Ils voulaient concurrencer la SNCF, les lignes de train Railcoop ne verront pas le jour

Relancer des lignes Intercités qui ne passent pas par Paris, c'était l'ambition de la coopérative ferroviaire Railcoop, née en 2019. Elle voulait notamment relancer la ligne Bordeaux-Lyon, mais aussi plusieurs lignes qui passaient en Centre-Val de Loire. Faute de capitaux, le projet ne verra finalement pas le jour.

C'est la fin d'une aventure ferroviaire coopérative et citoyenne et la fin des espoirs de mobilités pour des milliers d'usagers qui voudraient prendre plus le train. Le 29 avril dernier, le tribunal de commerce de Cahors a placé Railcoop en liquidation judiciaire.

La coopérative qui s'est lancée suite à l'ouverture à la concurrence du ferroviaire en France, voulait relancer des lignes abandonnées par la SNCF. La première ligne que Railcoop pensait ouvrir dès l'été 2022 devait relier Bordeaux à Lyon sans passer par Paris et pour un prix très attractif pour les voyageurs. Railcoop promettait que le tarif serait celui d'un covoiturage.

Terminus pour l'entreprise ferroviaire : le 29 avril dernier, l'entreprise basée à Figeac dans le Lot s'est vu placer en liquidation judiciaire par le tribunal de Cahors. Elle devait notamment 800 000 euros à une autre société qui stockait ses rames et lui réclamait une importante facture de frais de garage. La somme de trop pour cette coopérative qui se finançait principalement grâce à des levées de fonds auprès des citoyens.

Un projet initialement sans subvention

Railcoop a levé plus de 8,5 millions d'euros auprès de 14 000 sociétaires et 36 collectivités. Mais selon les dirigeants de la société, il aurait fallu 50 millions d'euros pour pouvoir ouvrir la première ligne Bordeaux- Lyon. Avec des souscriptions citoyennes de l'ordre de 300 €, le compte n'y était pas.

Pour Patricia Perennes, économiste spécialisée dans le secteur du transport ferroviaire basée à Bourges, la somme de 50 millions est même sous-estimée. "Il y a des concurrents qui sont entrés sur le marché, comme Trenitalia, avec un demi-milliard."

Même si le projet de Railcoop était plus léger que du TGV, avec du train classique, cela paraissait assez peu crédible d'être en dessous de 200 ou 300 millions d'euros.

Patricia Pérennes, économiste spécialisée dans le ferroviaire

La coopérative voulait initialement lancer son projet sans subvention de l'État ou des collectivités, mais a rapidement dû revoir sa copie, tant le projet était coûteux. "Railcoop pensait pouvoir se lancer avec les recettes des billets. Cela paraissait très ambitieux comme modèle économique, de nombreux experts du secteur le leur disaient. Ils ont finalement demandé des subventions initiales des Régions et de l'État, mais comme cela ne faisait pas partie du modèle initial, c'était forcément plus compliqué. À cela s'ajoutent les banques qui ne leur ont pas fait confiance, car leur modèle n'était peut-être pas très solide".

Il y a besoin du train pour redynamiser les territoires du centre de la France.

Patricia Pérennes, économiste spécialisée dans le ferroviaire

Un projet pas très solide, à commencer par le choix de la ligne Bordeaux-Lyon qui avait été abandonnée par la SNCF, faute de rentabilité. "Sur la carte, c'est deux grandes villes sans train direct, donc dans le monde de la théorie, ça paraît super. Mais quand on commence à rentrer dans le dossier technique, c'est un choix contestable, car c'est une ligne compliquée et coûteuse à exploiter. Je pense que Railcoop l'avait sous-estimé".

Désenclaver le Centre de la France

Une désillusion pour les sociétaires qui avaient misé sur le projet et y ont perdu des plumes, mais aussi pour les usagers qui souhaitaient utiliser plus souvent le train. En Centre-Val de Loire, une ligne devait desservir Le Croisic à Basel en passant par Tours, Chenonceaux, Vierzon et Bourges.

Une autre reliait Caen à Toulouse en passant par Le Mans, Tours et Limoges. "Même la ligne Bordeaux-Lyon passait par le centre de France, par des villes comme Montluçon, l'Allier, Limoges… Ce sont des villes enclavées et où l'infrastructure est en mauvais état. Par conséquent, il n'y a pas de train. Il y a pourtant besoin du train pour redynamiser ces territoires", souligne Patricia Pérennes.

Malgré cet échec, Railcoop espère avoir ouvert la voie pour que le travail accompli soit repris par une autre société. Un espoir partagé par la spécialiste Patricia Pérennes : "il y a eu un engouement de la presse, les Mairies s'étaient engagées, les habitants des territoires aussi, tous pensaient vraiment que ces trains allaient arriver. Il y a un décalage entre cette dissolution d'entreprise et tout l'espoir que cela avait suscité pour faire revenir des trains sur des lignes locales, sur le centre de la France. Cela va créer une grosse frustration", indique Patricia Pérennes qui conclut : "ce que l'on peut porter au crédit de Railcoop c'est d'avoir montré qu'il y avait une attente des gens dans les territoires pour le retour du train. Évidemment, c'est une déception, mais on espère que d'autres acteurs vont arriver par la suite".

Railcoop qui avait l'acquisition de plusieurs rames de train a été contrainte à la vente de ses biens.

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