Animaux : en Centre-Val de Loire, associations et communes s'associent pour stériliser les chats errants

Avec les beaux jours arrive la période de chaleurs des chats errants. Leur multiplication pose des problèmes pour la biodiversité et le bien-être animal, et génère des nuisances pour l'humain. En Centre-Val de Loire, des campagnes de stérilisation sont portées par des associations et des communes.

Capture chats errants le 12 Mars 2020 à Bourg-en-Bresse, photo d'illustration.
Capture chats errants le 12 Mars 2020 à Bourg-en-Bresse, photo d'illustration. © Laurent Thevenot/MaxPPP

En France, il y aurait approximativement 11 millions de chats errants, soit à peine moins que les 14 millions de chats domestiques recensés dans le pays. C'est en tout cas l'estimation faite par l'association de protection animale One Voice, qui alerte depuis quelques années sur le danger que représente la prolifération des chats errants, avec notamment le mot-dièse #UrgenceErranceFéline.

L'association estime que, au bout de sept ans seulement, la descendance théorique totale d'un couple de chats est de... 10 000 animaux. Autant dire que, sans maîtrise, la population de chats errants pourrait exploser, occasionnant des nuisances diverses. Pour la biodiversité en premier lieu, les chats étant responsables d'une partie de la diminution des populations d'oiseaux en France.

Ainsi, "la mortalité due à la prédation par les chats sur les oiseaux de jardin a augmenté d’au moins 50%" entre 2000 et 2015, à en croire la société française pour l’étude et la protection des mammifères. La même étude estime à plus de 1 000 le nombre de proies annuelles d'un chat haret -un chat domestique retourné à l'état sauvage.

80 chats stérilisés à Mer en 2020

Mais les nuisances peuvent aussi concerner les humains. A Mer, dans le Loir-et-Cher, l'adjointe à la citoyenneté Danielle Guérin rapporte le témoignage d'une "dame chez qui des chats entraient, et qui salissaient sa façade, ou des chats qui s'installent dans des haies de jardins pour faire des petits". 

Face à "des signalements d'habitants", la mairie a décidé de mettre en place, du 12 au 23 avril, une opération de trappages des chats errants de la ville, afin de les faire stériliser, avec l'aide de l'association "Chats libres en Loir-et-Cher". L'initiative, mise en place par la précédente mandature, a permis de traiter 80 animaux sur l'année 2020. En dix jours de ce printemps 2021, 25 ont déjà été attrapés, avant une prochaine opération similaire prévue à l'automne.

Le processus est simple : là où est signalé un chat errant, une simple cage est placée avec de la nourriture à l'intérieur. Une fois attrapés, les chats sont emmenés dans l'une des deux cliniques vétérinaires de Blois, partenaires de la ville de Mer en proposant un budget avantageux. "On a pu avoir des fonds de la fondation 30 millions d'amis et de la fondation Brigitte Bardot après avoir monté un dossier", précise Danielle Guérin.

"J'en ai marre de voir des chatons morts dans des flaques d'eau"

Car une stérilisation, ce n'est pas donné : comptez entre 120 et 160 euros. Si bien que, pour une opération d'ampleur, le budget peut rapidement s'envoler pour une petite municipalité. Ou même pour un particulier, ce qui explique le nombre important de chats abandonnés non-stérilisés par leurs anciens maîtres.

La docteure Amandine Jamet, vétérinaire à Pithiviers-le-Vieil dans le Loiret, prend "100-110 euros par stérilisation", et 140 euros pour une ablation complète de l'utérus lorsque la chatte est déjà pleine. "Et encore, je ne suis pas chère."

Arrivée en septembre 2020 sur le territoire, la vétérinaire avoue "en avoir marre de voir des chatons morts dans des flaques d'eau le long des routes", et a décidé, dès son installation, de prendre le problème à bras le corps. Pour elle, stériliser une chatte errante, c'est "lui donner une chance de vivre" :

Il faut comprendre qu'une chatte, ça peut faire quatre, cinq, six portées par an. J'en ai marre de voir des chattes pleines tout le temps, qui mettent bas comme elles peuvent. C'est éprouvant pour elles. Une chatte dans la nature, elle vit trois ans maximum, elle est essoufflée.

