PORTRAIT. Julie Ode-Verin : une porte ouverte sur le monde invisible du blob

Julie Ode-Verin est une artiste plasticienne qui nous offre une autre perception du monde dans lequel on évolue. Elle nous entraîne dans un voyage au pays des sens qui interroge et émerveille. Ses travaux mettent en lumière les trésors cachés de la nature et nous invitent à la contemplation.

Dans la collection Atelier 205, à voir en intégralité sur France.tv, consacrée aux artistes et à leur territoire, l'habillage graphique du film de Philippe Gasnier nous invite à retenir le numéro 37, département de l'Indre-et-Loire où réside Julie Ode-Verin.

Une addition de numéros de département sous forme de puzzle virtuel qui décode le nom de cette collection et esquisse au fil de ces portraits, la richesse artistique de notre région Centre-Val de Loire. Huit artistes, huit univers dont la renommée traverse les frontières de l'hexagone.

Rendez-vous à la Chapelle Sainte-Radegonde à Chinon

C'est ici, dans cette chapelle romane semi-troglodyte, aménagée autour de la tombe d'un ermite du Haut-Moyen-âge, que Julie-Ode-Verin travaille et nous guide vers les différentes étapes de sa vie d'artiste. Une chapelle qui était autrefois un lieu de culte païen appelé le puits. Un puits celte creusé dans la roche à 15 mètres de profondeur entre le II et IIIᵉ siècle, autour duquel il y avait des rituels.

Après des études aux Beaux-arts de Bordeaux et à l'ESAD d'Orléans suivies de nombreuses résidences : Bruxelles, Berlin, Tours... elle continue son chemin dans un ermitage. Habituée des lieux collectifs, elle sourit de ce contraste apparent. Les échanges sont essentiels pour Julie-Ode-Verin, qui sait tisser des liens et créer des moyens d'expression dans son environnement, à l'image de ses installations de tresses et de constellations.

Papiers dépliés et Papiers frappés

Entrer dans le monde créatif de Julie Ode-Verin est une expérience unique et poétique. Les mots inventés et les formes qui se déploient donnent des ailes à l'imagination : abriter l'inconnu, animer le futile, chaoconfestif, hard drive, gratter l'écorce d'une dent, ceux qui restent triples reflet entre trois vitres…

"À la fois, il y a ces petits mots qu'on met dans la poche et à fois, il y a cette histoire de carte. Il y a la carte que l'on déplie et qu'on va lire et celles-ci, c'est un peu comme des cartes où il y a tout à écrire dedans."

Julie Ode-Vérin

Un langage et des images singulières qui nous mènent sur la piste des cartes au trésor. Mais, comme dans la légende du coffre caché au pied de l'arc-en-ciel, celui de Julie Ode-Verin invite à l'exploration. Des indices à décoder, écrits dans une langue complètement autre, qu'elle travaille de plus en plus. Un cheminement qui ouvre sur des jardins secrets où chacun peut trouver sa clé.

Elle tape sur le papier pour créer des failles, des papiers creusés et déchirés dans la masse. Une forme va venir répondre à une autre. Son œuvre se construit en fonction des déchirures, des résistances. Une dentelle éclose, précieuse, née des entrailles du bloc de papier. Le geste est brutal et répétitif. Le rendu différent, plus ou moins en relief, selon l’épaisseur. Elle teste des choses, modifie le sens, utilise d'autres nuances de couleur. Elle fait corps avec la matière et s'abandonne dans le rythme du geste et le flow de la concentration.

Rencontre avec le phisarum polycephalum ou blob pour les intimes

Comme son nom ne l'indique pas, le blob n'a pas de tête. C'est un être unicellulaire, ni animal, ni plante, ni champignon. Bien qu'il soit dépourvu de cerveau, il est capable d'apprendre de ses expériences et de transmettre ses connaissances à ses congénères en fusionnant temporairement avec lui. Il vit dans les sous-bois en milieu naturel et dans les boîtes de Pétri en laboratoire. Il fait partie d'une catégorie du vivant nommée les myxomycètes et quand il est endormi, il se transforme en sclérote.

Le Blob intrigue les scientifiques et fascine Julie Ode Verin qui va sur le terrain, fouille longuement du regard les mousses et les troncs d'arbre à la recherche de myxomycètes qui colonisent le bois mort.

Fleurs séchées et cyanotypes

Julie Ode-Verin dispose ses fleurs séchées de nigelles en constellation. Une inspiration poétique pour faire le lien entre leur nom vernaculaire : cheveux-de-vénus, en référence à l'extrême finesse aérienne de leur feuillage.

Une composition céleste révélée par le cyanotype : un procédé photographique monochrome négatif ancien qui permet de révéler un tirage photographique sur fond bleu, utilisé par Anna Atkins, une botanique britannique du XIX ° siècle pour l'illustration de ces herbiers.

Les cyanotypes de Julie Ode-Verin sont empreints de légèreté. Les pétales traversés par la lumière offrent des nuances de bleu aux fleurs de nigelle. Une alchimie qui dépend du temps et de l'heure d'exposition au soleil.

Julie Ode-Verin et Quentin Aurat

Les deux artistes se sont rencontrés aux portes ouvertes des ateliers de la Morinerie à Saint-Pierre des Corps en Indre-et-Loire. Ils se sont lancés dans des improvisations, voix, texte et sons. Depuis cette première expérience enrichissante, ils multiplient leurs collaborations artistiques dans différents projets. Un duo pour la création d'une pièce intitulée "l'effet Albédo", présentée à Noirlac en 2018. Plus récemment, en résidence à l'Antre Peaux, à Bourges, ils ont franchi le pas de l'image en créant une fiction biologique. Des allers-retours entre le son et l'image, un dialogue, des échanges.et un voyage temporel qui nous transporte en 2214.

Un film de Philippe Gasnier et Olivier Daunizeau de la collection "Atelier 205", initiée et dirigée par Christophe Camoirano et Philippe Gasnier en collaboration avec Oliver Daunizeau. Produit par Girelle Production et Bip TV, avec la participation de CNC, DRAC Centre et la Région Centre Val de Loire.

► La collection Atelier 205 est à voir en intégralité sur France.tv