Attentat de Conflans : "Entraver un acte violent, c'est le contraire de la confusion et de l'amalgame" pour Loïc Kervran

Le député LREM du Cher a publié sur Twitter une analyse de la communication politique et médiatique autour de l'attentat qui a coûté la vie à Samuel Paty. Le ton adopté, celui du retour à la raison, a emporté l'adhésion des internautes. Loïc Kervran a choisi l'apaisement. 

Loïc Kervran, député du Cher, le jour de son entrée à l'Assemblée Nationale.
Loïc Kervran, député du Cher, le jour de son entrée à l'Assemblée Nationale. © MAXPPP
Il en est encore lui-même surpris. Loïc Kervran, d'habitude, entretient sur Twitter une audience plutôt confidentielle. Pourtant, en un mois de temps, le député LREM du Cher a suscité l'attention et la gratitude de milliers d'internautes. Inhabituel, pour un parlementaire. Encore plus inhabituel quand le parlementaire en question s'exprime d'abord sur le voile, puis sur l'attentant islamiste qui a coûté la vie au professeur Samuel Paty, le 16 octobre. 

"Je suis frappé par une forme de perte collective de sang froid politique et médiatique suite à l’attentat de Conflans", écrit Loïc Kervran ce 20 octobre. A l'image du reste du thread* (série de tweets), le propos sera sans agitation et sans rancoeur. "Je ne me sens pas seul, mais, clairement, je ne suis pas dans ce qui se fait de plus répandu" soupèse l'élu. Derrière l'apaisement qu'il veut porter, il y a d'abord la compétence. 
 

Le Renseignement, "c'est le contraire de la confusion et de l'amalgame"


Membre de la commission de la défense, Loïc Kervran fait aussi partie de la délégation au Renseignement. Il a également été rapporteur de la mission d'information sur l’évaluation de la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement et à la lutte anti-terroriste. "J'ai un point de vue où j'essaie, au-delà de l'émotion que je ressens comme tout le monde, de penser en termes d'efficacité. Et je remarque qu'il y a beaucoup de débats où l'on a complètement perdu ça de vue", regrette-t-il.  "Le renseignement est un métier, et il y a des gens qui le font très bien. Plus de 30 tentatives d'attentats ont été déjoués depuis le début de cette législature.  Le renseignement, c'est la recherche d'une aiguille dans une botte de foin. Entraver un projet d'acte violent, c'est le contraire de la confusion et de l'amalgame, plaide-t-il. Si on commence à dire que tout se vaut, qu'un rayon halal alimente un communautarisme qui lui-même viendrait alimenter un acte terroriste, on perd de vue et l'efficacité, et le vivre ensemble" 

Ces propos sont en substance ceux de Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur choisi par le parti au pouvoir, auquel appartient Loïc Kervran. Appeler à l'apaisement, et partager régulièrement les tweets d'un homme considéré par beaucoup comme le buldozer du gouvernement, n'est-ce pas un peu contradictoire ?

Là encore, le député calme le jeu. "Je suis prudent sur les propos qui sont relayés car je ne méconnais pas la difficulté, dans le monde actuel, de toujours devoir maîtriser complètement sa parole. C'est par ailleurs un très bon ministre de l'Intérieur pour beaucoup de policiers et de gendarmes, qui avaient besoin d'avoir un ministre qui les comprenne, qui passe du temps avec eux. Après, nous avons des divergences sur certaines choses..."
 

Un pays qui tient ensemble


Le vivre-ensemble qu'attaque le ministre, c'est pourtant l'autre cheval de bataille des thread de Loïc Kervran. Le 22 septembre, il avait notamment partagé le texte de la journaliste et écrivaine Nassira El Moaddem, originaire de Romorantin, dédié à sa mère qui porte le foulard.  "J'ai comme préoccupation aussi que notre pays tienne tous ensemble, dans sa diversité, et que chacun soit libre d'y vivre sa religion lorsqu'elle s'inscrit dans les lois de la République. Or, là, on a beaucoup de déclarations qui vont bien au-delà. Le voile, c'est la même chose. Si toutes les femmes voilées étaient des terroristes, ou si toutes les terroristes étaient des femmes voilées, ça se saurait. Parfois on marginalise et on blesse des gens qui vivent leur religion très tranquillement."  La voix posée, le député prend le temps de chercher ses mots. Pour lui, ces propos dans la sphère publiques sont une manière d'agir en son âme et conscience. Même si, chez lui, on n'y réservera sans doute pas le meilleur accueil. "Vous comprenez bien que, électoralement, ça a zéro intérêt pour moi. C'est... Ce n'est pas le positionnement à la mode, convient-il quand on lui propose la formulation. Dans ma circonscription comme ailleurs en France. Peut-être que certains à l'inverse s'expriment pour des raisons électorales." Le décalage avec une partie de sa circonscription est peut-être dû à sa connaissance du Liban, dont il préside d'ailleurs le groupe d'amitié avec la France, à l'Assemblée Nationale. "C'est un pays où, après une guerre civile dans les années 80, les religions se côtoient au quotidien. J'ai également vécu à Londres, travaillé dans une entreprise anglo-saxone... Il y a moins de crispation sur ces sujets. Sans doute que tout ça a un peu contribué à ma perception des choses."
 

Lutte anti-terroriste : ne pas tout confondre


La crispation, dans la logique Kervran, c'est ce qui nous empêche collectivement de chercher des solutions. Pendant que l'on s'attaque aux "rayons communautaires" des supermarchés, à l'école à la maison ou à l'anonymat sur les réseaux sociaux, on s'éloigne de la source du drame. "D'autant que de vraies questions ici se posent sur l'attentat de Conflans et sur comment on aurait pu l'éviter" estime l'élu du Cher.  Quelle sera la ligne de conduite de l'élu quand ces questions cruciales arriveront jusqu'à l'hémicycle ? Nuance, efficacité, revendique-t-il. "Je crois qu'il faut lutter contre l'islam politique, qui a un projet de société qui n'est pas le nôtre. Mais il ne faut pas confondre la lutte contre l'islam politique non-violent avec le salafisme, qui lui est un projet violent. Les outils ne seront pas les mêmes. La lutte contre le terrorisme, dans le code de la sécurité intérieure, est une finalité bien précise qui donne des pouvoirs extraordinaires, très attentatoires aux libertés publiques telles qu'on les entend d'ordinaire. ça donne le pouvoir de mettre une caméra chez vous, d'écouter vos conversations téléphoniques, de regarder tout ce que vous consultez sur internet, de vous suivre... Je pense qu'il faut être attentif aux mots qu'on emploie et ne pas tout mettre sous le même chapeau."
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