (1932) et le Museum d’histoire naturelle (1935) de style paquebot avec des coursives, des lignes courbes, des fenêtres rondes, des toits terrasses. Une modernité que permet le béton comme l’explique Véronique Albert, guide conférencière à Dinard. « Il a voulu faire bretonner l’architecture certes mais il souhaitait aussi que l’architecture bretonne entre de plein pied dans la modernité »

Un reportage de Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy, Ludovic Decarsin, Alexis Guédes, Hervé Tiercelin et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 

Le muséum d’histoire naturelle commandé par le Commandant Charcot est depuis 2015 un hôtel 5 étoiles dont le propriétaire Yann Bucaille a tenu à respecter l’esprit. « L’idée, c’était de s’inspirer de tout ce qui avait été fait auparavant, et de trouver un moyen de mettre en valeur toutes ces belles choses qui avaient été faites au fil du temps, tant au XIX siècle du temps de la famille Faber, ces anglais promoteurs de Dinard que du colonel Lord Hamilton, écossais qui est arrivé 20 ans plus tard, qui a castellisé la maison, que plus tard du temps du temps du commandant Charcot avec Yves Hémar. »


Les hublots qui éclairaient les bassins permettent désormais depuis le bar de l’hôtel de profiter de la vue sur la baie, les cuisines ont remplacées les cuves d’eau de mer destinées aux aquariums, et le bureau de Charcot accueille un salon.  Il aura fallu 5 ans de travaux. « Ce bâtiment avait été inexploité pendant plus de 20 ans, on est sur le front de mer au grès des intempéries, effectivement il y a eu énormément de travaux de rénovation à faire ».

 

L’après-guerre

S’il était au fait de sa notoriété avant-guerre, Yves Hémar va au cours des années 40 voir sa vie basculer. La guerre bouleverse le quotidien jusqu’à la destruction aux ¾ de Saint Malo en août 44.  Son cabinet d’architecte est réduit en ruines, et il perd en outre de façon accidentelle deux de ses fils en 1942 et 1945.

Si l’on pense à lui pour mener la reconstruction de Saint-Malo, il est finalement écarté, après une sorte de cabale menée contre lui.  « Des dossiers sont constitués pour mettre en avant ses sympathies pour le mouvement breton qui a largement été discrédité par son attitude pendant la guerre alors que ces sympathies vont en rester là, il n’a pas de fonction militante et puis l’architecte en chef des monuments historiques va mettre en doute ses compétences historiques pour la reconstruction de la ville» nous raconte Daniel Le Couédic.

Il participe néanmoins au renouveau de cinq îlots, dont celui de la rue Guy Louvel où ses trois petites filles (filles de son fils Charles) possèdent encore des appartements. Karin Hémar est l’une d’entre elles. Elle ne l’a pas connu mais garde d’après les souvenirs et les archives de la famille, l’image d’un homme érudit, facétieux. Sa belle-mère, Monique Mathieu, résidant dans un des appartements au-dessus, a ainsi retrouvé des poèmes, des chansonnettes, toujours sur St Malo. « C’était son coté artiste,  toujours très attaché à ses terres à sa région » commentent-elles toutes les deux.

Une région qu’il parcourait avec enthousiasme et curiosité, de long en large, même à cheval, revenant de ses expéditions avec des trésors de l’art breton. Il a ainsi constitué une collection de 4000 pièces, entre vierges en céramique, poupées en costumes, mobilier, cuillères en bois et moules à beurre.  Des pièces qu’il exposait dans des musées privés mais qui ont été, soit détruites, soit dispersées après la guerre. La famille en possède encore quelques vestiges, témoignage de l’amour de leur aïeul pour la Bretagne. A l’image de ses constructions régionalistes également.

Un reportage de Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy, Ludovic Decarsin, Alexis Guédes, Hervé Tiercelin et avec le support de Clément Le Calvé au drône. 


