Grève à l'hôpital pédiatrique Clocheville à Tours : "Les collègues sont épuisés et les patients sont en danger"

C'était une première à l'hôpital pédiatrique de Tours. Ce lundi 2 octobre, les agents de 18 des 20 services étaient appelés à se mettre en grève par l'intersyndicale CHT-FO-Sud Santé. La direction du CHRU de Tours s'engage à proposer des solutions concrètes à la fin de la semaine.

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"Hôpital en péril, bienvenue à Clocheville", "On se bat pour tes enfants", "Sans nous qui soignera ton doudou ? ". Les pancartes des soignants grévistes de l'hôpital pédiatrique traduisent bien leur état d'esprit.

Les soignants sont à bout, et lancent une grève illimitée ce 2 octobre pour obtenir un remplacement systématique des arrêts maladie et une meilleure organisation des services. Sans quoi, expliquent-ils, la santé de leur jeunes patients est à risque.

Françoise Sauvaitre, infirmière depuis 33 ans, dont huit en pédiatrie nous confie : "Je n'ai jamais connu cette situation. On en a ras le bol. La coupe est pleine. Les arrêts maladie ne sont pas remplacés alors on nous appelle pendant nos jours de repos. Un appel, deux appels, trois appels... c'est plus possible. On n'arrive pas à déconnecter. On nous appelle tout le temps. On est tout le temps la tête au boulot. C'est intenable."

À côté d'elle, Élodie Varanne, jeune infirmière, ajoute : "Quand vous refusez de revenir sur un après-midi de repos, on vous culpabilise. On vous dit " ben tant pis, votre collègue elle sera toute seule à cause de vous". C'est très difficile à vivre. Et la fois suivante vous acceptez." Après seulement quatre ans d'exercice, Elodie Varanne se sent épuisée et frustrée : "On n' n'a pas le temps de rassurer les parents de certains enfants qui ont des diagnostics de pathologie qui peut être très grave."

"On nous prend pour des pions interchangeables, c'est dangereux pour les patients" 

"Ce qui est dur, c'est d'être pris pour des pions", confie Françoise Sauvaitre. Quand il y a des absents, elle raconte qu'elle est obligée de quitter son service de neurologie-chirurgie tête et cou pour aller travailler dans d'autres services dont elle ne connaît pas la spécialité. "La direction ne connaît pas nos spécificités et notre travail. Ce manque de reconnaissance par l'administration hospitalière est insupportable", ajoute-t-elle."Pour eux, on est infirmière point barre. On peut aller travailler en orthopédie et le lendemain en médecine. Moi les compétences, je les ai dans mon service pas ailleurs." 

Si ces infirmières assurent qu'elles font tout pour que leurs jeunes patients ne soient pas en danger, elles sont très inquiètes : "À la longue, le fait d'être déplacé dans d'autres services fait qu'on a peur de l'erreur. Une infirmière comme moi en neurologie ne peut pas aller travailler en réa. On n'a pas les mêmes compétences. Moi si j'allais travailler en réanimation, j'aurais peur de tuer un enfant", appréhende Elodie Varanne.  

"La moitié des arrêts de travail, c'est pour épuisement professionnel"

Pour la première fois, les agents de 18 services étaient appelés à se mettre en grève illimitée à compter de ce lundi 2 octobre par l'intersyndicale CGT-FO-Sud Santé. Dans la cour de l'hôpital, environ 250 soignants, médecins et usagers se sont rassemblés pendant une heure de 14h30 à 15h30.

"Les agents veulent absolument être remplacés quand il y a des arrêts longs et avoir le maintien des postes pour garantir le soin et la sécurité des petits patients", martèle Christelle Doucin, permanencière CGT au CHRU de Tours. 

Les collègues sont épuisés et les patients sont en danger

Christelle Doucin, élue CGT CHRU de Tours

France 3 Centre-Val de Loire

"Ici c'est un peu la double peine. On a en charge les patients et leurs parents. Un enfant qui pleure, il faut du temps pour ça. Une maman qui demande des explications, il faut du temps. Pourquoi on a transféré son enfant plusieurs fois ? Il faut du temps pour lui expliquer. C'est frustrant pour les parents, les enfants, les soignants."

Anita Garnier, infirmière aux urgences, représentante Sud Santé poursuit : "On voit bien que ça chauffe à Clocheville. Les collègues n'en peuvent vraiment plus de ces conditions de travail où le sous-effectif est légion, où la direction n'a de cesse de rappeler les agents à domicile". 

Pour appuyer son propos, elle avance les chiffres du bilan social 2022. "La moitié des consultations à la médecine du travail, c'est pour épuisement professionnel. À ça, vous ajouter 17% de dépression. Forcément les arrêts maladie s'enchaînent, les remplacements sur les temps de repos aussi. On est dans un cercle vicieux qu'aujourd'hui on va avoir du mal à endiguer". 

La direction promet des solutions

Samuel Rouget, directeur des ressources humaines du CHRU de Tours, tient à rassurer les patients et leurs familles : "Quand il y a une grève à l'hôpital, il y a une continuité de service. La plupart des agents sont assignés. La grève n'impacte pas la qualité des soins".

Quant aux motifs de la grève, il a bien conscience des difficultés des soignants, estime légitime leur inquiétude et tient à expliquer les raisons de cette situation. "Il n'y a pas de postes vacants à Clocheville, en revanche le taux d'absentéisme se situe entre 11 et 13%. Ce qui est assez élevé", constate Samuel Rouget. Il explique qu'il existe une équipe de suppléants de 37 professionnels infirmiers et aides-soignants. Mais quand le taux d'absentéisme dépasse les 7-8 %, le nombre de suppléants n'est pas suffisant. Alors il annonce : "On est en train de travailler avec les équipes médicales et les cadres de l'hôpital pour augmenter le nombre de postes de l'équipe de suppléants. Ces postes seront financés sur les ressources du Ségur de la Santé. Nous espérons que cela permettra d'améliorer la situation".

Des chiffres devraient être annoncés en fin de semaine aux représentants syndicaux : "Un ou deux postes ne suffiront pas. On attend de voir combien ils en proposent. C'est un problème de budget et de politique financière d'austérité que nous subissons. Au gouvernement maintenant de mettre les moyens pour sauver l'hôpital. Ici les petits patients sont en danger", réagit Christelle Doucin. 

Après le rassemblement à l'hôpital, un cortège d'une vingtaine de soignants grévistes s'est rendu à l'hôtel de ville de Tours pour demander à s'entretenir avec Emmanuel Denis, maire EELV de Tours et président du conseil de surveillance du CHRU. Ils ont obtenu un rendez-vous le jeudi 5 octobre à 9h.

La direction du CHRU comptabilise 25 % de grévistes pour cette première journée de mobilisation, soit 78 agents sur 323.