Les Inouïs du Printemps de Bourges : manager, booker... Découvrez les métiers de la musique

Reportés à cause du coronavirus, les Inouïs du Printemps de Bourges Crédit Mutuel se tenaient du 16 au 18 septembre 2020. Malgré le report, la directrice Rita Sa Rego tenait tout de même à soutenir ces artistes en devenir. Découvrez les métiers de ceux qui les font évoluer sur la scène française.

L'affiche des Inouïs du Printemps de Bourges 2020
L'affiche des Inouïs du Printemps de Bourges 2020 © C. Mette / France 3 CVDL
Il y a 35 ans, le Printemps de Bourges mettait en place le réseau des Inouïs. Cette association aujourd'hui tremplin d'une trentaine d'artistes est dirigée par Rita Sa Rego. Coordonnant le dispositif depuis presque 15 ans, elle a vu passer des artistes tels que Eddy de Pretto, Christine and The Queens, Gauvain Sers etc.Durant 3 jours, près de 500 professionnels du monde de la musique écoutent, discutent et découvrent ces nouveaux artistes tentant de se faire une place sur la scène française...et pas que ! En effet, le réseau s'étend jusqu'au Québec, en Suisse et en Belgique.

Son seul obectif : lancer des carrières ! Organisée, diplomate mais surtout convaincante, il était donc évident pour Rita que les Inouïs aient quand même lieu.

Certains artistes ne peuvent pas se permettre de ne pas jouer pendant 6 mois. Il fallait faire quelque chose et marquer le coup. Les artistes paient un lourd tribut en cette crise sanitaire.

Rita Sa Régo

Motivée plus que jamais après cette réussite, la directrice a décidé de lancer dès le mois d'octobre l'appel à candidature pour 2021 ! "Il y aura toujours des Inouïs, on continuera toujours nos activités. On a montré que c'était possible, on ne va pas s'arrêter." rappelle Rita Sa Rego.
Rita Sa Rego interviewée par la chaîne régionale de télévision France 3 Centre-Val de Loire
Rita Sa Rego interviewée par la chaîne régionale de télévision France 3 Centre-Val de Loire © C. Mette / France 3 CVDL

Bookers, managers, attaché.e.s de presse : il faut défendre ces artistes plus que jamais

Rodrigue Mercier est manager indépendant depuis 10 ans, mais aussi booker chez AFX depuis un an. Une double casquette qui ne lui permet pas de s'ennuyer !

Mais quelle est la différence ? Le manager est là pour conseiller les artistes dans leur stratégie, leur développement de carrière, leur image, le choix de leurs partenaires notamment. Le bookeur, quant à lui, a pour mission de monter des tournées pour les artistes en France et à l’étranger.

Pour exercer ces métiers il n'existe pas d'études spécifiques. Le métier de manager n'est même pas reconnu en France.

D'abord ingénieur du son, c'est à force de passer du temps sur la route et en studio avec des artistes qu'il s'est retrouvé à donner des conseils sans s'en rendre vraiment compte.

Au bout d’un moment ça devient ton métier mais tu ne t’en rends même pas compte.

Rodrigue Mercier

Que ce soit l'un ou l'autre, les deux métiers sont en tout point prenants. Le métier de manager demande cependant plus d'investissement car en liaison directe avec l'artiste. Le rôle des maisons de disques est plus restreint qu'auparavant. Les artistes sont en contact direct avec leur public via les réseaux sociaux, le manager devient alors le premier partenaire de l'artiste.

Je suis en co-production avec certains artistes. Je suis producteur avec lui de son propre disque donc, au final, "sa propre" maison de disque.

Rodrigue Mercier

Si vous cherchez un rythme de travail stable et calme, ce n'est pas fait pour vous. Les journées ne se ressemblent pas. Il faut être un caméléon et ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort. "Je peux aider un artiste à charger son van et boire des coups avec le directeur du festival dans lequel il jouait et le lendemain à 7h, être à la Matinale de France Inter avec un autre artiste, à la Maison de la Radio, dans le 16e, à Paris", raconte Rodrigue.

Pour faire ce métier, il faut avoir un amour indéfectible et une confiance inconditionnelle pour les artistes que l'on défend.

Rodrigue Mercier

Le fait d’être indépendant est un enjeu à prendre en compte puisque c'est toi seul qui va te lever le matin pour travailler. La patience est essentielle, il faut être prêt à  attendre que ton tour vienne et rester humbleEn 2001, j’avais 11 ans. Je suis allé voir mon premier concert de rock au Zénith à Paris. C’était Sum41 sur la tournée de leur 2e album All Killer, No Filler . Dès la première note de guitare, j’ai ressenti, au plus profond de moi, une explosion de sens. Mes oreilles, mon corps, mes yeux… je me suis pris un truc dans la gueule et je me suis dit que je ne voulais faire que ça durant toute ma vie. 

