Coronavirus : les coiffeurs et les esthéticiennes se considèrent comme "les oubliés" de la crise sanitaire et économique

Salons de coiffure et instituts de beauté ont fermé le 14 mars dernier. On ne parle pas beaucoup de ces "petites entreprises" qui font travailler quelques salariés et qui sont confrontées à des difficultés de trésorerie pour payer salaires et charges.

Salon de coiffure et institut de beauté fermés
Salon de coiffure et institut de beauté fermés © Pascale Adam et Rose Gouaisbault
Pascale Adam possède un salon de coiffure à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin dans le Loiret. A son compte depuis 24 ans, elle a deux salariées. Elle a compris le samedi 14 mars dernier en regardant le Premier Ministre à la télévision que son commerce ne rouvrirait pas la semaine suivante. Edouard Philippe avait alors annoncé la fermeture de tous les lieux publics "non indispensables" : bars, restaurants, cafés, cinémas ou encore discothèques étaient appelés à fermer à partir de ce même samedi à minuit. Les magasins alimentaires, les pharmacies, les bureaux de tabac, les stations-essence et les banques pouvaient rester ouverts.

Le permier ministre a parlé des restaurants et des bars mais il n'a rien dit sur les autres commerces comme les salons de coiffure ou les instituts d'esthétisme. Du coup, je n'étais pas certaine de devoir fermer. Mais j'ai vite compris que nous étions concernés. J'ai eu le sentiment que le gouvernement nous oubliait...

Le lundi étant son jour de fermeture, elle a appelé ses salariéss pour les tenir informées, appelé le comptable pour mettre en place le chomâge partiel et voir avec lui les aides dont elle pouvait bénéficier. Elle a essayé de contacter les clients du salon qui avaient rendez-vous cette semaine-là. Mais elle n'avait évidemment pas les numéros de tous ses clients. Elle a donc mis une affichette sur la devanture de son établissement et enregistré un message sur son répondeur. "Certains de nos clients m'ont demandé de venir les coiffer à leur domicile !"
 
Pour le mois de mars, elle a payé les salaires de ses deux employées mais ne s'est pas versé de salaire. Elle a payé la TVA, les cotisations salariales et patronales à l'Urssaf, les cotisations "retraite" et "mutuelle" pour elle-même et ses employées mais aussi les factures d'eau et d'électricité. Dans le cadre de la procédure de chomâge partiel, elle espère que l'Etat la remboursera rapidement pour les salaires qu'elle a versé.

Pour cette entreprise individuelle, les charges sont à payer et les recettes ne rentrent pas. Quid du mois d'avril ? Avec son comptable, elle a demandé à bénéficier de l'aide de 1500 euros que le gouvernement a mis en place pour aider les indépendants dans le cadre du fonds de solidarité (décret du 31 mars). Elle considère cette aide comme une bouffée d'oxygène qui devrait lui permettre de se verser un "salaire réduit" en avril et... de voir venir. Elle sait qu'elle et ses employées ne retravailleront pas en avril, elle espère une reprise à la mi-mai.

Elle se dit soutenue par la Chambre de Métiers et de l'Artisanat ainsi que par l'Union Nationale des Entreprises de Coiffure et de l'UDEC dont elle est adhérente : ces organismes lui font part des décisions du gouvernement, l'informent sur les démarches à entreprendre et peuvent être, si besoin, un soutien psychologique. Pascale Adam est inquiète pour l'avenir de son salon.

La situation n'est pas facile à gérer. On est dans l'inconnu, on ne sait pas ce qu'il va se passer. Il y a des aides annoncées mais après ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Aujourd'hui, on reporte certains prélèvements mais il faudra les payer à un moment ou à un autre... et les recettes ne rentrent pas. On ne récupérera pas le manque à gagner.

Quant à ses salariées, elle les tient au courant régulièrement de la situation :

Aves mes deux salariées, nous formons une bonne équipe : la plus ancienne est présente depuis 12 ans et l'autre depuis 7 ans. Elles sont ma priorité et elles savent que je continuerai à les payer. Le chômage partiel est une bonne "solution". Cela aurait été un crève-coeur de les licencier. Et puis, quand l'activité reprendra, il faudra qu'elles soient là pour s'occuper des clients.

Quant à ses clients, elle nous a dit avoir reçu de nombreux messages de soutien : "Ca fait chaud au coeur, ça fait plaisir, ça fait du bien. Nous sommes peut-être des lieux jugés "non indispensables" par notre gouvernement mais nécessaires et bien utiles. Il faut rester confiant et positif !" 
 

Un institut de beauté

Dans le centre-ville d'Orléans, Rose Gouaisbault a, elle-ausssi, fermé son institut de beauté le lundi 16 mars. Elle a bien été obligée d'appliquer les directives même si elle regrette de l'avoir appris par la télévision et de façon aussi brutale. Elle attend d'ailleurs toujours une directive officielle. "Fermer, ne serait-ce qu'une journée, est pour ma "petite entreprise" de 4 salariés un manque à gagner difficilement supportable. J'ai des salaires, un loyer, des charges... à payer."

Le lundi 16 mars, toutes ses employées sont venues travailler, elles ont procédé à un grand nettoyage de l'institut puis elles sont rentrées chez elles et l'esthéticienne a fermé son institut, triste, mais en se disant qu'elle réouvrirait deux semaines plus tard... Elle a dû appeler tous les clients/clientes qui avaient rendez-vous pour leur dire que l'institut avait fermé. "Certains n'avaient pas compris, ils ont même insisté pour venir faire des soins... car ils commençaient à s'ennuyer à la maison !"

