Fin des chaudières au fioul en juillet 2022 : quelles sont les alternatives en zones rurales ?

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a confirmé ce 7 juin qu’il sera interdit d’installer des chaudières au fioul à partir de juillet 2022. Si le gouvernement veut une transition douce, certains réfléchissent déjà aux alternatives, notamment en zone rurale.

"Il y a une urgence écologique, a reconnu Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique sur le plateau des 4 vérités. Mais il y a une volonté, dans la période, d'y aller tranquillement", nuance-t-elle. 

En clair, à partir de juillet 2022, vous devrez changer votre chaudière au fioul uniquement si elle est cassée et irréparable. Mais si elle fonctionne encore, vous pourrez toujours la faire réparer, comme Barbara Pompili l’explique dans cette vidéo :

Un changement qui concernera les particuliers comme les collectivités. S’il est plus facile de changer d’énergie en se branchant par exemple au réseau de gaz ou d’électricité dans les villes, en campagne, la tâche peut sembler plus complexe. 

D’après l’Insee, c’est d’ailleurs les zones rurales qui peuvent davantage être touchées par la vulnérabilité énergétique, car c’est là que se trouvent des constructions anciennes, parfois mal isolées et chauffées au fioul. En Eure-et-Loir, la zone de Nogent-le-Rotrou affiche par exemple un taux particulièrement fort de précarité énergétique. 

Quelle est la part du fioul en zone rurale ?

Pour en savoir plus, nous avons contacté deux structures : l’espace conseil Faire d’Eure-et-Loir - service public gratuit qui conseille les particuliers sur la rénovation énergétique et ne tire aucun bénéfice financier - et Energie Eure-et-Loir - syndicat qui distribue l’électricité et le gaz dans les bâtiments publics et qui conseille les communes sur la transition énergétique.  

En zone rurale, le fioul est l’énergie la plus utilisée avec l’électricité, quand il n’y a pas de gaz. Sur les 275 communes où Energie Eure-et-Loir distribue de l’électricité, environ la moitié est connectée au gaz et l’autre moitié fonctionne au fioul et à l’électricité, en proportion équivalente.

Quant aux particuliers, 50 à 60 % de ceux qui contactent l'espace conseil Faire pour changer de chauffage ont une chaudière à fioul. Sur cette part de la population, ils seraient un sur cinq environ à rester au fioul, et ce malgré le prix du fioul élevé et la décision gouvernementale de supprimer progressivement les chaudières de ce type.

5.000 € pour une chaudière fioul

Un choix essentiellement financier d’après Chloé Gardais, coordinatrice de l’espace conseil Faire d’Eure-et-Loir : “Une chaudière au fioul coûte entre 4 et 5.000 €, fournie et posée. Pour des gens qui ont peu de budget, ils ne vont pas se poser la question, ils vont rester là-dessus.

Pour les collectivités, le constat est plus marqué : “C’est une des solutions les plus communes en zone rurale. Les chaudières au fioul sont pour l’instant remplacées par des chaudières... au fioul”, relève Maxime Rabaud, chargé de mission chez Energie Eure-et-Loir.

Les équipements de maintenance seront encore disponibles dans 20 ans, ce ne sera donc pas la disparition du fioul en 2022, on ne pourra juste plus en installer. Le changement de culture se fera petit à petit”, annonce-t-il.

Quant à ceux qui font le choix de changer de système de chauffage, l'espace conseil Faire et Energie Eure-et-Loir dégagent deux choix majeurs : la pompe à chaleur et la chaudière à granulés. 

La pompe à chaleur air/eau

C’est le choix en vogue aujourd’hui. Sur ceux qui changent leur chaudière au fioul, plus des trois quarts optent pour la pompe à chaleur, d’après Chloé Gardais. 

> Le principe : c’est comme le réfrigérateur mais dans le sens inverse. La pompe à chaleur récupère l’air extérieur et en extraie des calories pour réchauffer l’eau qui circule ensuite dans les radiateurs. Elle fonctionne avec l’électricité.

> Les avantages : Pas besoin de changer tout le système, on garde les radiateurs, et la chaudière est juste remplacée par la pompe à chaleur”, résume Chloé Gardais. Elle peut aussi être utilisée pour rafraîchir l’air. Son rendement est intéressant : pour 1 Kwh d’électricité utilisée, vous récupérez 3 Kwh de chaleur en moyenne.