"Depuis ce jour-là, mon truc préféré, c’est le live. Essayer de faire ressentir à d’autres personnes ce que moi j’ai eu la chance de ressentir ce jour-là. C’était dingue."Les Inouïs du Printemps de Bourges permettent à tous ces professionnels de se retrouver. Entre coups de téléphone et mails, ils ne se connaissent pas ! Pour les débutants, les premières années sont primordiales pour se faire des contacts. C'est essentiel pour évoluer dans ce milieu.

Cet événement nous permet de nous voir en vrai et de passer des moments informels uniques. Les premières années permettent de tisser un réseau pro pour démarrer dans ce petit milieu. En France on est 300 pros de la musique, ça va très vite.

Rodrigue Mercier

Le confinement a été un cataclysme pour les bookers. C’est un an de travail qui a été reporté. C’est aussi une somme astronomique de pertes financières. Les aides ont été salvatrices.

"Au moment où les Vieilles Charrues et le HellFest ont été annulés je me suis dit "c’est la merde". Je me suis rendu compte à ce moment-là que tout le monde étaient dans la merde, pas seulement moi. On était tous dans l’attente. Nos charges de travail étaient les mêmes mais pour des résultats devisés par 100. On travaillait pour rien." raconte Rodrigue.

"On ne peut pas passer une deuxième année sans festival"

Il faut qu’il y ait un sursaut de la profession. Notamment auprès des directeurs de festival. On ne peut pas passer une deuxième année sans festival. Un public peut se perdre, il faut vraiment faire attention.

"Il peut y avoir un avenir si les programmateurs se désossent la gueule et si on nous laisse travailler. Certes, les tables et chaises du Palais d’Auron, ça me fait mal au cœur. Mais il faut que l’on maintienne des choses, c’est là notre rôle. Il faut marquer le coup et montrer au public qu’on est là".

"Parler de musique toute la journée ça me plait"

Mélissa Phulpin est attachée de presse indépendante depuis 10 ans. Elle est là pour faire le lien entre les artistes et les journalistes. Elle doit faire en sorte que leurs musiques, leurs oeuvres, soient exposées dans les médias (radios, émissions télévisées, interviews papier et web).

Pour se former, il existe plusieurs écoles possibles comme l'EFAP mais aussi des BTS, DUT ou licence professionnelle en communication. Cependant, aucune d'entre elles n'est spécifique à la musique. C'est en pratiquant des stages que l'on arrive à s'introduire dans ce milieu !

Je voulais absolument travailler dans ce milieu. Je ne savais pas quoi y faire mais tant que je parlais musique toute la journée ça m’allait.

Mélissa Phulpin

Il est difficile de parler de journées types. Le métier a beaucoup évolué, on ne peut plus n'être qu'une simple attachée de presse. En effet, la promotion ne suffit pas aux jeunes artistes. Il faut passer beaucoup de temps au téléphone et par mails tous les jours. La relation entre l'artiste et l'attaché de presse est importante. "Il faut apprendre à les connaitre, ce sont leurs paroles que l’on porte" dit-elle.

Je vois ça comme un partage d’une musique que l’on aime bien.

Mélissa Phulpin

Là aussi, la différence entre les maisons de disques et l'indépendance est grande. "En étant indépendant, c'est toi qui cherche et trouve les artistes à promouvoir et encadrer. Dans un label, tu n'as pas le choix".

Comment choisir et trouver de nouveaux artistes ? C'est tout simple, il faut aimer passer du temps sur Soundcloud, YouTube et dans des événements tels que les Inouïs ou Le Chantier des Francos. "Rien n’est acquis. On peut avoir la foi dans un truc et il ne marche finalement pas. C’est un feeling." explique Mélissa.

C'est un milieu solidaire, chacun a son univers et se présente et propose des artistes. Le but est commun : tirer les groupes vers le haut.

Depuis quelques années, le live a dépassé les productions de disques. Il faut tout revoir. C'est un métier où il faut se réinventer chaque jour. L'artiste est le moteur, il doit être force de proposition et impulser les choses. L'attachée de presse doit aider à les mettre en place.

J’ai tendance à aller vers la nouveauté. C’est excitant d’être bousculé et de faire les choses différemment.

Mélissa Phulpin

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