Elle a ensuite contacté son comptable et lui a demandé d'entreprendre les démarches pour obtenir la prime de 1500 euros. Une fois les charges payées (les salaires, la TVA, les impôts, un loyer de 1400 euros), sa trésorerie a fondu comme neige au soleil. D'autant qu'elle a, elle aussi, mis ses salariées au chômage partiel. Mais voilà, sa comptable a eu des difficultés pour faire la demande, les sites étant pris d'assaut. Les démarches ont pris du retard et elle ne sait donc pas quand elle sera remboursée des salaires versés. Sa banque a stoppé les échéances de deux emprunts et a effectué un report de 6 mois. Cela lui permettra de soufler un peu.
 

Je ne sais pas comment je ferai fin avril. Je compte sur le remboursement du chômage partiel pour avoir un peu de trésorerie. Je gère les problèmes au jour le jour. Je ne peux pas anticiper, c'est angoissant. J'essaie de rester optimiste, je me dis que lorsque tout cela sera terminé, les clients auront besoin qu'on les chouchoute. Nous allons beaucoup travailler. Les clients nous appellent pour nous dire : on reste fidèles !

Après des études de biochimiste avec une spécialisé en arôme, parfum et cosmétique, Rose Gouaisbault a travaillé quelques années en recherche et développement de produits cosmétiques pour un grand groupe de parfumeurs puis elle a eu envie de faire des soins. Elle a obtenu un BTS esthétique et a repris cet institut il y a 15 ans.

Aujourd'hui c'est un coup dur. En tant que chef d'entreprise, je me suis beaucoup investie pour mes clients. J'ai aussi beaucoup investi financièrement. Il va falloir relever la tête et aller de l'avant.

Pour Pascal Roussel, président de l'Union Nationale des Entreprises de Coiffure (UNEC) de l'Indre, la situation de certains coiffeurs va être très compliquée, notamment pour ceux qui n'ont pas beaucoup de trésorerie. Car, si tous ont mis leurs salariés au chômage partiel, ils ont dû payer les salaires de mars (alors qu'il leur aura manqué la moitié du chiffre d'affaires pour ce mois). Ils attendent que l'Etat rembourse mais tous ne pourront faire l'avance des salaires à la fin du mois d'avril. 
L'Unec informe que la BPI peut attribuer un prêt (qui représente 25 % du CA de l'année précédente) pour renflouer la trésorerie. Mais c'est un prêt qu'il faudra rembourser sur 5 ans ou le rendre si on en a pas eu besoin.
A son compte à Châteauroux depuis 15 ans, il vient tout juste de recevoir l'aide de 1 500 euros : il devrait pouvoir ainsi se verser un salaire (ou une partie) à la fin du mois d'avril.
Dans l'Indre, on compte 200 coiffeurs. Pascal Roussel se fait le relais de l'UNEC et transmet les informations utiles à ses confrères.
Les coiffeurs qui ont souscrit l'assurance pour la perte d'exploitation ne recevront rien de leur assureur car mais voilà, la crise sanitaire ne rentre pas dans les modalités des contrats.

Que faire quand une entreprise a des problèmes de trésorerie et ne peut faire face à ses charges ?


Un report des cotisations URSSAF est possible : les employeurs dont la date d'échéance URSSAF intervient le 15 du mois peuvent reporter tout ou partie du paiement de leurs cotisations salariales et patronales pour l'échéance du 15 mars 2020. La date de paiement de ces cotisations pourra être reportée jusqu'à 3 mois. Aucune pénalité ne sera appliquée. 

L'obtention ou le maintien d'un crédit par Bpifrance : depuis le 2 mars 2020, la délégation régionale de Bpifrance a mis en place un accueil dédié (N° vert : 09 69 37 02 40) pour répondre aux demandes d'aides destinées à surmonter les difficultés exceptionnelles liées aux conséquences du COVID-19.

La suspension des emprunts : les entreprises peuvent demander à leurs banques un report des prochaines échéances de prêts. Le décalage de 3 à 6 mois peut être accordé.

La TVA est pour l’instant toujours à déclarer et à payer. La DGFIP (Direction Générale des Finances Publiques) ne prévoit rien pour les reports de paiement en ce qui concerne la TVA. Les services de l’Etat sont mobilisés pour faciliter les formalités et les remboursements si besoin dans l’intérêt des entreprises.
 
 
Une aide de 1 500 euros
Les entreprises en difficulté de 10 salariés ou moins peuvent bénéficier de l'aide du fonds de solidarité. C'est un fonds financé par l'Etat et les régions pour les travailleurs indépendants, les micro-entrepreneurs, les commerçants, les artisans, les professions libérales ainsi que les sociétés et les associations qui exercent une activité économique et remplissant.

Il faut remplir les conditions suivantes :

Les aides seront versées aux entreprises qui ont fait l’objet d’une interdiction d’accueil du public ou ont perdu plus de 50% de leur chiffre d’affaires en mars 2020 par rapport à mars 2019.

Le chiffre d’affaires annuel doit être inférieur à 1 million d’euros et le bénéfice annuel imposable doit être inférieur à 60 000 euros sur le dernier exercice. 

Les entreprises doivent faire une déclaration sur le site des impôts pour recevoir l'aide défiscalisée d'un montant de 1 500 €. (ou une aide égale à leur perte de chiffre d'affaires si celle-ci est inférieure à 1 500 euros). 

La demande d'aide devra être réalisée par voie dématérialisée, au plus tard le 30 avril.
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