Indre-et-Loire : la forteresse de Montbazon en péril ?

La forteresse de Montbazon, en péril à cause des éboulements répétés depuis 2001. / © Cyril Deville / France Télévisions
La forteresse de Montbazon, en péril à cause des éboulements répétés depuis 2001. / © Cyril Deville / France Télévisions

Le 14 décembre dernier, une partie du coteau de la forteresse de Montbazon s’est écroulée, mettant en péril son activité. Six maisons ont été touchées et leurs occupants ont dû être relogés. Ils restent aujourd'hui dans l'incertitude en attendant la reconnaissance en catastrophe naturelle.
 

Par Cyril Dudon

Pour Sylvain et sa famille, une grande étape vient d’être franchie : "Je viens d’avoir un petit logement sur Montbazon, ce qui était indispensable, car ma fille est scolarisée dans la commune." Pour obtenir ce logement social, il a fallu l’intervention de la Préfecture. Sylvain espère pourtant que cette solution reste provisoire : "Cet appartement est petit, avec deux chambres seulement. J’ai deux enfants, il y en un qui dormira donc sur le canapé." Cette nuit du 14 décembre, tout a basculé pour ces familles. Quatre foyers ont dû quitter précipitamment leurs maisons. Ils y reviennent seulement par nécessité : "Je vide petit à petit ma maison pour meubler mon nouvel appartement. J’ai déjà récupéré les lits et quelques meubles."

C'est après que sera décidé la réhabilitation de nos maisons, ou leur destruction", explique Charlotte, habitante à Montbazon

Un autre couple, Charlotte et Maxime, avait dans un premier lieu trouvé refuge chez leurs parents. Aujourd’hui, un logement leur a été attribué sur Tours et ils préparent leur déménagement. "On sait qu’un expert sera mandaté pour évaluer le coût de la confortation du coteau. C'est après seulement que sera décidé la réhabilitation de nos maisons, ou leur destruction ; sachant que c’est la nôtre qui a été la plus impactée par les éboulements." Pour ce couple aussi, l’équation financière est compliquée. Même si l’éboulement est reconnu catastrophe naturelle, le plafond de remboursement étant à 250 000 euros, ils savent déjà qu’entre le prix d’achat de leur maison et les travaux qu’ils ont fait réaliser, ils récupéreront difficilement la totalité de la somme qu’ils y ont investie. "Le problème c’est que, lorsqu'on a acheté il y a deux ans cette maison, ni le notaire, ni les anciens propriétaires ne nous ont informés des éboulements précédents."


Un dossier compliqué et délicat qui risque de durer


Frédéric Chazot, Directeur de cabinet à la Préfecture, le concède, c’est un dossier compliqué : "Dès la première réunion avec le maire de Montbazon, on a eu un discours de vérité avec les sinistrés. On leur a dit que ce dossier va durer." Devant l’urgence, les services de la Préfecture ont tout de suite commandité une expertise au BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), basé à Orléans. Ce sont les résultats de cette expertise qui ont été présentés aux sinistrés, lors d’une réunion le mercredi 15 janvier à la mairie de Montbazon. Elle spécifie que, durant les 3 mois précédant le jour de l’éboulement, "les cumuls de précipitations sur la commune de Montbazon […] constituent des valeurs anormales" et que "les causes de l’éboulement sont naturelles." Pour autant, cette expertise note aussi des manquements du gestionnaire de la forteresse de Montbazon : "Les eaux de ruissellement, venant de la plateforme de la forteresse et allant vers le coteau, ne semblent pas faire l’objet d’un quelconque drainage. Le mur de la forteresse côté Est […] est en mauvais état : le mortier s’effrite, les pierres se détachent à plusieurs endroits." Ces défauts d’entretien ont aussi été constatés par des propriétaires des maisons situées au pied du coteau. Plusieurs s’étaient même plaints au responsable de la forteresse : "On apprend aujourd’hui qu’il y a des problèmes de drainage qui s'ajoutent, mais l’entretien de la végétation sur le coteau n’était pas fait correctement depuis des années, des pierres tombaient régulièrement dans nos jardins. On ne va pas nous faire croire que ce coteau est devenu menaçant en l'espace d’un an, juste avec des pluies." 

