Épuisés et débordés, les orthophonistes tirent la sonnette d’alarme

Rien ne va plus chez les orthophonistes, qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader au fil des ans. Réunis en intersyndicale, ils appellent étudiants et professionnels à se rassembler à travers la France ce jeudi 5 octobre 2023. Le centre-ville de Tours sera l’un des lieux choisis pour ce rassemblement national.

Ils rééduquent la voix, la parole et le langage écrit, évaluent et traitent certains troubles de la déglutition et de motricité bucco-faciale. Ils interviennent également sur les troubles de la mémoire et sur les fonctions cognitives liées à la mémoire, à la logique et au raisonnement. Ils prennent en charge les patients dont le cerveau est lésé, des nourrissons qui peinent à s’alimenter, des jeunes atteints d’autisme ou encore des personnes âgées souffrant de la maladie d’Alzeimer.

Leur champ d’intervention est très vaste, au carrefour de plusieurs professions de santé.

Certains interviennent en CHU, dans les services ORL ou de néonatalogie. On les retrouve aussi en centres de rééducation fonctionnels, dans des Instituts médicaux éducatifs ou même dans des services de soins à domicile. D’autres encore exercent en cabinets libéraux. Ce 5 octobre, les orthophonistes lancent un mouvement national de contestation avec plusieurs rassemblements.

"Parents pauvres" des professions de santé

Il y a exactement dix ans, en 2013, ils ont cru que le temps d’une meilleure reconnaissance de leur métier était enfin arrivé avec la mise en place d’un Master.  

Cinq années d’études après le baccalauréat sont donc devenues nécessaires pour devenir orthophoniste. Mais depuis, aucune revalorisation salariale n’est intervenue et les salaires proposés ne sont toujours pas à la hauteur : à peine le SMIC en début de carrière, avec un plafonnement au bout de 20 ans d’activité dans le secteur médico-social. En tout cas nettement en dessous des autres professions de santé, à durée d’études équivalente.

"Dix ans après la mise en place du Master, nous sommes toujours les parents pauvres des professions de santé, estime Elise Carmès, présidente du syndicat régional FNO. Pour elle, C’est cette injustice qui est pour une bonne part à l’origine de la désaffection des postes de salariés."

Des emplois du temps morcelés

Les conditions de travail de ces professionnels salariés ne sont pas non plus des plus enviables : "avec la multiplication des temps partiels, ils sont obligés de courir d’une intervention à l’autre, avec des emplois du temps morcelés."

Résultat, faute de  pouvoir combler ces postes, les organismes se tournent vers d’autres professionnels – notamment kinés, psychologues ou ergothérapeutes. "Evidemment, certaines affections entrent aussi dans leur champ de compétence. Mais nous, les orthophonistes, avons des compétences croisées qui rendent notre approche plus efficace" poursuit-elle.

Un à deux ans d’attente pour trouver un rendez-vous

Faute de solution, d’autres prescripteurs adressent les patients aux orthophonistes libéraux, qui du coup se trouvent totalement débordés. Conséquence : les délais s’allongent considérablement et il devient impossible pour eux de prendre de nouveaux patients en dehors de ceux envoyés par ces organismes. "Selon le département, il faut compter entre un à deux ans d’attente avant de trouver un rendez-vous. C’est intenable !" s’insurge la représentante syndicale.

 Autre conséquence indirecte, il devient particulièrement difficile pour les étudiants de trouver des terrains de stage pour les accueillir. Impossible dès lors pour eux de découvrir ce que serait l’exercice de leur futur métier sous forme salariale ou de se former au travail en équipes pluridisciplinaires.

Pour faire face à cette situation, qualifiée d’"urgente" les représentants des orthophonistes ont demandé à être reçus au ministère de la Santé : "il est temps, expliquent-ils, de nous rémunérer à la hauteur de notre diplôme, de permettre une réelle progression de carrière, de rouvrir des postes et d’assurer le maintien d’une formation initiale de qualité".

Actuellement, 29000 orthophonistes exercent en France, dont 5800 sur des postes salariés. Dans la région Centre-Val de Loire, on dénombre 600 orthophonistes libéraux pour 225 salariés.

A Tours, ce jeudi 5 octobre, le rassemblement se déroulera de 16h à 19h, place Jean-Jaurès.

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