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15 mars 1944 : un élu d'Eure-et-Loir signe le programme du Conseil National de la Résistance

A droite, Jacques Debû-Bridel, en 1976, à Paris. / © AFP
A droite, Jacques Debû-Bridel, en 1976, à Paris. / © AFP

C'était il y a aujourd'hui 74 ans, l'homme politique Jacques Debû-Bridel participe à la rédaction du texte qui veut organiser la Résistance intérieure française face à l'occupation nazie. 

Par Yacha Hajzler

Commandeur de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance, croix du combattant volontaire. Ce sont les décorations qui auront brillé sur la poitrine de Jacques Debû-Bridel. Né le 22 août 1902 à Mézières-en-Drouais, dans l'Eure-et-Loir, il est une figure de la résistance française. 

Le 15 mars 1944, il rend public, avec ses compagnons, le Programme du Conseil National de la Résistance, initialement intitulé "Les Jours Heureux par le CNR". Ce texte a pour but d'organiser la résistance intérieur en France face à l'occupation nazie mais prévoit aussi dans une deuxième partie un ensemble de mesures à adopter à la Libération. Pour la première fois de son histoire, la France, sous occupation étrangère, systématise une insurrection armée depuis le ventre de la bête. 

Jacques Debû-Bridel, de Maurras à De Gaulle ​

Fils d'un pasteur d'Eure-et-Loir, Jacques Debû-Bridel suit des études de sciences politiques, puis de philosophie, avant d'entamer une carrière de journaliste. A cette époque, il est proche de Charles Maurras, écrivain et homme politique anti-Hitler, mais pro-Mussolini, qui finit par collaborer avec le régime de Vichy. Jacques Debû-Bridel rejoint même le Faisceau, premier parti fasciste français. 

Dans les années 1930, il se rapproche de la droite parlementaire. Sa rencontre avec le politique André Tardieu l'éloigne de ses anciennes opinions politiques. Dès 1935, il devient un militant anti-nazi. Mobilisé en 1939, il combat sur le front en 1940. C'est après l'armistice du 22 juin 1940 qu'il rejoint la Résistance. Il rencontre l'année d'après l'écrivain Jacques Decour, avec qui il fonde le Comité National des Ecrivains, un organe de la Résistance. 

Le 15 mars 1944, il représente la Fédération Républicaine et républicains nationaux lors de la signature du programme du Conseil National de la Résistance.

Des membres de la résistance et du Conseil National de la Résistance, en 1945. / © AFP
Des membres de la résistance et du Conseil National de la Résistance, en 1945. / © AFP

Après la guerre, il rejoindra le parti du général De Gaulle, le Rassemblement du Peuple Français. Il sera élu sénateur de la Seine et restera attentif à toute forme de résurgence du nazisme, et à la politique internationale. 

Personnage contrasté, comme de nombreux acteurs de la Seconde Guerre mondiale, il s'est éteint à Paris, le 20 octobre 1993. 

Le programme du CNR, succès à retardement​

Le programme du Conseil National de la Résistance se compose de deux parties : un plan d'action immédiate, qui vise à combattre de l'intérieur les forces nazies et collaborationnistes, et une réflexion à plus long terme sur ce qu'il convient de mettre en place à la Libération. 

La première partie, en réalité, restera peu ou prou lettre morte. En effet, des désaccords sur les moyens d'action se font rapidement sentir et la Libération de Paris par les Alliés la même année le rend très rapidement caduque. 

Sa deuxième partie, en revanche, est massivement appliqué après la victoire. Sécurité sociale et retraites généralisées, droit à la culture pour tous, lois sociales agricoles, volonté d'extraire la presse écrite de la corruption... Autant d'acquis qui viennent directement de ce texte. 

Moins lumineux, cette partie exigeait d'abord le  "châtiment des traîtres et l’éviction, dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle, de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration", avec les dérives que cette purge a pu entraîner. 
 

A la Libération, certaines femmes sont accusées, parfois à tort, de "collaboration horizontale" avec l'ennemi, et publiquement humiliées. / © AFP
A la Libération, certaines femmes sont accusées, parfois à tort, de "collaboration horizontale" avec l'ennemi, et publiquement humiliées. / © AFP

 

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