Culture : un site dédié aux compositrices, pour découvrir le "matrimoine musical"

Vous voulez enrichir votre culture musicale avec des oeuvres éclipsées des projecteurs ? "Demandez à Clara" ! 

Camille Pépin, la première compositrice primée aux Victoires de la musique classique - Photo d'illustration
Camille Pépin, la première compositrice primée aux Victoires de la musique classique - Photo d'illustration © Thomas SAMSON / AFP
De Francesca Caccini au 17ème siècle à Camille Pépin au 21ème : une plateforme numérique répertorie les oeuvres de centaines de compositrices pour faire découvrir des artistes longtemps éclipsées. Elle a été baptisée "Demandez à Clara", en référence à Clara Schumann, brillante pianiste, compositrice et épouse du célèbre compositeur du même nom.

Cette base de données gratuite a été lancée en juin par l'équipe de Claire Bodin, directrice du festival "Présences féminines", consacré aux compositrices du passé et du présent. "Depuis notre tendre enfance, on n'entend pas de musique de compositrices, ou si rarement qu'on n'en garde pas la mémoire, a motivé Claire Bodin auprès de l'AFP. A nous musiciens et musiciennes, aucun matrimoine n'a été transmis. On a été biberonné à l'idée du génie du grand compositeur, toujours un homme, sans jamais s'interroger sur le répertoire des compositrices". L'outil répertorie pas moins de 4 662 oeuvres, composées par 770 compositrices de 60 nationalités différentes, entre 1618 et 2020. Le site prévoit d'ajouter 4 000 oeuvres supplémentaires à l'automne.

En recherchant un nom, un titre, un instrument, un pays ou une époque, vous pourrez par exemple tomber sur l'Italienne Barbara Strozzi, l'une des première compositrices professionnelles, ou la Française Elisabeth Jacquet de la Guerre. La plateforme compte aussi beaucoup de compositrices issues de pays anglo-saxons, "beaucoup plus avancés dans ce domaine".
 

Enrichir, pas réécrire


Le travail de recherche ne doit rien à un fantasmé "effet de mode" : il a commencé dès 2006. "Ce n'est pas une question de réécrire l'Histoire mais d'enrichir le répertoire, explique Mme Bodin. Il ne faut pas simplement les programmer parce que ce sont des femmes et pour se donner bonne conscience, mais parce qu'il y a un réel intérêt artistique".

Pour cette claveciniste qui a mis de côté sa carrière pour se consacrer à ces projets, la non-programmation des compositrices est un frein majeur à la diffusion de leurs oeuvres. Depuis une dizaine d'années, elle donne régulièrement des conférences sur le sujet et rares sont ceux qui peuvent citer des noms au-delà d'un "top 5" composé de Clara Schumann, Fanny Mendelssohn, Lili Boulanger, Betsy Jolas et Kaija Saariaho. "Pour les salles de concert, il y a la contrainte de remplissage" qui force à rebondir sur les mêmes têtes d'affiche. "On ne voit que le haut de l'iceberg, car même chez les hommes il y un tas de compositeurs qui méritent d'être mis en avant", rappelle Mme Bodin. "Il faut que tout le monde se mette à programmer des compositrices car les artistes invités, s'ils ne sont pas assurés que d'autres salles le font, vont hésiter à jouer ces partitions".
 

Un nouveau festival en octobre


Prévu en mars, le festival "Présences féminines" se tiendra finalement du 12 au 20 octobre 2020. Depuis sa création, sept oeuvres de compositrices ont été commandées, dont une par la jeune Camille Pépin (29 ans), devenue cette année la première compositrice primée aux "Victoires de la musique classique". Pour son édition 2021, le festival a lancé un appel à projets pour la création d'un conte musical à l'intention des jeunes. Cécile Buchet l'a emporté sur 15 compositrices.
 
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