Indre-et-Loire : découvrez ce projet pédagogique autour du Vendée Globe pour de jeunes handicapés tourangeaux

10 jeunes Tourangeaux souffrant de déficience intellectuelle participent, depuis plus de 3 mois, à l'aventure du Vendée-Globe, tout en restant dans leur classe spécialisée du collège Bergson, à Saint-Cyr-sur-Loire. Tout leur programme a été bâti sur la grande course en solitaire autour du monde.

Mélanie Reboussin au tableau de la salle de classe de l'Unité d'Enseignement Externalisé
Mélanie Reboussin au tableau de la salle de classe de l'Unité d'Enseignement Externalisé © Fabien Pernelle

Ces 10 élèves sont en fait accueillis à l'Institut Médico-Educatif (IME Robert Debré) de Luynes. Mais une Unité d'Enseignement Externalisé a été créée au collège Bergson de Saint-Cyr-sur-Loire, ce qui leur permet d'être en inclusion avec les autres élèves tout en bénéficiant de temps de classe avec une enseignante spécialisée, Mélanie Reboussin et un éducateur spécialisé.

"Notre projet, au départ, devait s'appeler Les tours du monde, raconte Fabien Pernelle, éducateur spécialisé. On a pensé qu'on pouvait s'aider du vendée Globe pour imaginer différents tracés. Et comme nous sommes dans une classe très interactive, bien équipée, nous avons continué à suivre cette course qui permet d'aborder toutes sortes de thématiques. Qu'est-ce qu'un bateau, qu'est-ce que le monde, de quoi a-t-on besoin pour partir ainsi, etc."

Chacun des 10 adolescents (ils sont âgés de 13 à 16 ans) pouvait suivre en direct le skipper qu'il s'était choisi. Avec plus ou moins de bonheur...Aboubaker, 15 ans, par exemple, avait décidé d'encourager Kevin Escoffier :

"Il a eu de l'eau qui inondait son bateau, elle rentrait partout et il ne pouvait rien faire. Jean Le Cam est venu le secourir. Après, j'ai décidé de suivre Benjamin Dutreux. Ça m'a plu de faire bouger les skippers sur la carte avec les numéros correspondants, de changer leurs positions, et aussi de participer à une course virtuelle."

Stecy, 15 ans, quant à elle, s'était bien sûr choisie une skippeuse :

"Pour ma skippeuse, Isabelle Joschke, ça s'est bien passé au départ. Mais après, elle a abandonné, elle avait cassé sa quille. J'étais très très déçue, je n'ai pas voulu en choisir une autre après."

"Ça me fait réver, déclare Paquito, 14 ans. J'aimerais bien être à la place de mon skipper. C'est joli la mer, mais il y a aussi tous les risques, les tempêtes, les avaries. On mettait les bateaux sur la carte, où se situaient les skippers. C'est intéressant, ça nous apprend beaucoup de choses, surtout sur les pays.. Mon skipper vient juste d'arriver, c'était Didac Costa."

 

 

À chacun son skipper!
À chacun son skipper! © F. Pernelle

Mais la partie sans doute la plus forte de ce projet, est peut-être le lien qui s'est tissé avec une famille de La Rochelle qui s'apprête à partir faire le grand tour de l'Atlantique à la voile. L'idée a germé en visionnant un reportage de France3 Poitou-Charentes!

 "On a pris contact avec eux, on a commencé à entretenir une correspondance et puis on s'est donné rendez-vous en visio chaque jeudi, explique Fabien Pernelle. Les deux filles de la famille sont scolarisées sur leur bateau, elles ont noué des liens forts avec nos jeunes. A travers cette correspondance, on voulait aussi apporter du contenu pégagogique, poursuivre notre projet. On s'est lancé de nombreux défis, tout en parlant voile, Vendée-Globe et tour du monde. Une vraie relation s'est installée au fil du temps avec le désir de se rencontrer et vivre autre chose qu'une relation à distance."

La famille en question, c'est Marie-Julie Foucret (Tourangelle d'origine, de Chambray-lès-Tours), son mari Kevin et leurs deux filles Zélie et Calypso. Marie-Julie confirme qu'une relation très forte s'est établie :

"Tout le monde a accroché, eux comme nous. Au début je l'ai fait pour apporter ma petite pierre à leur édifice. Mais on était en manque de liens, confinés à bord du bateau, sans contacts scolaire ni extra-scolaires pour nos filles. En fait le plaisir a été très vite partagé, on avait tous hâte de se retrouver le jeudi et de se donner de nouveaux défis. Au final, on était déçus que le Vendée-Globe se termine et on a eu envie de poursuivre la correspondance tellement c'était sympa! Ils nous ont beaucoup apporté."

Kevin, Marie-Julie, Calypso et Zélie, dans l'attente du "grand départ"
Kevin, Marie-Julie, Calypso et Zélie, dans l'attente du "grand départ" © Famille Foucret

L'aboutissement de cette belle relation devait être une "sortie scolaire" organisée à La Rochelle ce 11 février, afin que les jeunes handicapés rencontre enfin leurs nouveaux amis. Mais, moins de deux jours avant le départ, l'Agence Régionale de Santé a dû annuler le voyage, afin que soit respecté le couvre-feu. Grosse déception, évidemment, et des deux côtés :

"On se faisait une joie de les rencontrer, poursuit marie-Julie, on était extrêmement déçus. Tous les enfants du groupe avaient obtenu l'autorisation de leurs parents, ils étaient très motivés, c'était un gros coup dur. Nous, on avait vraiment envie de partager notre aventure avec eux."

C'est Jean Le Cam, sur le Vendée Globe, qui disait qu'une aventure n'est belle que si elle est partagée...Ces enfants nous ont fait beaucoup de bien, ils sont notre petite dose de bonheur, ils ont des étoiles dans les yeux...

Marie-Julie Foucret, Maman Navigatrice

 

Tous espèrent aujourd'hui que cette visite n'est que partie remise, simplement reportée et non annulée. Car la famille Foucret ne doit pas prendre le large avant fin juin pour son grand tour (cap vers...le Cap-Vert, traversée vers le Brésil, retour par les Antilles). Alors d'ici là...

Quoi qu'il en soit, le pari semble bel et bien gagné pour les instigateurs de ce projet autour du vendée-Globe. 

"Nos jeunes se sont investis plus qu'on ne l'espérait, déclare Fabien, leur éducateur. On partait sur un projet pédagogique, ils en ont fait une aventure humaine."

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