Mais pourquoi Yves Hémar a-t-il été autant oublié ? C’est le lot de nombreux régionalistes de cette époque, balayés avec un certain mépris par le modernisme de l’après guerre. Mais Daniel Le Couédic entrevoit un retour en grâce.

De plus en plus, il sort de l’ombre, ne serait ce parce que sa production a parfaitement vieilli, la plupart de ses maisons sont restées comme au premier jour. Tout d’abord car elles avaient été très bien construites mais aussi grâce au soin de leurs propriétaires très attachés au plaisir d’y vivre .


Pour Karin Hémar, imaginer que la dernière œuvre majeure de son grand père fut un phare qui illumine la baie de Saint-Malo, le phare du Cap Fréhel reste un symbole assez fort, comme le testament de son œuvre.
 
Phare du Cap Fréhel / © NR
Phare du Cap Fréhel / © NR


En effet, à la sortie de la guerre, il faut reconstruire ces phares du littoral français détruits par les allemands. Le service des phares et balise confie cette tâche à des architectes locaux pour leur donner une couleur régionale. Fidèle à l’esprit régionaliste, Yves Hémar va alors puiser dans l’histoire de l’architecture des phares notamment du XIX siècle pour inventer ce nouvel édifice mais aussi dans l’architecture du littoral breton et de la villégiature.

Hervé Raulet, en charge des monuments historiques de la côte nord bretonne pour la direction régionale des affaires culturelles décrit cet édifice assez étonnante : « Il va construire une sorte de donjon néo-médiéval, couronné de créneaux et de machicoulis qui donnent une impression de solidité, de  robustesse. Pour le soubassement avec les salles techniques et le logement des gardiens, il va s’inspirer de l’architecture italienne. »   

Une démarche de continuité qui illustre son attachement à la question de l’héritage culturel. «  Il va toujours rechercher dans l’histoire des formes architecturales du passé des motifs d’inspiration pour ses créations contemporaines. Il donne à voir ce qui a fait l’essentiel de son vocabulaire, à la fois  un souci de  la ligne générale et un souci du détail constructif et du soin apporté à l’exécution de ses œuvres »

Ce géant de granit de 33 mètre de haut, édifié après 4 ans de travaux titanesques,  veille depuis le 1er juillet 1950 sur la côte d’Emeraude. Désormais automatisé, il projette chaque nuit, imperturbable, 2 éclats blancs toutes les dix secondes.

Il a été classé monument historique en 2011.
 
Phare du Cap Fréhel / © NR
Phare du Cap Fréhel / © NR


Cinq ans après son inauguration, Yves Hémar s'est éteint dans sa demeure du Valmarin à Saint-Servan.

Ce passionné d'art breton aura laissé sur la côte d'Emeraude notamment, des dizaines de constructions rendant hommage à cette culture qu'il aura contribué à sa façon à défendre.

 
Yves Hémar
Yves Hémar

Pour aller plus loin

  • Gaëlle Delignon, Isabelle Barbedor, Véronique Orain, Jean-Jacques Rioult, La Côte d’Emeraude, la villégiature balnéaire autour de Dinard et Saint-Malo, Editions du patrimoine, 2001
  • Gaëlle Delignon et Clotilde Audroing-Philippe, Les Dames de la Côte, Saint-Malo et ses villas, Editions Bow Window, 2018
  • Gaëlle Delignon, Saint-Malo Paramé, Urbanisme et architecture balnéaires 1840-1940,  Editions PU Rennes, 1999
  • Anne Lecerf-Daufin,  Yves Hémar et les constructions prives à Saint Malo, mémoire de maitrise d’histoire de l’art Rennes 2, 2002
  • Daniel Le Couédic Daniel, Philippe Bonnet, Architectures en Bretagne au XXe siècle, Quimper, Palantines, 2012.
  • Article d’Hervé Raulet de la DRAC : https://journals.openedition.org/lha/99?lang=es