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Mise au défi par ses petites-filles, Marie-Anne s'apprête à passer le bac à 71 ans

753.148 candidats sont inscrits au bac en France en 2018 / © FREDERICK FLORIN / AFP
753.148 candidats sont inscrits au bac en France en 2018 / © FREDERICK FLORIN / AFP

Résidant en Indre-et-Loire, la septuagénaire est la doyenne des candidats inscrits au baccalauréat de la région Centre-Val de Loire.

Par AJ

"T'as qu'à y aller, toi, si c'est si simple !" Tout part de cette provocation lancée au milieu d'une conversation au début de l'été 2017. Quelques jours après avoir obtenu de justesse son baccalauréat littéraire, Giselle, 18 ans, discute avec sa soeur Laurine (20 ans) et sa grand-mère du 8/20 qu'elle a eu en philosophie. Cette dernière, agacée par ce résultat médiocre, tente d'expliquer à sa petite-fille "pourquoi elle s'est plantée". Mais Giselle, fraîchement diplômée, la tête en vacances, et Laurine apprécient peu ces réflexions. C'est alors à ce moment là qu'elles laisseront échapper la fameuse phrase, sans se douter qu'elle deviendra la raison de la présence de leur grand-mère parmi les 753 148 candidats au baccalauréat 2018.

Cette grand-mère, c'est Marie-Anne Péric, la doyenne des candidtats inscrits au bac dans la région Centre-Val de Loire. A 71 ans, cette résidente de Civray-de-Touraine, dans l'Indre-et-Loire, n'a pas hésité une seconde. "Quand elle m'ont mise au défi, j'ai dit chiche !", explique Marie-Anne Péric.


"L'objectif, c'est la mention assez bien"

Disserter pendant quatre heures sur un texte de Platon ou Aristote, résoudre des problèmes de mathématiques ou plancher sur un sujet d'histoire n'a cependant rien de nouveau pour la Tourangelle. "A mon époque, le niveau était bien plus relevé et il y avait deux bacs. Je les ai passés dans le lycée de jeunes filles où j'étais scolarisée. Le premier en 1963, celui qu'on appelait A', qui comportait les spécialités latin, grec et mathématiques. Et le second, en 1964, le bac de philosophie".

Si Marie-Anne a accepté ce challenge, c'est uniquement pour prouver à ses deux petites-filles qu'elle pouvait "décrocher le bac littéraire de leur époque avec mention les doigts dans le nez. Et sans réviser !", se targue la septuagénaire. "Pour leur bac, mes deux petites-filles étaient bien fainéantes et n'avaient rien foutu. Les études n'étaient pas leur priorité", reproche aujourd'hui sans méchanceté la sexagénaire.

"Mais je ne leur en veux pas du tout... Pour être honnête, à mon époque, j'ai eu tout juste la moyenne, comme les gamines", confie-t-elle. "Il fallait avoir 200/400, j'ai eu 201..." "Je crois que c'est révélateur de quelque chose qui doit être de famille... On mûrit tardivement...", philospohe la matriarche.

Avant de revenir au sujet et d'expliquer "Je veux juste leur montrer que même leur grand-mère peut l'avoir avec plus de 12". Et d'avouer que ce pari "l'amuse aussi beaucoup".


Chef d'établissement en Seine-Saint-Denis, à Rome et à Casablanca

Née le 24 mai 1947 à Nevers, dans la Nièvre, Marie-Anne Péric connaît le monde de l'enseignement sur le bout des doigts. Quand elle décroche ses deux bacs, elle quitte les bancs d'école Professeur en classe préparatoire en 1969 à Paris. Elle y exercera pendant deux ans.

Après dix ans d'enseignement, des milliers de bâtons de craies effritées et des litres d'encre rouge écoulées à corriger des copies, Marie-Anne Péric connaît un tournant dans sa carrière professionnelle : elle devient chef d'établissement. Elle occupera cette fonction à Colombes, dans les Hauts-de-Seine (1978-1981), puis à l'étranger, au lycée Châteaubriand (1981-1987) de Rome, en Italie.

C'est d'ailleurs durant ses années italiennes, en 1987, qu'avec son mari, "victime du cancer des fumeurs en 2009", elle décide de construire une maison à Civray-de-Touraine. "J'avais besoin d'être rattachée à mes parents, qui étaient fixés en Touraine". 

Après sept ans passés de l'autre côté des Alpes, elle revient en France et poursuit sa carrière en tant que proviseur au lycée Olympes de Gouges de Noisy-le-Sec de 1987 à 1989. Elle découvre ensuite une autre partie de l'Île-de-France en prenant les rennes d'un lycée à Carrières-sur-Seines dans Les Yvelines. C'est ici qu'elle restera le plus longtemps en poste, de 1989 à 2004. 

"J'ai finalement terminé ma carrière au Maroc en prenant la direction du lycée Louis Massignon de la mission laïque à Casablanca de 2004 à 2008", conclut celle qui aura au total passé quarante ans dans l'enseignement.



Zéro stress et comptes d'apothicaire

A quelques jours de la première épreuve du bac, la fameuse philosophie, Marie-Anne n'est "absolument pas stressée", assure-t-elle. Une sérénité qui s'explique, entre autres, par la confiance engrangée lors des oraux de latin, d'histoire des arts et d'anglais passés il y a quelques jours."Si j'essaye de m'évaluer, en latin et en histoire des arts, j'aurai une bonne note. Et je me suis débrouillée en anglais".

Mais animée par la volonté de remporter son pari et à défaut d'avoir révisé, la doyenne des candidates avoue avoir fait ses "petits comptes d'apothicaire". "Il faut absolument que je cartonne dans les matières à gros coefficients, c'est-à-dire en philosophie, français et italien. Car c'est sûr que j'aurai 0 dans les matières scientifiques."

Un demi-siècle après avoir décrocher le bachot, Marie-Anne est bien déterminer rééditer la performance. "Mes petites-filles ne pensaient pas que j'étais sérieuse et bien je vais le faire !"



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