> Les inconvénients :Elles sont très efficaces en inter-saison (automne, printemps). Par contre, quand il faut aller chercher de l’air à des températures négatives, la pompe perd en efficacité et tire davantage sur le réseau électrique”, souligne Maxime Rabaud. Chloé Gardais nuance : “En Eure-et-Loir, elles ne vont pas être performantes à partir de – 7 degrés dehors. Aujourd’hui on va être sur ces températures 5 à 10 jours par an.

> Le coût estimé d’achat et d’installation : entre 10 et 15.000 €.  

Arnaques à la rénovation 

Malgré le coût, 80% des particuliers qui veulent changer de mode de chauffage optent pour la pompe à chaleur. "Il y a beaucoup de démarchage", note Chloé Gardais. Elle craint par ailleurs les arnaques à la rénovation et invite les particuliers à bien se renseigner. 

Beaucoup de gens vont remplacer leur chaudière par une pompe à chaleur alors que le logement n’est pas correctement isolé, analyse-t-elle. Il aurait été plus intéressant de mettre l’argent dans l’isolation des combles, plus que dans une pompe à chaleur.

Maxime Rabaud abonde : “Elle n’est pas capable de chauffer votre circuit comme pourrait le faire du fioul, du gaz ou du bois, c’est une émission de chaleur plus douce”. Pour lui, il est prioritaire de bien isoler et ventiler avant de réfléchir au chauffage.

Côté collectivités, il constate le même phénomène : “On observe petit à petit que les communes qui avaient un système de chauffage au fioul ou tout électrique vieillissant ont fait des travaux pour mettre une pompe à chaleur. C’est une grosse tendance.

La chaudière à bois ou granulés

> Le principe : la combustion des granulés de bois ou des bûches crée de la chaleur. Celle-ci réchauffe l’eau qui alimente les radiateurs. 

> Les avantages : elle permet d’atteindre rapidement des températures élevées. A moyen ou long terme, c’est l’énergie la moins chère du marché.

> Les inconvénients : il faut avoir un espace à proximité de la chaudière où stocker le bois dans un silo. "Il faut que les granulés alimentent vite la chaudière, précise Chloé Gardais. L’idée, c’est de savoir si la cuve à fioul qui sera remplacée par le silo à granulés est enterrée. Si c’est le cas, c’est plus compliqué car il faudrait alors trouver un moyen de faire remonter les granulés vers la chaudière."

Le coût estimé : 6 à 20.000 € pour une chaudière à bois, 7 à 18.000 € pour une chaudière à granulés. 

Il faut donc avoir un certain budget pour installer ce type de chauffage. Sur les particuliers qui abandonnent le fioul, “5% vont partir sur des granulés et tous les autres vont partir sur des pompes à chaleur”, estime Chloé Gardais.

Côté collectivité, environ un projet sur dix bascule sur de l’énergie renouvelable thermique. “Sur les bâtiments publics, on a un peu de mal à convaincre nos élus. Cela reste frémissant”, souffle-t-il. Sur cette petite part qui passe en énergie renouvelable, la moitié des communes part sur le bois et granulés, et l’autre moitié sur la géothermie.

La pompe à chaleur géothermique 

> Le principe : Cela reprend le principe de la pompe à chaleur, explique Maxime Rabaud. Mais au lieu d’aller récupérer des calories à l’extérieur, la pompe va les récupérer sous terre”, via un forage qui peut aller de quelques dizaines de mètres à 200 mètres de profondeur. Là encore, la pompe fonctionne par l’électricité.

> Les avantages : la température dans le sol est quasi constante, entre 12 et 14 degrés. Contrairement à la pompe à chaleur classique, elle reste efficace en période de froid. 

> Les inconvénients possibles : comme pour la pompe à chaleur classique, elle n’est pas capable de chauffer votre circuit comme pourrait le faire du fioul, du gaz ou du bois, l’émission de chaleur reste plus douce.

Le coût estimé : de 13 à 20.000 €

Les aides et subventions

Le prix de ces alternatives peut sembler prohibitif. “Mais pour les pompes à chaleur et les chaudières à granulés, il y a un certain nombre d’aides financières qui sont mises à disposition”, précise Chloé Gardais. 

Parmi les aides nationales existent : 

Par ailleurs, la moitié du département est couvert par des opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH). Des subventions locales viennent ainsi compléter les aides nationales. C’est le cas dans les collectivités suivantes : 

Pour vous renseigner sur la rénovation énergétique de votre logement, n'hésitez pas à vous rapprocher de votre communauté de communes ou des espaces conseils Faire de votre département.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
énergies renouvelables énergie environnement transition énergétique