Le Congrès de Tours a 100 ans : l’inévitable scission de la gauche française (3/3)

Après une semaine de débats houleux du 25 au 30 décembre 1920 à Tours, les délégués socialistes votent finalement l’adhésion à la Troisième Internationale. Le Parti communiste français est né. Dans la région, les répercussions de ce Congrès historique seront alors très visibles. 

Les congressistes socialistes devant la salle du manège rue Nationale (Tours), lieu de débats pendant le Congrès de Tours.
Les congressistes socialistes devant la salle du manège rue Nationale (Tours), lieu de débats pendant le Congrès de Tours. © gallica.bnf.fr /BnF

Jeudi 30 décembre 1920, 3h du matin. Six jours que les débats font rage au Congrès de Tours. Dans la salle du manège, les congressistes de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) se déchirent une dernière fois pour savoir s’il faut ou non adhérer à la Troisième Internationale portée par Moscou (lire les épisodes 1 et 2).

C’est à l’issu de cet ultime débat que la motion Cachin-Frossard favorable à l’adhésion est largement adoptée par 3 208 voix contre 1 022. Les minoritaires rassemblés autour de Léon Blum quittent le Congrès, laissant la salle à la majorité communiste victorieuse.

Les socialistes minoritaires opposés à la Troisième Internationale quittent le Congrès après leur défaite.
Les socialistes minoritaires opposés à la Troisième Internationale quittent le Congrès après leur défaite. © gallica.bnf.fr /BnF

Garder la "vieille maison"

Tous francs-maçons, Léon Blum, Marcel Sembat et Ferdinand Morin décident de se réunir à 10h du matin au temple des Démophiles de la rue Georges Courteline, au cœur de la ville de Tours. Après de longs échanges destinés à préparer « l’après », le camp de Blum se rend à l’hôtel de ville avec le camp de Paul Faure et de Jean Longuet, lui aussi défait.

Le divorce est acté. Les vainqueurs du Congrès de Tours fondent la Section française de l’Internationale communiste (SFIC), qui deviendra rapidement Parti communiste français (PCF). Les perdants des deux groupes minoritaires opposés à la Troisième Internationale conservent l’appellation SFIO. "Nous garderons la vieille maison pendant que vous irez courir l’aventure", déclare alors Léon Blum, fidèle selon lui au "socialisme traditionnel".

De son côté, Jean Longuet est exclu de ce qui allait devenir la SFIC. Qualifié par les bolchéviques russes d’opportuniste pour sa position modérée, le petit-fils de Karl Marx rejoint la SFIO. Malgré son parcours, il ne se verra confier aucune responsabilité au sein de la "vieille maison".

Tours socialiste, Saint-Pierre-des-Corps communiste

Dans la région, le Congrès de 1920 laisse à la fois "un clivage politique et un clivage topographique" comme l’évoque Jean-Luc Porhel, directeur des archives municipales de Tours.

A Tours (Indre-et-Loire) la mairie reste aux mains du radical socialiste Camille Chautemps jusqu’en 1925. C’est son éternel rival et grande figure SFIO du Congrès, Ferdinand Morin, qui prendra sa succession jusqu’en 1942. Malgré les prises politiques de la droite en 1959 et en 2014, la ville est restée relativement fidèle à son héritage socialiste. Une touche de vert en plus, depuis l’élection de l’écologiste Emmanuel Denis en juin 2020.

Hôtel de ville de Tours (Indre-et-Loire).
Hôtel de ville de Tours (Indre-et-Loire). © Guillaume Souvant/ AFP

Avant même la tenue du Congrès de 1920, la mairie de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), ville voisine de Tours, est dirigée par un ouvrier dénommé Robespierre Hénault. L’édile, animé par le même feu révolutionnaire que les membres de la SFIC, reste au pouvoir jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

Mais lors des élections municipales du 28 juin 2020, Saint-Pierre-des-Corps est passée à une autre couleur que le rouge. Incapable de faire front commun avec les autres listes de gauche, le PCF de Marie-France Beaufils a dû laisser sa place à une liste de droite. Une première pour le parti, après un siècle de règne sur la ville ouvrière.

Hôtel de ville de Saint-Pierre-des-Corps
Hôtel de ville de Saint-Pierre-des-Corps © Google Maps

Le Congrès de Tours aura marqué à tout jamais la vie politique française de ces 100 dernières années. Raison pour laquelle nombre de commémorations sont organisées jusqu’en 2021 pour le célébrer.

"En 1920, à la suite du Congrès du Tours, c’est la rupture entre les communistes et les socialistes. Nous, 100 ans plus tard, nous nous retrouvons. […] Est-ce que 2022 fera l’objet d’un grand front populaire écologique et social ? Aujourd’hui, c’est la question que nous devons nous poser collectivement", souligne Bertrand Renaud, adjoint à la mairie de Tours en charge des archives municipales et du patrimoine. 

Associée à l’Université de Tours, la Ville de Tours a notamment mis sur pied une grande exposition, pour le moment accessible virtuellement en raison de la crise sanitaire. Se tiendront également des conférences, colloques et spectacles en tout genre.

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