Dr Amandine Jamet

Bien-être animal et santé humaine

A Mer également, l'adjointe à la citoyenneté explique que l'opération est "autant justifiée par les demandes des habitants que parce qu'on aime les chats". Elle-même le constate : "Les chattes qui doivent allaiter et qu'on capture sont squelettiques."

Dans la région de Pithiviers, le problème devient même une urgence sanitaire, y compris pour les humains. "Certains chats venaient sur les terrasses, et deux enfants ont eu la teigne", se souvient-elle. Alors "castrer les mâles diminue leur comportement agressif, ils sont plus posés et donc véhiculent moins de maladie". 

Histoire d'augmenter un peu plus la facture, certains chats doivent aussi bénéficier de divers traitements médicamenteux contre les maladies dont ils sont porteurs, comme justement la teigne, le coryza, la conjonctivite, ou pour se débarasser de divers parasites. 

Les associations en manque de moyens

Près de Pithiviers, Amandine Jamet travaille notamment avec l'association "Protection et environnement animal", qui agit sur les secteurs de Neuville et Chilleurs-aux-Bois. A l'instar de la ville de Mer, elle a pu obtenir une aide financière de la fondation Brigitte Bardot : 1 000 euros pour 14 chats, ainsi que des "bons pour stérilisation". 

L'association a pourtant dû s'occuper de pas moins d'une cinquantaine de chats ces derniers mois, dont 22 sont actuellement les résidents du terrain de Christine Biardeau, la présidente de l'association. 22 chats, pour beaucoup, trop sauvages pour être adoptés, mais pas assez pour être complètement relâchés sans être nourris de temps en temps.

Face à la surpopulation des chats errants, la petite association (les deux membres sont la présidente et sa fille de 13 ans) créée en 2018 peine à faire face, notamment financièrement. Sur un groupe Facebook, elle parvient à fédérer 2 700 internautes. Mais aucun n'est adhérent, et les dons se font rares. "On n'est pas assez connus", concède Christine Biardeau.

Et les quelques aides de la fondation Brigitte Bardot ne suffit pas à nourrir les chats capturés. Ce week-end du 24-25 avril, l'association participe, avec "Les Amis pour la vie", à une collecte de croquettes et de litières au Super U de Neuville-aux-Bois. L'occasion de subvenir à au moins une partie des besoins des félins

L'association est également référencée -comme d'autres organismes de protection animale de la région- sur le site HelloAsso.

Sensibiliser les propriétaires de chats

En plus de ces opérations de capture/stérilisation, la sensibilisation du grand public semble être la nouvelle priorité pour les associations. "Beaucoup de gens pensent qu'un chat qui s'en va finit toujours par revenir, et donc il ne font pas identifier leur chat. Mais c'est obligatoire, ils n'ont pas le choix", rappelle la docteure Amandine Jamet. Une obligation légale en vigueur depuis 2012.

Mais surtout, il s'agit, encore et toujours, d'être sûr de soi lorsque l'on prend un animal à sa charge. "Beaucoup de gens ont adopté un chat pendant le Covid, et quand ils ont repris le travail, ils les ont foutus dehors non-stérilisés", déplore Christine Biardeau. Danielle Guérin renchérit :

Si on a une surpopulation de chats errants, [...] c'est que des gens abandonnent leurs chats ou s'en occupent mal, sans respecter les cadres légaux [comme la stérilisation et l'identification] et sans respecter les nécessaires prises en charge de l'animal.

Danielle Guérin, adjointe à la citoyenneté à la mairie de Mer

De plus en plus de communes prennent en tout cas la responsabilité de ces opérations de capture et de stérilisation, à l'instar de Dadonville dans le Loiret en mars dernier. A Mer, la municipalité promet, de son côté, de "renouveler l'opération cet automne et tous les ans".

Retrouvez le reportage de Laurie-Anne Virassamy et Calypso Vannier à Dadonville en mars 2021 :

 

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