L'enjeu est de classer l'éboulement en catastrophe naturelle

L'urgence était de trouver des solutions. Par la suite, il sera temps de déterminer les responsabilités, explique Frédéric Chazot, Directeur de cabinet à la Préfecture

Pour les autorités, l’urgence était de monter un dossier afin d’obtenir la reconnaissance de catastrophe naturelle : "On a fait les choses le plus rapidement possible. Un mois après l’éboulement, le dossier a été déposé. Cela permettra aux assurances des sinistrés de prendre en charge une partie de leur relogement, mais surtout de suspendre les remboursements pour leurs maisons." En parallèle, la Préfecture va lancer une étude sur l’ensemble du coteau, pour connaître ses éventuelles faiblesses : "C'est sans doute une intervention qui va durer plusieurs années et qui va demander des financements de l’Etat, mais aussi peut-être des propriétaires concernés." On comprend que beaucoup des propriétaires des autres maisons, situées elles aussi au pied de la forteresse, soient inquiets. Sur les 6 maisons touchées par l’éboulement de décembre dernier, la Préfecture précise que certaines pourraient être rachetées par les Domaines : "On va faire d’autres études, d’autres réunions avec les sinistrés, mais rien ne sera décidé avant le printemps prochain. C’est un dossier compliqué, il faut étudier les coûts financiers, voir les contraintes techniques tout en prenant en compte que la forteresse est un site classé", précise Frédéric Chazot, Directeur de cabinet à la Préfecture. Le maire de Montbazon, Bernard Revêche est moins prolixe : "Un périmètre de sécurité a été mis en place, les maisons évacuées, il n’y a donc pas de souci. Je ne ferai pas d’autres commentaires. J’attends les résultats de la commission interministérielle et le classement en catastrophe naturelle pour m’exprimer plus amplement."

 

La Halle, qui accueille des scolaires et du public, trop proche de l'éboulement, devrait être déplacée prochainement / © Forteresse de Montbazon
La Halle, qui accueille des scolaires et du public, trop proche de l'éboulement, devrait être déplacée prochainement / © Forteresse de Montbazon

La forteresse, une réouverture compromise ?

Reste à déterminer s’il y aura des conséquences sur l’exploitation touristiques de la forteresse de Montbazon. C’est un site privé, géré par l’association des Faucons noirs, qui attire aujourd’hui 70 000 visiteurs par an. L’éboulement s'est produit au moment du marché de Noël. Un temps fort organisé chaque année dans une halle bâchée, qui a été installée sur le parvis de la forteresse en 2017. Cette Halle devait également servir pour l'accueil des scolaires et leur permettre de manger à l'abri. L'éboulement ayant eu lieu à proximité immédiate de cette halle, elle se trouve maintenant dans le périmètre de sécurité et elle doit être déplacée. Problème, il ne reste que trois mois avant l’ouverture au public en avril. Les gestionnaires ont donc décidé de faire un appel aux dons sur un site de crowdfunding. Ils espèrent ainsi récolter entre 40 et 60 000 euros.


La forteresse, un pilier touristique pour Montbazon

Pour la commune, cette forteresse bâtie par Foulque Nera il y a plus de 1000 ans est un pilier majeur du tourisme. Elle dynamise les retombées économiques sur la ville. C’est dans cette même logique de développement, que la communauté de communes Touraine vallée de l’Indre a décidé la construction d’un parking à proximité de la forteresse. L'objectif était de permettre un meilleur accès aux visiteurs : "Les travaux sont bien entamés et le parking va ouvrir au printemps. Avant, les bus se garaient sur la nationale et s’était dangereux", nous précise Alain Esnault, président de la communauté de communes. "Le coût total de ce parking est de 350 000 euros, mais l’exploitant de la forteresse devra nous reverser 25 centimes d’euros par visiteur. Si on table sur 60 000 visiteurs par an, cela nous suffira pour rembourser les annuités d’emprunts". À Montbazon, chacun espère que ce pari sur l'avenir soit le bon car aujourd'hui, l'incertitude demeure sur la réouverture au public de ce site millénaire.

Normalement, les sinistrés devraient être fixés avant la fin du mois de février sur le classement de cet éboulement. Un classement en catastrophe naturelle, leurs permettrait d’ouvrir des droits aux indemnisations et de faire avancer leurs dossiers plus vite. Dans le cas contraire, il faudra déterminer les responsabilités de chacun. Une longue et éprouvante bataille juridique risque alors de s’engager.

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