Harcèlement, menaces de mort : le youtubeur Nota Bene alerte sur la bataille menée par l'extrême droite contre l'Histoire

Dans une vidéo publiée avant les législatives 2024, le youtubeur aux 2,46 millions d'abonnés, tire la sonnette d'alarme sur l'instrumentalisation de l'histoire par l'extrême droite. Et explique comment tenter de défendre une histoire scientifique et plurielle revient à se dessiner une cible dans le dos.

C'est dans une atmosphère lourde qu'est sortie la dernière vidéo de Benjamin Brillaud, youtubeur historique et créateur de la chaîne Youtube "Nota Bene". Depuis 2014, le Tourangeau barbu divertit et instruit avec des thèmes aussi variés que "les métiers les plus pourris de l'histoire", "Condate, la ville romaine cachée sous Rennes" ou encore "L'Indochine, de la conquête à la colonisation française".

"Mon regard sur l'histoire a profondément changé"

Comme il l'explique lui-même, au fil des ans, ses petites pastilles réalisées de façon artisanales sont devenues de véritables épisodes, dont le cœur est écrit en étroite collaboration avec les historiens en pointe d'un sujet donné. 

"Mon regard sur l’histoire a profondément changé depuis 10 ans", indique le vidéaste en préambule à sa dernière publication, titrée "Il y a un problème avec l'Histoire et on va faire le point". "Je n'avais pas conscience en 2014 de ce qu'était vraiment l'histoire. L’idée c’était de faire rire, de divertir avec l’histoire, parce que l’histoire c’est intéressant."

Et c'est là que le bât blesse. L'histoire qu'on apprend à l'école, dans des films hollywoodiens, ou dans les émissions de Stéphane Bern et les livres de Lorànt Deutsch, n'a pas grand-chose à voir avec la discipline scientifique qui tente, tant bien que mal, d'écarter le voile du passé.

Cela fait par exemple des décennies que les historiens ne parlent plus "d'invasions barbares" pour parler de la fin de l'empire romain, préférant le plus neutre et plus exact "période des grandes migrations".

L'histoire, c'est politique ?

De quoi décevoir ceux qui préfèrent les histoires qu'on se raconte et l'histoire qu'on étudie. Défendre une histoire scientifique et plurielle, c'est "un acte politique". "C'est une histoire qui vient fondamentalement se confronter à d’autres formes d’Histoire", poursuit Benjamin Brillaud. "Une histoire romancée, notamment, celle de la France du 19e siècle, qui est encore en vogue dans des milieux extrémistes."

Le simple fait d’avoir une ligne éditoriale qui montre une histoire plurielle, une histoire sur toutes les périodes, de tous les continents, de toutes les thématiques, une histoire scientifique, eh bah c’est un acte politique. Et ça, j’en avais pas vraiment conscience en 2014.

Benjamin Brillaud, vidéaste

C'est d'ailleurs pour résister à cette vision simpliste de l'histoire que le vidéaste a choisi, comme plusieurs historiens, de claquer la porte du magazine Historia, racheté par le milliardaire Bernard Arnault.

"En retraçant l’Histoire des vikings ou des samouraïs, des figures qui sont guerrières et viriles, [...] on vient en opposition frontale à un discours qui les a forgé, ces gens-là", cite notamment Benjamin Brillaud. Remettre en cause l'histoire romancée reviendrait selon ces critiques à l'idéologiser, à faire, comme s'agacent certaines figures d'extrême droite, du "wokisme".

Harcèlement et menaces

La liberté d'expression étant une garantie dans toute démocratie, cela aurait pu s'arrêter là. Mais ce serait trop simple. "De plus en plus", regrette le vidéaste, "je vois des gens qui remettent en question mon travail, voire qui deviennent carrément hostiles en commençant à m’envoyer des messages de menaces, allant jusqu’à insinuer qu’il pourrait m’arriver des bricoles si je continue".

C'est des dizaines de vidéos depuis des années pour tenter de dénigrer le travail de mes équipes par d'autres créateurs très orientés. Des insultes très régulières sur tous les réseaux sociaux, des campagnes de harcèlement organisées, des menaces de mort aussi.

Benjamin Brillaud, vidéaste

Assumant une "éducation de gauche, et ce n'est pas un gros mot" ainsi qu'une exigence à avoir "un discours rigoureux à travers Nota Bene, qui est un travail collectif et scientifique", Benjamin Brillaud dénonce ces pressions. 

"Aucun mouvement politique n’a été plus virulent que l’extrême droite dans le fait de vouloir défendre sa vision romancée de l’histoire, et ça par la terreur", insiste le Tourangeau. "C’est une réalité, c’est un système qui est bien huilé, des communautés qui sont fortes, soudées, et j’ai pas été le seul à en faire les frais. Ce sont leurs méthodes pour imposer leur programme, partout, et pas qu’en Histoire."

De fait, d'autres vulgarisateurs de l'histoire, comme Quentin Censier, créateur de la (passionnante) chaîne d'histoire militaire "Sur le Champ" ont salué ce "très bel effort de transparence et d'explicitation".

À rebours de ces intimidations, la chaîne Nota Bene restera portée par "une vision du partage, de la discussion" et un désir "d'assumer un passé qu’il soit glorieux ou honteux".

"Parce que c’est ça aussi aimer la France, ce n’est pas exalter un passé fantasmé et positif", conclut Benjamin Brillaud. "C’est embrasser son histoire dans sa globalité. C’est se remettre en question. C’est savoir faire preuve de responsabilité, de force, de courage quand on regarde cette histoire en face. Il y a pas besoin de parler de masochisme ou d’autoflagellation, juste de courage."  

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