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Accord Mercosur-UE : l'opposition d'Emmanuel Macron fait réagir en Centre-Val de Loire

Au sommet du G20 d'Osaka, Emmanuel Macron avait averti que le traité avec le Mercosur serait conditionné au respect par le Brésil du protocole de Paris. / © Jacques Witt / POOL / AFP
Au sommet du G20 d'Osaka, Emmanuel Macron avait averti que le traité avec le Mercosur serait conditionné au respect par le Brésil du protocole de Paris. / © Jacques Witt / POOL / AFP

Accusant le président brésilien Jair Bolsonaro d'avoir "menti" sur ses engagements climatiques, Emmanuel Macron a annoncé le 23 août l'opposition de la France au traité économique entre Union européenne et Mercosur. En Centre-Val de Loire, la nouvelle a fait réagir les politiques.

Par Bertrand Mallen

L'Amazonie aura eu raison des faux-semblants. "Notre maison brûle", avait d'ailleurs réagi Emmanuel Macron devant les images des incendies qui ravagent la forêt vierge, reprenant la phrase prononcée par Jacques Chirac au Sommet de la Terre en 2002. Depuis plusieurs jours, la forêt amazonienne est touchée par de graves incendies, amplifiés par la sécheresse mais dont la cause réside dans la déforestation à des fins économiques et dans l'incurie du gouvernement d'extrême-droite de Jair Bolsonaro (voir encadré).

"Compte tenu de l'attitude du Brésil ces dernières semaines, le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du Sommet (du G20, ndlr) d'Osaka", a déclaré l'Elysée ce vendredi, en annonçant l'opposition de la France à la signature du traité. Une position rejointe rapidement par la République d'Irlande. A la veille du sommet du G7 à Biarritz, l'Allemagne et le Canada ont également insisté sur l'importance d'inscrire la protection de la forêt amazonienne à l'agenda du sommet.
La fumée dégagée par les feux de forêt au Brésil est désormais visible depuis l'espace. / © HO / NOAA/NASA / AFP
La fumée dégagée par les feux de forêt au Brésil est désormais visible depuis l'espace. / © HO / NOAA/NASA / AFP

 

"Une décision courageuse"

Plus près de nous, en région Centre-Val de Loire, la prise de position d'Emmanuel Macron a été largement approuvée, y compris du côté de l'opposition. En Eure-et-Loir, le député LREM Guillaume Kasbarian a salué une "décision courageuse" sur Twitter, arguant du fait que le Brésil avait rompu la confiance nécessaire à la signature d'un accord. Bien que partisan fervent du CETA, conclu avec le Canada, le député recommandait en effet depuis juillet la prudence vis-à-vis du Mercosur.

"Au sommet d'Osaka, il a bien été dit que la signature de l'accord était conditionnée au respect de la coopération internationale autour de l'environnement", note le député eurélien, joint par France 3. "Il faut dire très clairement au Brésil de prendre ses responsabilités", ajoute celui qui appelle à une prise de conscience des chefs d'État européens.

 

L'accord a du plomb dans l'aile

A droite aussi, l'annonce a fait réagir. "C'est une excellente nouvelle", déclare sans ambage Laure de la Raudière, députée LR d'Eure-et-Loir, qui voit dans l'opposition explicite d'Emmanuel Macron une façon de faire "très intelligente". "C'est une très bonne chose qu'un chef d'État européen ose mettre les pieds dans le plat" L'élue affirme elle aussi que l'accord avec le Mercosur n'est pas comparable avec le CETA, et qu'il représente un véritable problème pour les éleveurs français. "Le vrai scandale, c'est que la Commission européenne ait décidé de signer ce traité au printemps, en fin de mandature !"

L'accord entre l'UE et le Mercosur, dont les négociations durent depuis près de vingt ans, a en effet été signé fin juin. Mais avant son application, il doit être approuvé législativement par les 28 États membres. Avec l'opposition de la France et de l'Irlande, il a désormais du plomb dans l'aile.
 

Pourquoi la forêt amazonienne brûle-t-elle ?

Si l'on ignore encore la surface exacte de forêt amazonienne partie en fumée, les incendies de l'été 2019 passent pour un rappel inquiétant de l'urgence climatique. Selon le gouvernement brésilien, ce sont "la sécheresse, un temps sec et la chaleur" qui ont provoqué une augmentation des incendies dans tout le pays.

Mais en réalité, la sécheresse n'est pas la principale responsable de la hausse dramatique des feux de forêts, a expliqué à l'AFP Paulo Moutinho, chercheur à l'Institut de recherche environnementale sur l'Amazonie. "La déforestation explique la majorité des incendies", assure-t-il. "En 2019, la sécheresse n'est pas aussi sévère que lors des années précédentes, or il y a une hausse substantielle des incendies. Tout indique donc que la saison sèche n'est pas du tout le facteur prédominant."

Le lobby de la viande, allié majeur du gouvernement

Les feux en Amazonie sont notamment provoqués par les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage ou pour nettoyer des zones déjà déboisées, généralement pendant la saison sèche qui s'achève dans deux mois. Selon le système Deter (détection en temps réel de la déforestation) utilisé par l'INPE, la déforestation de la forêt amazonienne en juillet 2019 a été quasiment quatre fois plus importante qu'en juillet 2018. "Ce à quoi nous assistons est la conséquence de l'augmentation de la déforestation révélée par les chiffres récents", analyse Ricardo Mello, chef du programme Amazonie au WWF Brésil. 

De son côté, le gouvernement brésilien n'agit guère contre cette déforestation massive, motivée par des intérêts économiques. Au contraire, si l'on en croit le site britannique OpenDemocracy, Jair Bolsonaro saboterait activement le sauvetage de l'Amazonie. Le chef d'État brésilien a d'ailleurs de grands projets pour l'espace déforesté, notamment la construction d'autoroutes et d'une centrale hydro-électrique.

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