CARTE. “C'est un peu humiliant” : en Centre-Val de Loire, les inégalités perdurent face à la pauvreté

Près de 14,7% des Français vivraient sous le seuil de pauvreté. Photo d'illustration / © Pierre Destrade / Maxppp
Près de 14,7% des Français vivraient sous le seuil de pauvreté. Photo d'illustration / © Pierre Destrade / Maxppp

La France pourrait afficher un taux de pauvreté de 14,7% pour l'année 2018 d'après l'Insee, une hausse nette depuis les années précédentes. Dans la région Centre-Val de Loire aussi, ils sont nombreux à devoir se serrer la ceinture, notamment dans le Cher et l'Indre.

Par Bertrand Mallen

La politique économique d'Emmanuel Macron a-t-elle aggravé la pauvreté en France ? C'est en tout cas l'une des hypothèses émises par une étude de l'Insee publiée le 16 octobre dernier. Au cours de l'année 2018, le taux de pauvreté monétaire en particulier aurait augmenté de 0,6%. Autrement dit, 14,7% de la population vivrait dès aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.

 

"C'est un peu humiliant d'admettre qu'on n'a pas de boulot"

Aurélien* et Sophie* vivent à Tours, en Indre-et-Loire, où le taux de pauvreté avoisinne les 20% en 2018. Lui, 28 ans, est diplômé en neurosciences et en immunologie, ne parvient pas à trouver un emploi dans sa branche et enchaîne les petits boulots. A 24 ans, son épouse est externe en médecine, et touche 228 euros par mois sans compter les gardes. A eux deux, ils sont bénéficiaires de 967 euros supplémentaires via le RSA, les allocations logements et la prime d'activité. Une fois payés les 600 euros de loyers et environ 540 euros de dépenses inévitables (nourriture, accès à l'eau, à l'électricité, à Internet, assurances, essence...), il leur reste une cinquantaine d'euros.

"On ne met pas souvent d'argent de côté", admet Aurélien. Sans possibilité de poursuivre une thèse dans la recherche publique à l'issue de son master, il ne parvient pas non plus à trouver de boulot dans un laboratoire où ses compétences seraient mises à profit, même à un niveau de technicien. "Vous êtes trop diplômé", s'entend-il répondre en guise de refus. "On est dans une société où on te juge par ton emploi, on commence toujours par te demander 'qu'est-ce que tu fais dans la vie ?'... C'est un peu humiliant d'admettre qu'on n'a pas de boulot quand on a deux masters."

 

Une région riche... en inégalités

Malgré les difficultés, Sophie et Aurélien ne sont pas les seuls à devoir faire attention, ni les plus à plaindre. Par rapport à d'autres territoires, la région Centre-Val de Loire peut être qualifiée de riche. Au niveau régional, le dernier taux de pauvreté enregistré par l'Insee était de 13,2% en moyenne en 2016. Un chiffre bien inférieur à la moyenne nationale, mais qui masque de profondes inégalités au sein de la région. Les départements de l'Indre et du Cher se détachent du reste avec 14,8% et 14,9% de taux de pauvreté, tandis que les quatre autres se situent plutôt dans une fourchette basse, entre 12 et 13%.

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Les chiffres des allocataires du RSA de 2017, publiés par la Caisse nationale des allocations familiales, permettent de tracer un portrait plus fin de la pauvreté dans la région lorsqu'ils sont répartis par communautés d'agglomération et communautés de commune. Là encore, le Berry se retrouve à la traîne : la proportion d'allocataires par rapport à la population y est de plus de 3%, près du double de la moyenne régionale !

Plusieurs communautés d'agglomérations, comme Dreux, Blois et Montargis, sont également marqués par une forte proportion d'allocataires, mais celle-ci diminue drastiquement en Beauce et en Sologne, pour ne représenter qu'à peine 1% de la population, voire moins. Une disparité qui peut notamment s'expliquer par l'attraction des villes sur les jeunes et les demandeurs d'emplois, davantage susceptibles d'avoir droit aux aides.

Heureusement, dans le cas d'Aurélien et Sophie, la situation pourrait être pire. D'abord parce qu'ils reçoivent dans le cas de grosses dépenses le coup de pouce de leurs familles. Ensuite, la rémunération de Sophie sera amenée à s'améliorer sensiblement une fois l'internat terminé. Enfin, la revalorisation de leurs aides et la prime de naissance de 970 euros à l'occasion de l'arrivée de leur premier enfant cet automne leur a permis de respirer un peu. Le passage par la précarité ne sera, espèrent-ils, qu'un mauvais moment à passer : ce n'est pas le cas de tout le monde.


* : les prénoms ont été modifiés

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