Tours : épuisées, les soignantes des équipes de nuit des services orthopédiques du CHRU sont toujours en grève

Dans les trois services orthopédiques du CHRU de Tours, à l'hôpital Trousseau, les soignantes sont à bout et ont entamé un mouvement de grève le 17 mai dernier. Elles estiment ne plus pouvoir assurer correctement leur travail vis-à-vis des patients. 

© SUD-Santé-Sociaux

"Ce qui nous perturbe le plus, en tant que soignants, c'est que l'on ne puisse plus s'occuper de nos patients comme on le devrait. 23 patients pour 2 soignants, on est dans une usine ! En ortho-traumatologie, quel que soit l'âge du patient, il est dépendant. S'il a 20 ans et a eu un AVP, qu'il a le bassin ou un bras fracturé, il est aussi dépendant qu'une personne de 80 ans qui vient pour un col du fémur. Cela, la direction ne veut pas l'entendre."

Géraldine* est infirmière au CHRU de Tours depuis de longues années. Gréviste, elle se dit écoeurée par cette situation :

"Je n'arrive plus à comprendre la prise en charge des patients, j'ai l'impression que ce sont des tiroirs-caisses. Moins longtemps ils restent dans le service et plus ils rapportent d'argent. Le reste, on s'en fout ! "

"L'hôpital est malade"

Christine*, elle, est aide-soignante, également en service d'orthopédie, Mais plus spécialisée dans la cancérologie :

"Quand j'ai débuté dans ce service, il y avait 3 agents, 2 infirmières et une aide-soignante, pour 26 patients. Il y a eu une restructuration et, pour une ou deux fermetures de lits, on nous a enlevé un poste d'infirmier. Les conditions de travail ont commencé à sérieusement se dégrader."

Un binôme infirmière-aide-soignante, pour gérer de nuit 23 patients, mission impossible ?

"Il nous faut au minimum 10 à 15 minutes pour essayer de calmer l'angoisse et pour manipuler le patient sans le faire trop souffrir, reprend Géraldine*. Un jeune de 20 ans à qui on annonce qu'il va être immobilisé pendant 45 jours parce qu'il a le dos fracturé et qu'il devra faire ses selles sous lui... Il faut un peu de temps pour que nos soins soient humains, bienveillants et le moins douloureux possible."

Bien souvent, l'infirmière se retrouve seule, car l'aide-soignante est appelée sur d'autres tâches :

"En cancérologie, poursuit Christine*, on a des patients qui se sont font enlever un membre, on appelle ça une désarticulation. Cela nécessite une présence physique et psychologique, mais on n'a plus le temps. Il faut gérer les blocs opératoires, qui tournent 24h/24, il faut brancarder, descendre les patients au bloc puis les remonter, gérer ceux qui arrivent des urgences..."

"On reste seule pour gérer 23 patients, parfois une heure, et on prie pour qu'il n'arrive rien de grave", confirme Géraldine*, l'infirmière.

Les patients eux-même, apparemment, réalisent à quel point la situation est tendue :

Ils nous voient courir dans tous les sens et certains nous disent qu'ils n'ont pas osé appeler... Ce n'est pas humain, c'est inadmissible quand une personne qui a 80 ans et qui a la couche remplie vous dit ça ! C'est délirant, on est au XXIème siècle et l'on n'est pas capable de prendre en charge correctement nos patients.

Géraldine*, infirmière CHRU de Tours

Epuisées, les soignantes de nuit des services d'orthopédie ont décidé, après une rencontre avec la direction du CHRU, de se lancer dans un mouvement de grève. Sans se faire trop d'illusions, mais au moins pour être entendues :

"On continue à travailler, on n'a pas le choix, explique Christine*. On pourrait s'arrêter, pour épuisement physique ou moral, mais on ne le fait pas. On a une conscience professionnelle, et on pense à nos collègues. Aujourd'hui je ne n'ai plus l'impression de travailler correctement et si je peux partir, je partirai. L'hôpital est malade..."

Principale revendication de ce mouvement, la création d'un poste d'IDE (infirmier diplomé d'Etat) dans chaque service d'orthopédie, sur les deux roulements de nuit (6 postes supplémentaires). Mais la direction n'entend pas céder sur ce point :

"La question des effectifs ne fait pas partie des points de négociation, déclare Samuel Rouget, directeur des ressources humaines. On l'a dit très clairement en rencontrant les équipes. Les effectifs d'orthopédie sont conformes à ce qui se fait ailleurs, dans la plupart des services hospitalo-universitaires. Les difficultés rencontrées, ce sont des dysfonctionnements, on a défini un certain nombre d'actions. Il faut maintenant les mettre en oeuvre."

Depuis le début du mouvement, le 17 mai dernier, les soignantes sont assignées et il n'y a pas eu de réunion de négociation avec la direction du CHRU.

(*prénoms modifiés)

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