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Abattoirs, véganisme, environnement : les éleveurs du Centre-Val de Loire face à la défiance des consommateurs

3 éleveurs du Cher nous parlent de leur métier d'agriculteur / © AR
3 éleveurs du Cher nous parlent de leur métier d'agriculteur / © AR

Nous sommes allés à la rencontre de trois éleveurs du Pays Fort, dans le Cher. Trois amis, trois passionnés et défenseurs de leur métier qui ont accepté de nous confier leurs opinions sur les problèmes sociétaux visant directement leur profession.

Par A. Rigodanzo

Ils s’appellent Johann, Stephane et Emmanuel et sont éleveurs bovins dans le Pays Fort (Cher). Ils se connaissent depuis plusieurs années, ont la même passion pour leur métier et sont devenus amis.

Bien que fiers de leur activité, ces temps-ci, ces jeunes éleveurs reconnaissent être mis à mal dans l’opinion publique. En cause : les scandales dans les abattoirs, les attaques virtuelles et physiques des adeptes du mouvement vegan, la remise en cause du bien-être animal dans les élevages et l’impact écologique des exploitations.
 
 

Les scandales des abattoirs

Emmanuel Bonnet a 41 ans. Il est installé à Neuvy-Deux-Clochers, en société avec son père depuis 2001 dans un élevage qui voit naitre 150 veaux par an.  Alors quand il a découvert les images de l’association L214 dénonçant des maltraitances dans les abattoirs, ce passionné de bovins a forcément été affecté. L’éleveur regrette des images « choquantes » qui « jettent le discrédit sur l’ensemble de la filière et sur notre beau métier d’éleveur ». Pour autant, Emmanuel ne pense pas que ces vidéos reflètent la réalité quotidienne des abattoirs : « Je le dis en ayant été en visiter régulièrement. C’est un dysfonctionnement comme il y en a dans d’autres métiers ».

Son ami Johann Coquery est éleveur depuis 19 ans. Il est installé à Neuvy-Deux-Clochers. S’il juge les images « scandaleuses », il regrette lui aussi que l’on « stigmatise une profession ». « Je pense que dans l’ensemble, les gens qui travaillent dans les abattoirs ont plutôt du mérite, car ils travaillent dans des conditions qui sont plutôt dures ».

Même discours à Crézancy-en-Sancerre pour Stéphane Granjon, 36 ans et éleveur depuis 2008. Pour lui, les employés des abattoirs ont même « du mérite de le faire et font très bien leur travail dans 99.9% des cas ». Il déplore qu’il qu’il existe toujours des gens pour tirer parti « de ces failles ».
 
 

Le bien-être animal

La maltraitance au sein des abattoirs est intimement liée à la question du bien-être animal, souvent au centre des interrogations des consommateurs de viande et des défenseurs de la cause animale.

Une question que les trois agriculteurs disent ne pas se poser tant cette notion est une évidence : « Au quotidien on est au contact de nos animaux et on fait tout pour que nos animaux se sentent le mieux possible », confie Johann. « On n’a aucun intérêt à faire en sorte que nos animaux ne soient pas bien, il y a forcément un manque à gagner qui en découle » poursuit Stéphane. Et si ces interrogations semblent légitimes aux yeux des trois agriculteurs, elles témoignent d’une méconnaissance de leur activité.
 

Je pense que les gens se sont éloignés des fermes et ne connaissent plus notre métier et c’est là le drame - Johann Coquery.


Le véganisme

Une défiance des consommateurs qui trouve aussi sa source dans les mouvements de défenseurs des animaux comme les Vegans. Un mouvement forcément mal perçu par les trois agriculteurs : « Si des personnes n’ont pas envie de manger de viande, je les respecte totalement » explique Stéphane. « Mais ils n’ont pas à attaquer des boucheries ou des gens qui font leur travail et ne demandent rien à personne et n’ont pas besoin de ça ».

D’après une étude du Credoc, la France accuse une baisse de plus de 10% de la consommation de viande depuis 2010. Une baisse qui, pour Emmanuel, n’est pas « « totalement due au véganisme ». « Le pouvoir d’achat, les scandales sanitaires » sont aussi pointés du doigt par les éleveurs dans cette baisse : « lequel de ces points-là érode la consommation ? Une chose est sure, c’est qu’elle baisse et que le mouvement végan n’y est pas pour rien » affirme Johann.

L’autre chose qui est sure, c’est que les critiques véhiculées par le mouvement à l’encontre des éleveurs les affecte : « Quand on vous rabat des propos qui sont limites tolérables de façon sociétale, ce n’est pas toujours facile à vivre » conclue Emmanuel.


L’impact environnemental

Des éleveurs sans cesse dans le giron d’une société qui souhaite consommer mieux, consommer éthique, bio, durable. Les agriculteurs ne le nient pas, leur activité a forcément un impact sur l’environnement : « On ne peut pas exploiter la nature et dire que l’on n’a pas d’impact » confie Emmanuel.
 

La vérité de l’élevage bovin en France est un impact positif.


« Aujourd’hui nous sommes des stockeurs de carbone » poursuit Johann, qui regrette que l’image de l’agriculteur/pollueur leur colle tant à la peau : « On va amener des images de ce qu’il se fait de mal dans d’autres pays, comme de l’élevage ultra intensif en Argentine, et on va comparer cela a ce qu’il se fait en France alors que l’on a l’agriculture la plus protectionniste et la plus respectueuse de l’environnement qui soit » s’insurge Stéphane. « Si demain on massacre notre agriculture française, on n’aura plus le choix que de consommer ce qui vient d’ailleurs et là, on n’aura plus le choix de comment c’est fabriqué ».
 

Quelles solutions pour sortir de cette crise de confiance ?

Dans ce contexte de crise de confiance entre les consommateurs et les éleveurs, ces derniers sont conscients de leur part de responsabilité. Les besoins en denrées alimentaires ont augmenté, les modes de production se sont adaptés mais l’agriculteur n’a sans doute pas assez communiqué sur l’évolution de son métier : « On s’est rendu compte que ceux qui parlaient le moins d’agriculture, ce sont les agriculteurs » déplore Emmanuel.
 

Il faut savoir parler au consommateur qui se pose les vraies questions et qui sont légitimes. Je me pose les mêmes en tant que père de famille et consommateur.


Pour Stéphane, il faut aussi « savoir faire le tri dans la masse d’informations qui est publiée et, si vous êtes à la campagne, allez voir votre voisin pour voir comment il travaille ». Malgré tout, Johann essaie « de garder le moral parce qu’on a tellement un beau métier avec tellement d’atouts, qu’on ne peut être qu’optimiste ». Il invite aussi les français à pousser la porte de sa ferme pour mieux découvrir son activité.
 

 

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