La Bande des Français : interview d'Aurélie Charon et Amélie Bonnin, réalisatrices du documentaire

Amélie Bonnin et Aurélie Charon les réalisatrices du film "La bande de Français" / © France 3 Centre-Val de Loire
Amélie Bonnin et Aurélie Charon les réalisatrices du film "La bande de Français" / © France 3 Centre-Val de Loire

Avant la diffusion du documentaire « Le bande des français » le 4 décembre 2017, nous avons interrogé les réalisatrices du film. Trois questions à Amélie Bonnin et Aurélie Charon les réalisatrices du film, pour comprendre leur vision de la jeunesse française, prête au dialogue et au vivre ensemble.

Par Nicolas Ricoud / A.Lps

France 3 Centre-Val de Loire et Narrative vous donnent rendez-vous le lundi 4 décembre à 23h40, après le Grand Soir 3, pour découvrir le documentaire "La bande des Français". Le film donne la parole à quatre jeunes français réunis à Châteauroux pour parler du cœur du problème : a-t-on besoin de se ressembler pour partager un pays ?

L'équipe est venue tourner dans l'Indre en mai 2017, pendant quatre jours. Pour Sophia, Amir, Heddy et Martin, c'était leur première fois en région Centre-Val de Loire.
 
Martin, Sophia, Amir et Heddy de la Bande des Français / © France 3 Centre-Val de Loire
Martin, Sophia, Amir et Heddy de la Bande des Français / © France 3 Centre-Val de Loire


3 questions à Amélie Bonnin et Aurélie Charon, les réalisatrices.

 
► Qu'est-ce qui vous a motivé à réaliser ce documentaire ?

Aurélie Charon : Pour la radio, France Inter et France Culture, j'ai réalisé six longues séries documentaires sur la jeunesse depuis 2011. Chaque fois c'était des portraits de jeunes aux parcours particuliers, engagés, inspirants, au début à l'étranger (Alger, Sarajevo, Téhéran, Gaza, Moscou, Beyrouth, Jerusalem, Istanbul....) puis en France à partir de 2015.
Suite aux attentats de janvier, j'ai eu besoin d'aller rencontrer ma génération et ceux qui sont un peu plus jeunes : j'avais besoin de leurs mots. J'avais besoin de repenser notre histoire collective, collectivement. J'en avais assez qu'ils se fassent confisquer les mots par la sphère politique ou médiatique, qu'on refasse le récit national sans eux.
Amir, Heddy, Sophia et Martin font partie de ceux qui m'ont fait avancer, qui savaient quelque chose de mon pays que je ne savais pas. J'ai réalisé que dans notre pays, le plus grand problème était l'isolement. On ne se rencontre pas. Pour le film, je voulais filmer ce collectif éphémère : les réunir, les écouter, leur permettre de se rencontrer.
 
Amélie Bonnin : Aurélie m'a appelée avec son envie de réaliser un film à partir de ses séries radio et des Radio Live, et les documentaires que nous faisons déjà ensemble sur scène.
J'étais séduite par l'idée de passer à nouveau derrière la caméra (après la réalisation d'un premier documentaire en 2013, "La mélodie du boucher", avec Arte), curieuse de voir ce qui allait se passer entre ces jeunes que nous invitions à passer plusieurs jours ensemble.
Quels allaient être nos échanges, qu'est-ce qui allait se dégager de tout ça. Et surtout l'envie de montrer, à la télévision, des gens que l'on a peut-être pas l'habitude de voir, d'entendre. L'idée que leur parole puisse être entendue sur une chaîne publique, qu'elle entre dans les foyers, me touche énormément.

 
► Pourquoi choisir la ville de Châteauroux comme décor du film ? Quels souvenirs gardez-vous du tournage ?

 AB : Nous avons grandi dans cette ville qui, par un heureux hasard, se situe pile au centre de la France. On n'avait pas envie d'aller filmer Heddy, Amir, Martin et Sophia chacun chez soi. De les cantonner à leurs décors quotidiens. On voulait les extraire de ça, pour que l'imaginaire du spectateur ne se borne pas à leur environnement. Et puis il ne s'agissait pas de faire des portraits individuels, mais bien de les réunir pour qu'ils s'écoutent, qu'ils échangent. C'est dans cette interaction que le film se joue. Donc Châteauroux s'est imposé. On se retrouvait au milieu, en terrain neutre, pour rebattre les cartes et ouvrir les discussions.
 
AC : Je cherchais le centre géographique du pays, pour qu'on se retrouve "au coeur" - et il s'est avéré que le centre exact est à quelques kilomètres de notre centre à nous, où nous avons grandi, Châteauroux. On ne voulait enfermer personne chez lui, dans son décor, on voulait ouvrir le paysage.
 
AB : Le tournage était très rapide, 5 jours à peine, sans que tous soient disponibles sur toute la durée. Donc tout était très intense. C'était assez incroyable d'être là, de faire ce film ensemble et d'assister à ce qui naissait entre eux. On avait espéré que ce soit pour chacun une vraie rencontre, un moment à part, et ça a eu lieu. On était tous très émus quand ça s'est fini, l'impression d'avoir vraiment passé un moment important ensemble.
 
AC : Heddy a commencé à écrire une chanson avec Martin... ils se sont promis qu'ils allaient continuer à écrire ensemble ! Ce qui me bouleverse dans la vie sont : les rencontres qui n'auraient pas dû avoir lieu. Je crois que pour eux aussi.

 
► Comment avez-vous choisi les 4 jeunes ?
Amélie Bonnin : Je laisse Aurélie répondre :)
 
AC : Ils font partie de ceux qui ont témoigné dans mes séries pour la radio. Je les ai choisis parce qu'ils n'ont pas de discours pré-mâché ou défaitiste sur leur pays. Ils sont en mouvement. Et ils sont généreux. Ils ont envie de s'écouter. Amir et Sophia savent pourquoi ils sont là : ils ne seraient pas devenus qui ils sont aujourd'hui sans la France. Ils ont fui le terrorisme et la guerre. Mais ils sont d'autant plus exigeants avec ce pays. Martin et Heddy viennent d'un village et d'un quartier : deux lieux souvent enfermés dans les clichés. Ils sont en avance sur leur temps, ils vont plus vite que ceux qui prétendent parler à leur place, ils ne se laissent réduire par aucune définition. Ils sont déjà dans demain.
 

« La bande de Français »

Un film de 52 minutes écrit et réalisé par Amélie Bonnin et Aurélie Charon
Produit par narrative avec la participation de France Télévisions et le soutien du CNC.

►  Diffusion le lundi 4 décembre 2017 à 23h40, puis disponible en replay pendant 30 jours.

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