Brexit : la vie d’après pour les 3000 anglais installés en Indre-et-Loire

Depuis le 1er janvier 2021 et le retrait officiel du Royaume Uni de l’Union européenne, qu’en pensent les citoyens britanniques qui résident en Touraine ? Entre colère et tristesse, ils se préparent  à cette nouvelle vie post Brexit.

Tommy Barnes, brasseur de bières à Braslou en Indre-et-Loire devant son camion de livraison.
Tommy Barnes, brasseur de bières à Braslou en Indre-et-Loire devant son camion de livraison. © Tommy Barnes

On se sent trahi

"C’est une catastrophe, pour moi le Brexit c’est fou ! On se sent trahi par notre gouvernement, Boris Johnson était très content de quitter l’Europe pour trouver un accord avec Donald Trump, et maintenant les anglais sont tous seuls et en position de faiblesse."

Tommy Barnes est londonien, mais depuis 2015 il s’est installé avec sa femme à Braslou dans un petit village près de Richelieu pour y implanter une brasserie artisanale. Comme ils résident depuis plus de 5 ans en France, ils pourront obtenir une carte de séjour de résident permanent valable 10 ans.

Des démarches administratives en vue, comme changer son permis de conduire, peut-être son assurance. Des incertitudes et des formalités que Tommy va découvrir au fur et à mesure sans oublier l’attente et les contrôles à la frontière plus longs avec un passeport britannique quand ils reviendront de séjours en Angleterre vers la France.

Mais ce ressortissant britannique a des grands-parents irlandais et comme de nombreux anglais, pour rester un citoyen de l’Union européenne, il a fait une demande de passeport irlandais.

J’ai envoyé ma demande de passeport en octobre, depuis je n’ai pas de nouvelles, j’ai juste reçu un avis de réception de mon dossier.

Entre tristesse et colère 

Jacqueline est franco-britannique. Membre de l’association France-Grande Bretagne en Touraine qui existe depuis une quarantaine d’années, elle s’est mariée à un militaire écossais en 1963.

Après avoir accompli leurs carrières respectives en Angleterre, Jacqueline et Campbell ont décidé de passer leur retraite à Tours. La plupart de leurs amis, installés comme eux depuis des dizaines d’années en Indre-et-Loire, ont choisi de prendre la nationalité française, mais son mari n’en ressentait pas le besoin puisqu’il pouvait circuler librement en Europe.

Pendant la période de transition, Campbell a tout de suite demandé une carte de résident permanent, et leurs filles qui vivent à Londres ont la double nationalité.

Portraits de Jacqueline MacNiven et Campbell MacNiven.
Portraits de Jacqueline MacNiven et Campbell MacNiven. © MacNiven

Jacqueline est à la fois triste et en colère.

"C’est très triste, c’est inutile. Ce sont surtout les personnes âgées qui vivent depuis très longtemps en France qui vont en souffrir, elles devront prendre rendez-vous sur internet avec la préfecture, des démarches administratives compliquées, les jeunes aussi vont faire les frais de la disparition d’Erasmus. Les étudiants français pouvaient facilement trouver un petit boulot pour 6 mois en Angleterre, c’est fini. Les échanges culturels vont forcément diminuer aussi. Ce n’est pas bien que l’Angleterre se referme  sur elle-même."

Jacqueline est aussi inquiète pour l’avenir, si par malheur son mari venait à disparaitre et qu’elle se retrouve seule, elle ne pourrait pas aller vivre près de ses filles à Londres, pour l’instant elle aurait juste un visa de 3 mois. Malgré tout, elle reste optimiste et nous assure que l’Entente Cordiale tient bon !

Je me sens européenne et britannique

Freya Colin est aussi franco-britannique. D’origine anglaise, elle a suivi son mari en France où elle demeure depuis plus de 30 ans. Présidente d’honneur de France Grande-Bretagne en Touraine, comme la plupart de ses amis installés en France, elle était contre le Brexit.

Ce Brexit me fâche énormément, la Grande Bretagne n’a rien de grand si elle est seule en dehors de l’union européenne. Je me sens européenne, je ne me sens plus britannique. Je ne me suis pas installée en France pour tourner le dos à l’Europe !

"Je pense surtout aux jeunes, l’abandon du programme d’échanges universitaires Erasmus, est incompréhensible, c’était un socle culturel européen commun, il n’y avait pas de meilleure manière de construire l’Europe. Et maintenant ? Ce sont les jeunes qui vont avoir le plus de tracas, nous allons découvrir au fur et mesure les changements."

Un avenir incertain

Face à cet avenir incertain et aux changements post Brexit, auxquels vont devoir faire face les ressortissants britanniques d’Indre-et-Loire : titres de séjour, permis de travail, assurance santé, retraites, transports d’animaux, l’association France Grande Bretagne en Touraine qui compte aujourd’hui 140 membres propose une aide et un accompagnement pour les personnes en difficulté, souvent les plus âgées.

Démarches à suivre et conseils pour remplir les formulaires administratifs, l’association qui, d’habitude, propose de nombreuses activités suspendues avec la pandémie, est toujours bien présente pour accompagner les anglais de Touraine dans ces moments compliqués.

 

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