COVID-19 : vaccins au compte-goutte en Indre-et-Loire, médecins et pharmaciens attendent encore leurs précieuses doses

Faut-il parler de pénurie ? Même pour une personne vulnérable, en tout cas en-dessous d'un certain âge, se faire vacciner ces temps-ci en Indre-et-Loire relève du parcours du combattant. Les centres de vaccination affichent complet, médecins et pharmaciens guettent les flacons d'AstraZeneca.

© BRUNO FAHI/MAXPPP

Inutile de chercher du côté des centres de vaccination, la réponse est invariablement la même : "aucun créneau de vaccination n'est disponible dans ce centre". La mise en ligne "régulière" de nouveaux créneaux est annoncée, mais on ne les voit pas venir...

© Capture d'écran Doctolib

D'abord réservées aux seuls personnels et patients du CHRU, les vaccinations à l'hôpital Bretonneau s'ouvrent au public "extérieur" depuis ce lundi 29 mars. (numéro d'appel 02.47.47.81.81) :

"On vient d'ouvrir Cap santé, avec une prise de rendez-vous par téléphone ou par Doctolib, pour vacciner les plus de 70 ans, explique l'infectiologue Zoha Maakaroun, responsable du centre de vaccination du CHRU. On a ouvert des créneaux en fonction des doses dont nous disposions, 750 pour cette semaine, mais très vite, tous les rendez-vous ont été pris, ainsi que ceux de la semaine prochaine. La demande est très forte et le nombre de doses reste limité. Ce qui est difficile pour la population, c'est d'entendre qu'il y a des doses et de ne pas arriver à prendre rendez-vous. Mais c'est parce qu'on est nombreux à vouloir être vaccinés, il va falloir que les choses se lissent sur plusieurs semaines."

Reste donc, éventuellement, la possibilité d'une vaccination par le médecin personnel ou le pharmacien, cette fois avec le fameux AstraZeneca (désormais interdit aux moins de 55 ans, après avoir été interdit aux plus de 65, il faut suivre...). Et là encore, on peut s'attendre à une déconvenue : au mieux pourra-t-on vous proposer de figurer sur une liste d'attente, sans pouvoir préciser de délai.

"C'est en effet compliqué, confirme Julien Chauvin, co-président du Syndicat des Pharmaciens d'officines d'Indre-et-Loire. La principale difficulté, c'est tout simplement les approvisionnements de vaccins. On n'a aucune visibilité. Pour la première fois depuis fin février, la Direction générale de la santé (DGS), vient de nous faire parvenir une sorte de prévisionnel sur ce qu'on serait susceptible de commander dans les trois prochaines semaines."

Gestion de la pénurie ou vaccination de masse ?

Les pharmacies se chargent de toutes les commandes de vaccins, pour elles-même, mais aussi pour les médecins de ville ou maintenant pour les infirmières et infirmiers. Les commandes sont prise du lundi au mercredi, pour une livraison huit jours après (jeudi 8 ou vendredi 9 avril pour la prochaine). Encore faut-il bénéficier de suffisamment de flacons (10 doses) d'AstraZeneca pour fournir tous les professionnels susceptibles de vacciner.

"Il y avait cette semaine un million de doses pour toute la France, explique le Dr Philippe Paganelli, président du Conseil de l'Ordre des médecins d'Indre-et-Loire. Mais on passera à 300 000 doses la semaine du 5 avril et 300 000 encore pour celle du 12 avril. La DGS souhaite les répartir ainsi : un flacon par médecin, deux flacons par pharmacien, un flacon par infirmier. A l'évidence, il n'y en aura pas pour tous !"

"300 000 doses, c'est 30 000 flacons, enchaine Julien Chauvin. Or il y a en France 30 000 médecins qui en demandent et 18500 pharmaciens. Impossible de commander pour tous les professionnels de santé, il faudra à nouveau faire des choix, un arbitrage qui sera sans doute décidé par l'ARS ou la DGS."

Le co-président du syndicat des pharmaciens précise, par ailleurs, que, pour son officine, il n'a reçu jusqu'à présent que deux flacons, soit 20 personnes ayant reçu une première injection.

"On ouvre la vaccination à d'autres professionnels, les pharmaciens, d'abord, les infirmiers aujourd'hui, mais les doses ne suivent pas, reprend le Dr Paganelli. Et, contrairement à ce que l'on redoutait au début de la campagne, il y a beaucoup de gens qui souhaitent se faire vacciner. J'ai vu des habitants de Tours aller se faire vacciner à Blois..."

Les vaccinodromes en note d'espoir ?

Du côté des officines et des cabinets, on est bien aujourd'hui dans une gestion de la pénurie qui ne devrait guère s'améliorer avant le mois de mai. 

"Pour l'instant, nous nous en tenons à la vaccination des 55-69 ans avec commorbidité, ou aux plus de 70 ans sans pathologie particulière, explique le pharmacien. Mais nous espérons par la suite l'arrivée du quatrième vaccin, le Janssen. Et peut-être aussi le Pfizer-BioNTech dans les officines, avec les nouvelles modalités de conservation, -20° dans un congélateur classique."

Mais dans un premier temps, M. Chauvin compte surtout sur l'ouverture, le 6 avril prochain, des deux "super-centres de vaccination" ou "vaccinodromes" d'Indre-et-Loire, à l'Escale (Saint-Cyr-sur-Loire) et au gymnase des Onze Arpents (Saint-Avertin) :

"A l'échelle du département, ce devrait être une véritable bouffée d'oxygène. Les deux centres seront pourvus en vaccins à ARN messager, et notamment en Pfizer-BioNTech, qui présentent beaucoup moins de problèmes d'approvisionnement que l'AstraZeneca. Et qui permettent aussi la vaccination des personnes de moins de 55 ans. Il reste donc un mois encore un peu compliqué à passer, mais je suis optimiste sur l'horizon fin avril début mai. On devrait alors disposer de suffisamment de doses."

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
santé société covid-19 vaccins - covid-19