Bonus réparation électroménager : comment ça marche ?

Depuis le 1er janvier, le bonus réparation est devenu plus attractif et de nouveaux équipements sont éligibles. Pourtant, le dispositif reste encore trop méconnu et accessible.

Un bonus doublé pour cinq appareils du quotidien et une liste de produits éligibles qui s’allonge. Depuis le 1er janvier 2024, le bonus réparation devient plus attractif. Lancé le 15 décembre 2022, le dispositif d’aide à la réparation n’a toujours pas trouvé son public. « Malheureusement, le dispositif a du mal à décoller : sur ses quatre premiers mois d’existence, uniquement 20 000 personnes en ont bénéficié, pour un montant de 500 000 €, alors qu’en 2023, l’enveloppe dédiée à cette opération est de 43 millions d’euros », indique l’association de consommateurs UFC-Que Choisir.

Pour les consommateurs, le premier frein à la réparation est son coût. Le prix moyen d’une réparation doit rester inférieur au tiers de celui du neuf : c’est le seuil psychologique des 33 % identifié par l’Ademe. Le gouvernement a donc décidé de rendre le bonus plus attractif afin d'augmenter le réemploi. En effet, « en 2019, seuls 10 % des équipements électriques et électroménagers tombés en panne hors garanties ont été remis en état. Ce bonus est une bonne idée plutôt que de jeter », explique Joëlle Constanza responsable communication à l'UFC-Que Choisir 37.

Ce qui change en 2024

Le bonus réparation est revu à la hausse pour cinq appareils du quotidien. Il est doublé pour les lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge et les téléviseurs. Il passe même de 15 à 40 euros pour les aspirateurs. Le bonus est augmenté de 5 euros pour une vingtaine de produits et la liste est élargie avec 24 nouveaux équipements pour une fourchette d’aide allant de 15 à 60 euros.

Pour les téléphones, la casse accidentelle devient même éligible. 25 € seront déduits de la facture pour une réparation après la casse d’un écran par exemple. Une bonne nouvelle pour les réparateurs agréés. « Il y a encore une méconnaissance des consommateurs. Ce bonus de 25 euros est valable pour toutes les réparations. Pour les smartphones, c’est beaucoup de changement de batteries pour un coût moyen de 50 euros. Une fois le bonus appliqué, l’appareil gagne encore 2 ans de vie pour une facture finale de 25 euros », explique Tristan Guyot, gérant de deux boutiques "reparezvotremobile.fr" à Tours.

Comment bénéficier du dispositif ?

Pour profiter du bonus réparation, vous devez vous rendre chez un réparateur labellisé QualiRépar.

Le site ecosystem.eco référence les réparateurs agréés autour de chez vous en fonction de l'équipement en panne. Et pour bénéficier du dispositif, vous n’aurez rien à faire, c’est le réparateur qui déduit l’aide de la facture finale.

Encore trop peu de réparateurs labellisés 

Pour voir sa facture baisser, encore faut-il trouver un réparateur agréé. Pour l'informatique et la téléphonie, le site ecosystem recense 22 réparateurs à moins de 40 kilomètres de Tours. Parmi eux, près de la moitié sont des grandes enseignes (8 enseignes Leclerc, 2 magasins Boulanger) qui ont leur service après-vente et qui ne réparent pas des articles achetés chez un concurrent. « Je récupère leurs clients », explique Vincent Coulon, informaticien chez Ecologeek 37. L’auto entrepreneur n’est pourtant pas labellisé QualiRépar. « Je n’ai pas un volume d’opérations suffisant. La rentabilité est discutable. Lorsque je me suis renseigné, le label coûtait de mémoire 1600 euros dont 600 à ma charge et à renouveler tous les 3 ans ».

Pour ne pas favoriser uniquement les grandes enseignes, les éco-organismes Ecosystem et Ecologic, qui gèrent la fin de vie des appareils électriques, ont prévu de diminuer le coût de labellisation de 447 à 200 euros pour trois ans. Les tarifs actuels et les démarches administratives ne convainquent pas les entreprises indépendantes. « C’est trop de contraintes, c’est de la paperasse en plus et une surcharge de travail », explique Iouri Clou, gérant de Sos dep@nn pc 37. « J’y passe entre 30 minutes et 1 heure par jour », concède Tristan Guyot dont l'entreprise répare entre 30 et 40 smartphones par jour. Ce gérant ne regrette pourtant pas la labellisation : "On arrive plus facilement à convaincre de réparer plutôt que de changer de téléphone".

Un manque de réparateurs de pc

À Tours, si quelques réparateurs de smartphones sont référencés, difficile de trouver dans la métropole des professionnels agréés pour l'informatique alors que les réparateurs croulent sous les demandes. Depuis le 1er janvier 2024, le seuil de déclenchement du bonus pour les ordinateurs portables passe même à 150 euros contre 180 € auparavant. Soit une aide de 50 € à déduire de la facture. « Pour 80 % des clients, un PC reconditionné même s’il a 10 ans est encore opérationnel pour de la bureautique et de la navigation internet. D’autant que les ordinateurs portables actuels sont de plus en plus fins et donc plus difficiles à démonter. Et certaines marques collent même les écrans », déplore Vincent Coulon, informaticien, adepte du zéro déchet.

Le prix des réparations en hausse de 10 à 15%

Malgré le manque de réparateurs agréés, le dispositif est "une bonne initiative" pour l'UFC-Que Choisir 37."Le dispositif est certes à améliorer, notamment en amont avec un travail avec les industriels pour en finir avec l'obsolescence programmée et pourquoi pas allonger la durée légale de conformité", espère Joëlle Constanza responsable communication de l'association. "Et gare aux dérives comme cette tendance à augmenter les tarifs".

En effet, le prix des réparations des appareils électriques et électroniques a augmenté en moyenne de 10 à 15% depuis un an, selon l'association de défense des consommateurs CLCV. L'organisme a analysé environ 160.000 réparations réalisées en 2023 avec le soutien du bonus réparation. Dans le détail, l'addition moyenne pour faire réparer les lave-linge, fours encastrables ou cuisinières a augmenté de 12%. La hausse a été de 14% pour les téléviseurs. Pour les téléphones portables, c'est +18%. La facture moyenne a en revanche reculé de 4% pour les ordinateurs potables.

Plusieurs facteurs se conjuguent : l'effet d'aubaine, mais aussi l'augmentation des coûts due à l'inflation, la complexité de certaines réparations, souligne le rapport de la CLCV, qui recommande aux clients de toujours faire jouer la concurrence.