41 clusters dans les Ehpad : "En mars nous avions du renfort humain, cette fois nous sommes en très grande difficulté"

La situation est tendue dans les Ehpad du Centre-Val de Loire fortement touchés par la seconde vague de Covid-19. Face à la multiplication des clusters et des cas parmi les personnels, ils peinent à trouver le renfort nécessaire à la continuité de leur activité.

Image d'illustration: Des infirmières viennent faire le test Covid à tous les résidents d'une maison de retraite du sud de la France.
Image d'illustration: Des infirmières viennent faire le test Covid à tous les résidents d'une maison de retraite du sud de la France. © Guillaume BONNEFONT / IP3 PRESS / MAXPPP
Si les Ehpad ne sont pour l’instant pas plus touchés qu’au cours de la première vague de l’épidémie selon l’ARS (l’Agence Régionale de Santé), leur situation est en tout cas à l’image de la déferlante que subit la France actuellement. Depuis 10 jours, l’épidémie s’accélère et le virus a refait son entrée dans les établissements d’accueil et d’hébergement des personnes âgées qui sont, rappelons-le, particulièrement vulnérables au virus.

Certaines de ces structures ont déjà été confrontées à l’épidémie au printemps et se retrouvent à nouveau durement impactées. C’est notamment le cas de la maison de retraite Les Mésanges à Saint-Laurent-Nouan dans le Loir-et-Cher où 21 résidents ont été testés positifs ainsi que 7 membres du personnel.

A l’exception de la première pensionnaire diagnostiquée, aucune autre personne ne présentait de symptômes mais la situation n’en est pas moins catastrophique. "Aujourd’hui on revit le même scenario mais d’amplitude plus forte", déplorer la directrice Nathalie Sassus, qui n’a pas pris un jour de repos depuis deux semaines pour pouvoir gérer la crise. "En mars nous avions du renfort humain, cette fois ci par contre nous sommes en très grande difficulté pour pouvoir faire face humainement à la prise en charge des résidents."

Il nous faudrait pouvoir doubler les effectifs mais malheureusement, on est en dessous de la limite de flottaison, sans pouvoir compter sur les renforts que nous avions au printemps puisque tous ceux-ci sont mobilisés dans les autres établissements ou dans les autres services.

Nathalie Sassus - directrice de l'Ehpad Les Mésanges à Saint-Laurent-Nouan


En Centre-Val de Loire, 41 foyers de contamination ont été recensés dans les Ehpad. C’est deux fois plus que la semaine passée et désormais, tous les départements sont touchés. On compte ainsi 5 foyers de contamination dans le Cher, 4 en Eure-et-Loir, 1 dans l’Indre, 9 en Indre-et-Loire, 7 dans le Loir-et-Cher et 15 dans le Loiret.
 
© France 3 Centre-Val de Loire / France Télévisions

Alors forcément, trouver des personnels disponibles pour renforcer les effectifs devient mission impossible. L’Ehpad des Mésanges survit pour l’instant grâce à l’aide de 6 élèves infirmiers de l’école de Blois et de la HAD (hospitalisation à domicile). "Lors de la première vague, la HAD nous avait envoyé 3 infirmières et 2 aides-soignantes, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. On a seulement le bénéfice d’une aide-soignante puisque la HAD est aussi en tension pour pouvoir recruter les renforts nécessaires pour épauler tous les établissements", déplore Nathalie Sassus.

Du personnel malade ou épuisé et des renforts insuffisants

L’Ehpad La Lilardière dans le Loiret est, depuis deux semaines, l’établissement le plus touché de la région. Sur ses 90 résidents, 70 sont positifs et 28 membres du personnel sur la soixantaine qui y travaillent sont également contaminés. "On commence à voir des salariés qui reviennent travailler parce qu’ils sont guéris (...) ce qui permet de soulager les équipes et de faire tourner les effectifs parce que ceux qui sont là depuis l’origine fatiguent, aussi bien physiquement que moralement", explique Didier Valogne, le directeur du groupe Korian en Centre-Val de Loire.
 
La Lilardière reçoit également des renforts de l’ARS, de la HAD, de la mairie, d’infirmières libérales et bénéficie, en plus, des capacités de la cellule de recrutement du groupe Korian auquel elle appartient. Des infirmières travaillant dans d’autres établissements du groupe ont aussi été redéployées sur La Lilardière, mais cela ne suffit pas à combler le manque de personnel. "Du fait d’avoir sectorisé l’établissement pour isoler les résidents Covid et les non-Covid, on a du renforcer les équipes et la difficulté c’est de trouver des personnes qui viennent travailler sur site. Il y a du travail partout !", déplore Didier Valogne. Ce dernier est également confronté à des désistements de dernière minute par "peur de travailler auprès de patients Covid". Or, il se veut rassurant et lance un appel à l’aide : "On ne manque pas de matériel de protection, on a des encadrants qui sont présents pour former aux procédures et aux bonnes pratiques (…) il ne faut pas avoir de craintes de venir travailler auprès de personnes qui sont touchées par la Covid. Elles ont besoin de nous, elles ont besoin des professionnels !"

L’Agence régionale de santé est à pied d’œuvre pour rassembler toutes les ressources humaines disponibles mais se retrouve, elle aussi, dépassée par la rapide progression de l’épidémie dans un contexte déjà fragilisé par la première vague : "Il est évident que, cumuler les difficultés du printemps avec des personnels qui sont épuisés pour certains ou en arrêt pour d’autres, fait qu’on ne trouve pas de solution rapide, mais tout est mis en œuvre pour aider autant que possible tous ces établissements via les réseaux qui sont mobilisables", explique le directeur de cabinet de l’ARS du Centre-Val de Loire, Christophe Lugnot.
 
L’ARS compte également sur le déploiement prochain et généralisé dans les Ehpad des tests antigéniques, ces nouveaux tests capables de donner un résultat en trente minutes : "Pour ceux qui reviennent de maladie ou qui viennent d’autres régions ou d’autres établissement, ils permettront de remettre du personnel à disposition dans les meilleurs délais", détaille Christophe Lugnot.

Plus de matériel mais toujours des cas

Mais alors que les masques, les blouses, les gants et des protocoles stricts ont été mis en place, comment expliquer que le virus soit de nouveau entré dans les Ehpad, que "le loup soit entré dans notre bergerie" comme le déplore la directrice des Mésanges? Selon elle, c’est un "relâchement dans l’application des gestes barrières" qui est à l’origine de cette nouvelle situation de crise. Avis partagé par l’Agence régionale de santé : "Le virus il rentre parce que l’établissement, il vit. Il est ouvert vers l’extérieur, les familles viennent visiter, les personnels viennent y travailler (…) Il doit sans doute arriver parfois que ces gestes soient moins respectés, pas forcément de façon volontaire, mais il suffit que le virus entre une fois pour toucher plusieurs résidents ou plusieurs professionnels présents dans ces établissements", explique le directeur de cabinet.

Des visites toujours possibles en Ehpad ?

Alors que le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé au cours de son allocution du Mercredi 28 octobre un reconfinements national tout en autorisant les visites dans les Ehpad afin "d’éviter de nouveaux drames humains", il n’a pas précisé si les établissements où des foyers de contamination ont été identifiés pourront également laisser leurs portes ouvertes aux familles. Les Mésanges à Saint-Laurent-Nouan et La Lilardière à Meung-sur-Loire, ont pour l’instant préféré interdire les visites dans l’attente de précisions du gouvernement.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société génération senior region centre-val de loire emploi économie