Pass sanitaire : mis à part Beauval, les zoos et parcs du Centre-Val de Loire constatent une baisse de fréquentation

Depuis la mise en place du pass sanitaire pour accéder aux lieux de loisirs, les zoos et parcs animaliers constatent une diminution du nombre des visiteurs, sauf à Beauval qui a fait son meilleur mois de juillet.
Les visiteurs photographient Yuan Meng, le panda de Beauval qui fêtait en 2019 ses 2 ans.
Les visiteurs photographient Yuan Meng, le panda de Beauval qui fêtait en 2019 ses 2 ans. © Matthieu Jarry

Alors que le Conseil constitutionnel va rendre ce 5 août son avis sur l’extension du pass sanitaire pour accéder aux cafés, restaurants, transports et établissements médicaux, certains responsables de lieux de loisirs attendent la décision des Sages avec impatience. En premier lieu Patrick Violas, le fondateur et responsable du zoo-refuge La Tanière à Nogent-le-Phaye, près de Chartres.  

La Tanière en conflit avec la préfecture

Ce dernier est en conflit depuis plusieurs jours avec la préfecture d’Eure-et-Loir car il refuse d’appliquer le pass sanitaire pour accéder à La Tanière. Ce lundi soir, il a été mis en demeure de se conformer à la loi sous 48 heures, sans quoi il subirait une fermeture administrative de son établissement. 

Patrick Violas a pris cette décision de transgresser la loi quand il a vu la fréquentation chuter. Le tout nouveau zoo-refuge a reçu environ 45 000 visiteurs entre la mi-juin et la mi-juillet. Un chiffre que le fondateur explique par le fait que “ce n’était pas encore les vacances scolaires et que la météo était désastreuse à un moment”.

La saison des parcs démarre avec les vacances scolaires. On était parti pour faire 60 000 entrées en juillet et 100 000 en août”, calculait-il. Une estimation purement théorique sachant que le site n’a ouvert ses portes que le 11 juin dernier. A titre de comparaison, le zoo de Beauval n’a atteint les 100 000 entrées qu’après 15 à 20 ans d’existence.

Des animaux sont fréquemment recueillis au zoo-refuge La Tanière, près de Chartres.
Des animaux sont fréquemment recueillis au zoo-refuge La Tanière, près de Chartres. © Julie Postollec / France Télévisions

Mais avec l’obligation à partir du 21 juillet de présenter un pass sanitaire à l’entrée des lieux de loisirs dès que la jauge dépasse 50 personnes, les visiteurs ont déserté le site, d’après Patrick Violas. Il a fait installer un centre de dépistage avec 1 100 tests antigéniques donnés par l’agence régionale de santé, pour ceux qui ne seraient pas vaccinés. Mais le nombre d’entrées n’est pas remonté. Sur quatre jours, la fréquentation a chuté de 70%, d’après lui. 

Il a alors décidé avec sa femme de faire une entorse à la loi et de ne plus soumettre l'accès du site à la présentation du pass à partir du 25 juillet, comme on l'entend dans une vidéo YouTube.On n’est plus qu’à - 40% de fréquentation environ parce qu’il n’y a pas le pass”, estime-t-il. 

Entrée du zoo-refuge La Tanière, le 3 août 2021.
Entrée du zoo-refuge La Tanière, le 3 août 2021. © Juliette Roché / France Télévisions

Il assure ne pas être le seul dans ce cas : “J’ai eu 20 ou 30 parcs, ils disent tous la même chose. Ils ont fermé les buvettes, ils ont renvoyé chez eux les saisonniers. Certains sont en train de dire qu'ils vont fermer parce que ce n’est pas rentable. Le ministre des Finances a donné rendez-vous au 31 août pour voir ce qu’il ferait !

Le fondateur a le sentiment d’être “pris en otage” et clame son sentiment d’injustice : pour lui son parc de 20 hectares est en “plein air” et ne présente donc pas de risque de contamination. Il souhaiterait ne pas être soumis au pass sanitaire et instaurer une jauge de 30 ou 40m² par personne à l’extérieur

Si on donne cette jauge, cela sauve des dizaines et des centaines de parcs, cela sauve la saison de plein de gens, cela sauve des millions d’euros que l’Etat n’aura pas à payer, cela sauve des emplois.

Patrick Violas, fondateur de La Tanière

La Haute-Touche : “On aurait pu s’attendre à pire”

Le discours est moins catastrophiste du côté de l’Indre. A la réserve zoologique de la Haute-Touche, un des sites touristiques majeurs du département, le nombre d’entrées a diminué de 20% par rapport à juillet 2020, d’après Roland Simon, son directeur. En regardant dans le détail, les types de visiteurs, il calcule que la fréquentation du public familial a baissé de 40%.

Il faut relativiser les choses, nuance le directeur. Nous avions démarré sous de bons auspices, nous étions à + 40% de fréquentation en tout début de saison par rapport à l’an dernier - sachant aussi qu’on a ouvert cette année trois semaines plus tôt, le 19 mai cette année contre le 8 juin en 2020.

