Après le meurtre d'une travailleuse sociale de l'Aube, l'hommage et la colère en Eure-et-Loir

Après le meurtre d'Audrey Adam, travailleuse sociale, dans le cadre de sa mission de service public et face à l'indifférence des institutions, les syndicats du secteur social exigent davantage de reconnaissance et de moyens pour faire leur métier.

Un hommage a été rendu localement à Audrey Adam le 17 mai.
Un hommage a été rendu localement à Audrey Adam le 17 mai. © PHOTOPQR/EST ECLAIR/MAXPPP

Le 12 mai dernier, le meurtre d'Audrey Adam, conseillère en économie sociale et familiale employée par le conseil départemental de l’Aube, a secoué les professions du secteur social, mais guère plus. Cette travailleuse sociale, chargée depuis 2018 de dossiers délicats liés à des personnes âgées en perte d'autonomie, a vraisemblablement été abattue d'un coup de fusil par un agriculteur octogénaire à qui elle rendait sa visite mensuelle. Le retraité aurait ensuite retourné son arme contre lui pour se donner la mort.

Ce drame survient sur fond de dégradation des conditions de travail des assistants sociaux... mais surtout dans une relative indifférence des institutions publiques. "Je ne veux pas faire de misérabilisme, mais s’il s’agissait d’un policier, d’un militaire, d’un pompier ou d’un enseignant, il y aurait eu un déplacement ministériel" a déclaré au Monde Alexandre Lebarbey, représentant de la fédération santé et travail social de la CGT à l'occasion d'un hommage à Audrey Adam ce lundi 17 mai. "Nous avons besoin du soutien de ceux qui nous envoient en mission."

Une mission de service public de plus en plus difficile

En Eure-et-Loir, la déléguée syndicale du FSU Dominique Prier-Chéron fait le même constat bien amer. "Le secteur social, ce n'est pas sexy, ce n'est pas politiquement porteur" explique celle qui constate, depuis plusieurs années, la multiplication des burn-out, des réorientations professionnelles et des violences commises contre les travailleurs sociaux par des usagers excédés.

"Les assistantes sociales n'ont pas de quota, elles doivent recevoir tout le monde", poursuit la syndicaliste. "Tous ceux que l'aide à l'enface, que la CAF, que les services psy ne peuvent plus recevoir parce qu'eux aussi sont exsangue et n'ont plus de budgets." Mal payée, souvent en temps partiel subi, constamment sous pression, la profession d'assistante sociale est symptomatique d'un secteur public sans cesse amputé de ses moyens.

En effet, le jour même où le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin assumait sa fonction de "premier flic de France" en se rendant à la mobilisation des syndicats policiers, les représentants du secteur social se trouvaient réduit à quémander un hommage et une minute de silence pour Audrey Adam. Dans un communiqué, la FSU a saisi la préfète d'Eure-et-Loir "pour que, en tant que représentante de l’État dans le Département, elle soit à l’initiative de l’organisation d’une minute de silence dans l’ensemble de la Fonction Publique". Les syndicats espèrent un hommage national, mais leurs demandes restent pour l'instant lettre morte.

Les services sociaux, un sujet peu vendeur politiquement

Seul le conseil départemental de l'Aube, où travaillait Audrey Adam, a organisé une minute de silence ce 17 mai. A cette occasion, Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’enfance et des familles, s'est pour sa part contenté de rappeler dans un tweet que "parce qu’ils sont auprès des plus fragiles d’entre nous, les travailleurs sociaux évitent à la société tout entière de tomber".

Au-delà de ce contraste saisissant, au-delà des hommages et des symboles, les syndicats veulent aussi attirer l'attention sur le manque de moyens et les conditions de travail de l'ensemble du secteur social. "C'est sûr, on se fait plus facilement élire en promettant des policiers municipaux qu'en disant qu'on va recruter des assistantes sociales", déplore Dominique Dominique Prier-Chéron.

Au contraire, il est de bon ton d'annoncer des "dégraissages" du secteur social, dont les usagers, qu'ils soient bénéficiaires du RSA ou confrontés à d'autres difficultés, sont vus comme des "boucs-émissaires des problèmes de la nation". "Mais il s'agit d'économies à très court terme", insiste la déléguée syndicale : tous les moyens retirés à l'accompagnement et à la prévention finissent par être nécessaires dans la gestion de situations de crise, qui auraient pu être évitées.

La mort d'Audrey Adam est le troisième décès enregistré par les travailleurs sociaux depuis l'automne 2020.

 

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