Hébergés à l'école Michelet, Narek et sa famille passeront Noël dans un hébergement d'urgence

Ils ont quitté la Russie pour fuir la guerre et risquaient de se retrouver à nouveau sans toit pour les fêtes de fin d'année. Narek, 9 ans, et sa famille, hébergés dans l'école Michelet à Tours, vont devoir la quitter pendant la fermeture de l'établissement. Un collectif appelle le département à libérer un logement de fonction vacant.

Narek, 9 ans, sa sœur de 20 ans et ses parents ont commencé à se construire des habitudes, dans la salle polyvalente de l'école Michelet, située dans le quartier du Sanitas, à Tours. 

Tous les soirs, ils y installent leurs matelas, jouent à des jeux de société, avant de s'endormir. Après avoir quitté la Russie à l'été 2023 pour fuir la guerre, la famille Arménienne s'est retrouvée dans la cage d'escalier d'un immeuble avant de trouver refuge dans l'école de Narek. 

Mais voilà, les vacances de Noël sont imminentes, et les portes de l'établissement doivent fermer. Sans alternative, cette famille risquait de se retrouver de nouveau à la rue. Dans l'urgence, un coup de fil du 115 apporte une bonne nouvelle, mais temporaire. Du répit jusqu'au 2 janvier, puisqu'une place en hébergement d'urgence a été débloquée, quelques heures avant le début des vacances. 

"C'est étrange, cela suit juste le message posté à la mairie disant que l'on s'apprête à accueillir France 3", note Aurélie Ardouin, enseignante en classe de CM1 à l'école Michelet et membre du collectif "Pas d'enfant à la rue". Une équipe de télévision s'est en effet rendue sur place, plus tôt dans la journée. 

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Selon l'Unicef, 2822 enfants dorment à la rue en France. 700 ont moins de 3 ans. La semaine dernière, élus et personnalités ont publié une tribune dans le quotidien "Le monde" pour demander 10 000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires. A Tours, une quarantaine de familles se retrouvent sans solution d'hébergement. C'est le cas de Narek, 9 ans ,sa soeur et ses parents. Ils dorment dans son école depuis dix jours. Seule solution pour échapper à la rue. Marine Rondonnier Samuel Collin. ©Marine Rondonnier, Samuel Colin et Marianne Leroux
Le logement de fonction de la direction de l'école vacant depuis un an et demi 

Il existe pourtant un logement vacant tout près de l'école. La maison de fonction de l'ancienne principale du collège, qui n'est plus occupée depuis un an et demi.

Dans un courrier suivi d'une pétition, le collectif "Pas d'enfant à la rue" appelle le département d'Indre-et-Loire à l'action. Celle d'ouvrir "une maison vide et non entretenue", pour que le petit garçon et sa famille puissent s'y installer. Une centaine de signatures accompagnent les quelques paragraphes. 

"Vous n'êtes pas sans savoir que nombre de nos élèves (de l'école et du collège Michelet), se retrouvent à la rue, faute de place au 115, au CADA, ou en logement social", souligne la lettre envoyée jeudi 21 décembre. Tous les jours, ils passent ainsi "devant un logement vacant" pour se rendre à l'école.

Il existe en réalité trois options pour que ce logement puisse être utilisé. Le département (qui gère les collèges et donc la maison) peut décider de l'ouvrir pour accueillir des familles. Ce qui flirte en réalité avec les limites des prérogatives de cette administration.

Il peut également être déclassé. Il n'est donc plus dédié à un fonctionnaire, et redevient la propriété de la mairie, qui en a libre recours et peut le transformer en hébergement d'urgence. Dernière option, qui semble la plus directe : le prefet réquisitionne le bâtiment.

Une ou deux familles pourraient y être logées temporairement 

L'appel va au-delà de l'histoire de la famille de Narek, puisque "Pas d'enfant à la rue" estime qu'une ou deux familles "dont les enfants sont scolarisés dans nos établissements" pourraient être hébergées temporairement dans ce logement. 

En novembre 2023, le député EELV Charles Fournier avait ouvert sa permanence pour la transformer en centre d'hébergement d'urgence, pour alerter sur les conditions de vie de ces familles à la rue. Il avait dans le même temps impulsé la publication d'une tribune dans le journal Le Monde. 

Début décembre, plusieurs associations avaient déjà demandé aux préfets la réquisition des logements vacants dans des villes comme Tours ou Blois, face à la pénurie de logements d'urgence.