Coronavirus : à Amboise, les marchés du vendredi et du dimanche suspendus par le maire

Les marchés du vendredi et du dimanche à Amboise, dans l'Indre-et-Loire, sont suspendus pendant un mois à partir de ce dimanche 22 mars. Cette décision du maire Christian Guyon, prise par arrêté municipal, a fait réagir la préfecture et les commerçants.

A Amboise, pas de marché pendant un mois.
A Amboise, pas de marché pendant un mois. © Tim Somerset/Maxppp
Ce dimanche, pas de marché à Amboise. Ni les suivants d'ailleurs : le maire de la ville, Christian Guyon, a décidé de suspendre par arrêté municipal les marchés du vendredi et du dimanche pendant un mois, à compter de ce 22 mars. Cette mesure a été prise dans le cadre de la lutte contre le coronavirus et va à l'encontre des consignes gouvernementales. 

Ces dernières préconisent de maintenir l'ouverture des marchés alimentaires, tout en respectant des consignes sanitaires strictes comme l'espacement des stands, le lavage régulier des mains et la distanciation sociale d'un mètre entre les individus. 

Lors du marché du vendredi 20 mars, j'ai constaté que le comportement des gens en plein air est très difficile à gérer. Certains venaient de communes extérieures à Amboise et se baladaient en couple pour faire leurs courses, d'autres s'arrêtaient pour discuter... Ce n'est vraiment pas possible en cette période, d'où ma décision de fermer les marchés. Et l'avenir me donnera raison ! D'ailleurs je n'exclue pas de prolonger l'arrêté municipal au-delà d'un mois. 

Le maire souligne toutefois la bonne volonté des commerçants qui ont, selon lui, "vraiment joué le jeu" pour assurer leur protection et celle de la clientèle.
 

"C'est son pouvoir de maire"

Pour répondre à la mesure prise par Christian Guyon, la préfète d'Indre-et-Loire Corinne Orzechowski a adressé une lettre aux maires du département, où elle rappelle l'importance du maintien des marchés alimentaires.

Un courrier qui n'a pas fait changer d'avis le maire d'Amboise : "J'ai de très bonnes relations avec la préfète et je lui ai expliqué qu'il était de ma responsabilité de ne pas retirer cet arrêté : pour moi, les gens sont en danger de mort. Après, bien sûr, elle est libre de l'annuler si elle est en mesure de le faire."

"C'est son pouvoir de maire", souffle de son côté la préfecture. "Il a estimé que les consignes gouvernementales n'étaient pas respectées, il est dans son bon droit de suspendre les marchés même si ce n'était pas la consigne de départ."
 

Les commerçants du marché d'Amboise déçus par la méthode

"Initialement, seul le marché du dimanche devait fermer à Amboise : c'était ce que nous avait dit le service Commerces de la mairie en début de semaine. Il nous restait encore le marché du vendredi alors notre syndicat a accepté cette condition, même si ce n'était pas de gaiété de coeur."

Chantal Boulangé, ex-présidente et membre de la Fédération Nationale des Marchés en Indre-et-Loire, qui représente les commerçants, poursuit. 

Vendredi, tout s'est très bien passé du côté des commerçants sur le marché : ils avaient de quoi se laver les mains, il y avait des marquages au sol, les stands étaient espacés de 5 mètres... Mais certains clients n'étaient pas aussi disciplinés. 

Le lendemain, le syndicat a été très surpris d'apprendre la suspension de l'ensemble des marchés d'Amboise, celui de vendredi compris. "Nous avons lu ça dans la presse. Personne n'a prévenu notre organisation professionnelle, alors que nous nous sommes montrés très coopératifs depuis le début. Du coup, nous l'avons un peu mauvaise sur la méthode."

Des reproches, que le maire d'Amboise entend.

 Ces derniers jours, nous avons dû prendre des décisions très rapides. Ma volonté n'était pas de court-circuiter la Fédération, mais on doit comprendre que dans des situations d'urgence, on n'a pas toujours le temps de prévenir tout le monde. En tout cas, les commerçants du marché ont été informés dès le vendredi par les placiers.

Christian Guyon ajoute : "Nous voulions déjà cette semaine annuler le marché de vendredi, mais il était trop tard. Je me suis donc dit que ce marché allait faire office de test et j'ai demandé à la police municipale de me fournir un rapport d'observation. Inutile de vous dire que les tests n'ont pas du tout été concluants."

Même si les commerçants des marchés (environ 200 à Amboise, en comptant les stands non-alimentaires) comprennent cette décision, certains ne peuvent s'empêcher d'avoir des craintes, confie Chantal Boulange. 

Dès jeudi, ils ont fait des stocks de marchandise : ils vont devoir les jeter où les donner. Cette mesure va générer des pertes de revenus forcément.

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