Enfants placés : le parcours de Cyril, devenu assistant familial, une fonction recherchée

La Fondation Grancher recherche des assistants familiaux dans le Cher et le Loir-et-Cher. Une reconversion qu'a choisie Cyril Roguet, père de 3 enfants, à Vierzon après une carrière dans la sécurité. Il raconte son parcours et revient sur sa première année d'expérience.

"J'accueille un enfant de 5 ans un week-end sur deux et la moitié des vacances et un bébé de 11 mois à temps plein". 

Après des années dans la sécurité de sites d'armement et la quarantaine approchant, Cyril Roguet cherchait un métier qui avait du sens. Sa grand-mère était assistante familiale. Il avait donc déjà une connaissance de ce métier. "Assistant familial est un métier concret. On sait pourquoi on le fait", constate-t-il. 

Depuis qu'il a choisi cette voie, le quadragénaire ne tire que du positif de son expérience. "Le bébé ne me pose aucune difficulté. Il est vraiment mignon. J'ai beaucoup de chance. Je ne regrette rien. J'espère que je pourrai accueillir et aider le plus d'enfants possibles".

Un encadrement rassurant

Cyril Roguet a choisi de travailler pour la fondation Grancher, basée à Vierzon dans le Cher et à Salbris dans le Loir-et-Cher. La particularité de la fondation Grancher est que les assistants familiaux sont accompagnés par deux éducateurs : un qui s'assure que tout se passe bien pour l'enfant dans la famille et un éducateur-famille. "On a la chance d'avoir deux éducateurs pour assez peu d'enfants. Quand il y a plus de personnel, ça facilite les choses, surtout pour un débutant comme moi. On a beaucoup de suivi et d'encadrement. Ce qui est vraiment rassurant"

Un accueil à long terme 

La Fondation Grancher a été créée en 1903 dans le Berry pour accueillir des enfants parisiens sains dont les parents étaient porteurs de la tuberculose. Les enfants étaient accueillis dans des familles nourricières. Avec la vaccination obligatoire à partir de 1950 contre la tuberculose (le BCG), le nombre de cas baisse et la Fondation Grancher se tourne vers l'accueil d'enfants dans le cadre de la protection de l'enfance.

Audrey Germain est cheffe de service à la Fondation Grancher à Vierzon. La fondation est financée par le Conseil départemental de Paris. "On accueille toujours dans le Berry et dans le Loir-et-Cher des enfants qui viennent de Paris." 

Sous l'égide de la Fondation Grancher, 60 enfants sont accueillis à Salbris, 60 à Vierzon et 30 à Paris. "Quand ils sont placés dans notre région, c'est qu'il y a une indication d'éloignement de la famille d'origine", explique Audrey Germain. "Ils ont très peu de visites de leurs parents. Ils s'installent plus durablement dans les familles d'accueil. Certains enfants sont arrivés bébés et restent jusqu'à leurs 21 ans".

De plus en plus d'hommes deviennent assistants familiaux

Le métier d'assistant familial a longtemps été réservé aux femmes. En 2020, 9 sur 10 étaient des femmes.

Désormais, de plus en plus en plus d'hommes choisissent cette activité comme reconversion. "Il y a une réelle évolution," note Audrey Germain. "2 candidats sur 5 sont des hommes aujourd'hui".   

"Ça vient tout doucement. Si les hommes veulent nous rejoindre, ils sont les bienvenus. Il ne faut pas hésiter à se lancer", lance Cyril Roguet. 

Le petit garçon de cinq ans qu'accueille l'assistant familial avait un problème d'attachement avec les femmes quand il est arrivé chez lui. "Ça tombait bien que je sois un homme. Il a été content de trouver un homme qui manifeste de l'attention et de l'affection et l'accroche s'est très vite faite avec lui. On est allé au parc, on a joué ensemble, on est parti en camping-car ensemble. On a tissé des liens et ça va bien. On se sent à l'aise et heureux", se réjouit Cyril Roguet.  

Il faut être quelqu'un de tempéré, de calme et savoir gérer la colère

Cyril Roguet, assistant familial à Vierzon

Pour devenir assistant familial, il faut d'abord demander l'agrément à la PMI, Protection maternelle infantile. Une fois l'agrément obtenu, l'assistant familial peut soit choisir de travailler pour l'aide sociale à l'enfance du Département soit pour une fondation ou une association. "Il faut avoir une chambre par enfant. Et il faut passer les tests psychologiques. Cela peut prendre quatre mois pour obtenir l'agrément," raconte Cyril Roguet. 

