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Du CETA au MERCOSUR : quelles conséquences pour les agriculteurs du Centre-Val de Loire ?

La filière bovine craint d'être fragilisée par les traités internationaux de libre-échange, notamment avec le Mercosur / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
La filière bovine craint d'être fragilisée par les traités internationaux de libre-échange, notamment avec le Mercosur / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

En cours de ratification pour l'un, pas encore signé pour l'autre, les accords de libre-échange avec le Canada et les pays du MERCOSUR inquiètent le secteur agricole et les écologistes.

Par Bertrand Mallen

Des steaks brésiliens "dopés" aux antibiotiques bientôt dans nos assiettes ? C'est pourtant l'une des craintes des opposants au futur traité de libre-échange avec le Mercosur, marché commun regroupant cinq pays d'Amérique du sud. L'ouverture au libre-échange avec des pays où la réglementation diffère de l'Union européenne inquiète, tant sur le plan économique qu'environnemental.

Une concurrence dangeureuse ?

Dans le même temps, l'Assemblée nationale examine la ratification du CETA, accord d'une teneur comparable signé quant à lui avec le Canada en septembre 2017. Également décrié à l'époque, il donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler un futur traité avec les pays d'Amérique du sud. De fait, dans les deux cas, l'élevage bovin, en crise de notre côté de l'Atlantique, cristallise une bonne partie des oppositions.

Interrogé au téléphone, le président de la FDSEA Loiret Cédric Benoist ne cache pas son mécontentement : "Ce n'est pas l'accord de libre-échange en lui-même qui nous dérange, mais nous sommes soumis à des contraintes auxquelles vont échapper ces producteurs étrangers qui nous font concurrence." Normes environnementales, biotechnologies, les éleveurs étrangers possèderaient des avantages dont sont privés les agriculteurs français.

Pas de Frankenfish dans les assiettes

Une opposition que Guilaume Kasbarian, député de la 1ère circonscription de l'Eure-et-Loir et membre de de la Commission des affaires économiques qualifie de "dogmatique", en tout cas en ce qui concerne le CETA. "Deux ans après la signature, vous n'avez toujours pas de steak canadien dans votre assiette", avance le député. De fait, les exportations du Canada vers l'Union européennes sont limitées à un contingent annuel de 65 000 tonnes équivalent carcasse, soit à peine "un steak par Français et par an", estime l'élu.
En outre, Guillaume Kasbarian met en avant le respect des normes européennes par la viande importée dans l'UE. "Seules 36 fermes canadiennes sur plus de 70 000 ont été autorisées à exporter vers l'Europe." Les produits issus des biotechnologies, comme le fameux "Frankenfish", saumon génétiquement modifié, restent interdit à l'exportation vers l'Union européenne. Au-delà des points de frictions, le député voit dans le CETA un succès économique pour plusieurs filières, notamment dans le monde agricole, comme les exportations de fromage respectant les Indications géographiques protégées (IGP).

Farines animales et antibiotiques

Cependant, le doute subsiste sur un certain nombre de produits agricoles, qui ne sont pas automatiquement concernés par les normes sanitaires européennes et nécessitent des "clauses miroirs". C'est le cas notamment des farines animales, interdites en Europe depuis le scandale de la "vache folle" à la fin des années 1990. Au Canada, au contraire, les "protéines animales transformées" à partir des morceaux non nobles d'animaux sains entrent dans l'alimentation des bêtes, comme l'expose la vétérinaire Sophie Devienne, membre de la commission d'évaluation de l'impact du CETA.
Même inquiétude pour les antibiotiques, dont l'utilisation à outrance renforce à long terme le risque d'émergence de bactéries résistantes. Si aujourd'hui l'importation de viande dopée aux antibiotique à destination de la France est autorisée dans le cadre du CETA, de nouvelles règles européennes devraient entrer en vigueur d'ici 2022 pour l'interdire. Cependant, le Canada pourrait pousser l'Europe à faire machine arrière d'ici-là.

Malgré ces points problématiques, les "Frankenfish", la viande de boeuf nourrie aux hormones de croissance et les autres substances interdites au sein de l'Union restent exclus du CETA, comme elles le seront du traité avec le Mercosur si l'on en croit les députés de la majorité. Reste à savoir si les autorités sauront éviter d'éventuelles fraudes, qu'elles peinent déjà à détecter dans les frontières de l'Union.
 

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