Le mois de juillet avec ses weekends assez maussades a fait baisser la cadence", déplore-t-il. Une diminution “qui s’est renforcée après le 21 juillet”, avec le pass sanitaire. “La majorité des visiteurs sont parfaitement informés du cadre actuel. Tout le monde n’est pas encore dans les clous, estime-t-il. Tout cela va se réguler.

Visite privée à la Réserve Zoologique de la Haute Touche.
Visite privée à la Réserve Zoologique de la Haute Touche. © Réserve Zoologique de la Haute Touche

Cela n’empêche pas certains de téléphoner pour s’informer sachant que l’accès au site est particulier : on rentre en véhicule dans le parc. “On a beaucoup d’appels de personnes qui demandent comment cela se passe par rapport au pass sanitaire, donc on les rassure en fait sur le sujet et on leur dit que le pass est obligatoire, qu’on le contrôle à l’entrée, bien entendu. Et puis cela se passe dans de bonnes conditions”, assure Roland Simon.

On refoule relativement peu de véhicules, trois à quatre par jour, et c’est quand même en moyenne trois visiteurs par véhicule. Soit c’est une des personnes qui a oublié son pass, soit ce sont des automobilistes qui croient pouvoir entrer sans pass”, explique-t-il.

Vu cette situation, la réserve de la Haute-Touche ne propose donc pas de test antigénique, en tout cas pas pour l’instant. “On est une petite structure en termes de fréquentation [62.000 entrées en 2019 dont 50% en juillet et août, NDLR], même si nous appartenons au Muséum d’histoire naturelle, c’est un peu compliqué à mettre en place”, se défend-il.

Il est possible que nous puissions en proposer entre le 9 et le 16 août. On attend un peu que les choses se précisent avant de décider”, prévient-il. 

ZooParc de Beauval : le meilleur mois de juillet

Le centre de dépistage, c’est ce qui sauve la saison du ZooParc de Beauval d’après son directeur général, Rodolphe Delord : “On n’aurait pas eu le centre de dépistage, on accuserait une baisse de 30%.”

Entre 500 et 800 tests antigéniques y sont réalisés par jour. “Quand on fait 500 ou 600 ou 700 tests par jour, derrière c’est 500 ou 600 ou 700 familles pour qui ça sauve la visite, précise le directeur général. Souvent c’est une personne sur une famille qui n’a pas le pass. Et là en 10 minutes, ils ont le résultat.

Mais ces personnes sans certificat de vaccination ni test négatif ne représentent que 3 et 5% des visiteurs du parc.Beauval est une destination donc les gens ont prévu leur visite, ils anticipent et ils arrivent avec le pass sanitaire, beaucoup arrivent des tests faits ailleurs”, explique-t-il.

Entrée du ZooParc de Beauval à Saint-Aignan-sur-Cher (Loir-et-Cher)
Entrée du ZooParc de Beauval à Saint-Aignan-sur-Cher (Loir-et-Cher) © France 3 Centre-Val de Lorie

A l'origine, Rodolphe Delord s'inquiétait des effets du pass sanitaire. "Je ne me suis jamais opposé au pass, je pense que ce n’est pas une mauvaise chose que les gens se fassent vaccinés, mais j'avais déposé un recours pour demander le report de la mise en application du pass à début septembre", rappelle-t-il.

Un report qu'il n'a pas obtenu et qui l'a obligé à mettre en place, mais qui n'a eu aucun effet négatif, au contraire. Le zoo le plus visité de France avec 1,2 million d’entrées l’an dernier attire tellement que le nombre d’entrées en juillet est supérieure à 2020. “L’année dernière, on avait fait 296 000 visiteurs en juillet, on avait progressé par rapport à 2019. Mais le mois de juillet 2021 est encore meilleur avec 301 900 visiteurs”, détaille-t-il.

Malgré la météo difficile, malgré les vacances qui ont commencé plus tard, on a fait notre meilleur mois de juillet”, s’étonne Rodolphe Delord.

Au delà du centre de dépistage, il avance deux autres explications possibles à ce chiffre exceptionnel : “On a communication très forte, et on aussi une très grosse organisation d’accueil et de gestion du public, ce qui n’est pas le cas de tous nos collègues.”

De - 20% à - 60% selon les zoos

En tant que président de l’association des parcs zoologiques français, il échange et assure que “tous les sites qui se visitent en une heure, 2 heures ou une demi-journée accusent une baisse très importante”.

Cela va de -20 à -60%, cela dépend aussi de la météo, c’est très variable. Quelques sites ne baissent pas mais cela reste exceptionnel", résume-t-il. Lui sait d'ores et déjà qu'il a sauvé son mois de juillet et devrait vraisemblablement sauver celui d'août, surtout avec la naissance des deux pandas.

Huan Huan porte l'un de ses bébés dans sa gueule, peu de temps après sa naissance.
Huan Huan porte l'un de ses bébés dans sa gueule, peu de temps après sa naissance. © Eric Baccega / ZooParc de Beauval

 

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