"On voit une psychologue qui nous met en situation avec des enfants qui pourraient avoir des comportements difficiles pour jauger quelles seraient nos réactions et s'assurer qu'il sera dans des familles bien traitantes," poursuit-il. 

Évidemment, ce n'est pas toujours simple. "Il y a des cas très difficiles. Une de mes collègues a vu l'enfant placé chez elle repartir parce qu'il avait un comportement violent. La rencontre ne s'est pas faite. C'est difficile dans ces cas-là pour l'assistante familiale, l'enfant et le service. Mais les enfants peuvent être durs du fait de leur parcours. Ils peuvent avoir des accès de colère. Il faut être quelqu'un de tempéré, de calme et savoir gérer la colère". 

Ils ont des parents avec des droits parentaux mais on les aime comme les nôtres.

Cyril Roguet, assistant familial à Vierzon

Cyril Roguet, aussi papa de trois enfants de 13,19 et 21 ans avoue qu'"il faut aimer qu'il y ait du monde à la maison et que ça bouge". Il ajoute : "Mais on avait préparé le projet avant. Il fallait que toute la famille soit emballée par le projet.

Pour lui, devenir assistant familial, c'est agrandir la famille sans perdre de vue le cadre légal : " Ça reste une famille parce qu'on partage un quotidien. Mais ils ont un père et une mère qui sont leurs responsables légaux. On leur demande leur avis pour à peu près tout : pour les inscrire à un sport, pour les actes médicaux. Les enfants ont des parents avec des droits parentaux mais on les aime comme les nôtres."

Une meilleure rémunération depuis 2022

40 % des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance vivent en famille d’accueil. Selon une étude de la DREES ( Direction de la Recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques) réalisée en 2020, la France comptait 38 000 assistants familiaux qui accueillaient 74 700 mineurs et jeunes majeurs placés. 

Les assistants familiaux sont rémunérés au SMIC accompagné d'indemnités journalières. 16 euros par jour, par enfant et par an pour la Fondation Grancher. "Il faut accepter une baisse de salaire quand on fait une reconversion. Donc ça doit en freiner beaucoup. Mais la situation s'est améliorée quand même grâce à la loi Taquet", explique Cyril Roguet.

La loi Taquet du 7 février 2022 visait à rendre plus attractif le métier d'assistant familial. Depuis le décret d'application du 31 août 2022, la rémunération versée par l'employeur, ne peut être inférieure au SMIC. Elle varie d'un département à l'autre et d'une association ou fondation à l'autre. 

Comme tous les salariés, les assistants familiaux ont droit à cinq semaines de vacances. "Même si nos chefs de service nous y encouragent, nous sommes très peu à en prendre", s'amuse Cyril Roguet qui ne se voit pas être séparé des enfants qu'on lui a confiés pour le moment. Pendant ce temps, les enfants partent en colonies de vacances ou sont placés chez des collègues. "On se l'autorise pour les nôtres. Il faut juste apprendre à se l'autoriser pour les enfants qu'on nous confie".

Un manque persistant d'assistants familiaux 

Malgré ces avancées, les fondations, associations et collectivités territoriales recherchent en permanence des assistants familiaux. La Fondation Grancher emploie 75 assistants familiaux qui accueillent entre un et trois enfants. "Nous faisons face comme partout en France à des assistants familiaux qui partent en retraite et qui accueillaient trois enfants. Ce sont deux ou trois par an qui partent", constate Audrey Germain, cheffe de service de la Fondation Grancher à Vierzon. " Quand on recrute, ce sont des personnes qui commencent par un seul agrément. Puis il faut les former sur 240 heures pour le moment et bientôt ce sera sur 500 heures. Donc forcément on va manquer de places", s'inquiète-t-elle. 

Avant, ce métier se transmettait dans la famille. Aujourd'hui c'est de moins en moins le cas. "C'est un métier qui est difficile et qui est peu connu. Il peut faire peur. Ça engage la famille entière et s'engager demande une certaine réflexion", concède Audrey Germain. " Mais s'il était plus connu, il y aurait plus de candidats. Une fois qu'on a les informations et qu'on est rassuré, on peut se lancer. Il faut absolument le faire connaître."