• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • DÉCOUVERTE
  • ECONOMIE
  • CULTURE
  • POLITIQUE

Pour la semaine de l'apprentissage, France 3 met en valeur une filière plus marginale mais qui existe bel et bien dans notre région : celle de palefrenier-soigneur. Nous sommes allées à la rencontre de ces élèves qui se plient au quotidien aux exigences physiques, mentales et affectives d'un métier qui pourtant les fait toujours rêver. 

Quand elles descendent du minibus qui les a conduites jusqu'au centre équestre de Mettray, c'est une cascade de cheveux et de pantalons de couleurs. Elles, ce sont les apprenties palefrenier-soigneur, du Centre de Formation des Apprentis Tours-Fondettes.

Elles sont en cours cet après-midi, avec leur formateur Eric Villeret. Quetal, Star ou Silver Bay : dix minutes après leur arrivée, chacune a déjà son poney à préparer et se rend dans le box avec le calme des habitudes.

Arrivée aux boxes. Le sérieux prend le dessus.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Arrivée aux boxes. Le sérieux prend le dessus. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

 

Patience, passion

Le calme, elles ne l'ont pas toujours eu ou connu. La passion en revanche, vient de loin. 13ème année d'équitation pour Emeline, qui vient d'avoir 18 ans. Elle est arrivée après une tentative de bac ES en 1ère générale.

"C'était très compliqué, c'était vraiment... pas ça. Moi, je me faisais limite harceler. Pas cool. J'ai mal vécu mes trois années de lycée."

Alors dès que la famille entend parler du CFA des Fondettes, elle saute sur l'occasion. Difficile d'entrer dans cette voie. Dans la région, c'est le seul établissement public qui propose cette formation.

Il faut d'ailleurs trouver d'abord un employeur : c'est lui qui inscrit ensuite son apprenti au CFA des Fondettes. Difficile, donc. Mais pas impossible. Pour Emeline, une fois la porte passée, c'est une révélation.

Emeline sort d'un bac ES qui a mal tourné. Ici, elle peut s'épanouir.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Emeline sort d'un bac ES qui a mal tourné. Ici, elle peut s'épanouir. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

 

"Ça m'a vraiment fait du bien d'arriver ici, c'était pas la même mentalité. C'est plus familial, et plus mature aussi. Là, derrière, on a le boulot, ça fait grandir."

Et du boulot, il y en a ! En bac professionnel, ces apprenties alternent deux ou trois semaines très physiques en entreprise et une ou deux semaines d'école. Certaines travaillent en centre équestre, d'autres dans des domaines encore plus ciblés.

Comme Johannie, 18 ans. Elle aussi arrive d'une scolarité dans les filières générales, où elle avait "toujours de bonnes notes". Elle ne trouve pas d'orientation, mais adore les chevaux. Elle décide de voir ce que ça donne.

Pour Johannie, l'apprentissage n'avait rien d'un second choix.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Pour Johannie, l'apprentissage n'avait rien d'un second choix. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

"Je bosse dans une écurie de galopeurs (dans le domaine des chevaux de courses ndlr), mais en pré-entraînement. On débourre les chevaux, on leur apprend toutes les bases, on les dresse. On fait aussi de l'élevage. Ce que je préfère c'est m'occuper des poulains, les voir naître..." Un dernier sourire avant de monter à cheval.

Un tour de manège qui n'a rien de gratuit

Cet après-midi, elles travaillent en manège : position des mains, du dos, stabilité sur le cheval, arrivée au centre de l'obstacle... On ne leur passe rien. Au milieu du manège, Eric Villeret les observe, ses élèves.

"L'équitation n'est pas essentielle puisqu'il va être à pied, mais il est important de connaître le fonctionnement du cheval. Lorsqu'on est soigneur, dans les écuries de concours par exemple, il faut être capable de comprendre ce qu'il se passe sur le terrain pendant une compétition, et ensuite faire les soins en conséquence, mettre le cheval dans un environnement de bien-être et de confort. Il faut monter à cheval un jour. Et puis c'est la cerise sur le gâteau ! Elles se font plaisir."

Dans le manège, Eric Villeret photographie ses élèves.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Dans le manège, Eric Villeret photographie ses élèves. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

"Elles" sont un bon groupe, de son aveu, motivé. Uniquement féminin, ce n'est pas rare : les femmes constituent environ 80% des licenciés de la Fédération Française d'Equitation, selon Eric Villeret. Il nous parle d'elles : "Johannie, elle tourne à 15 de moyenne, elle pourrait poursuivre en BTS, ou être employée là où elle travaille. Yvanilde aussi pourrait continuer après le bac, Marie souhaiterait rentrer tout de suite dans la vie active... "

Ces cours, c'est aussi l'occasion de faire le point sur ce qui se passe en entreprise. Conforter, féliciter, désamorcer.

"Leurs chemins et leurs parcours en entreprise sont différents. Il est important de les considérer. La difficulté est plus souvent liée au caractère du jeune qu'à celui de l'employeur. Même si chacun dans ce milieu a fort caractère ! Les jeunes filles peut-être un peu plus que les garçons... Il faut accepter les obligations de travail, les choix d'entreprise." 

Le plus dur, ce n'est pas le rythme, ce n'est pas la hiérarchie. Pour le formateur : "Le plus dur, c'est de ne pas considérer le cheval comme une refuge affectif. On est dans un registre professionnel. Il faut que les jeunes arrivent à composer entre l'affectif lié à l'animal et la vie en entreprise. Il leur faut à peu près six mois pour être opérationnels."

Laurie, 17 ans, a l'air d'avoir passé la phase. Elle aussi travaille dans une écurie de course. "Moi, je dois préparer les chevaux avant de courir, évaluer leur vitesse, et voir s'ils peuvent aller plus loin. Ou alors les vendre pour du club, ou de la balade. Ou si vraiment ça va pas, ils partent à la boucherie."

Laurie travaille dans écuries de course, où il faut parfois laisser ses émotions de côté.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Laurie travaille dans écuries de course, où il faut parfois laisser ses émotions de côté. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

Venues quand même

Distante ? Oublieuse de l'animal ? Ce serait faire semblant de ne pas voir toute l'attention qu'elle met dans ses soins. L'affection aussi. Ce serait faire semblant d'ignorer les baisers distribués aux chevaux, leurs ententes, leurs sourires. Ces deux apprenties blessés – l'une au poignet, en moto ; l'autre au tibia, dans un accident de cheval – mais qui sont venues tout de même.

Cheyenne, aujourd'hui, n'a pas pu monter : elle se console comme elle peut ! (Merci pour cette photo) / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Cheyenne, aujourd'hui, n'a pas pu monter : elle se console comme elle peut ! (Merci pour cette photo) / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

Yvanilde a 17 ans. Elle aussi, elle est venue quand même. Prénom de princesse, destin de cavalière. Qui n'a pas toujours plu. Son père et ses grands-parents sont agriculteurs. Elle grandit "là-dedans", s'ennuie en filière générale.

"Au début, ma mère disait que ça serait plus facile, qu'un bac pro serait pas un vrai bac, mais je m'investissais plus en Générale... Et maintenant elle voit qu'il n'y a pas tellement de différence. A part que ça me plaît !"

L'enthousiasme d'Yvanilde a fini par convaincre sa mère, réticente au tout début face à l'apprentissage.  / © Yacha Hajzler
L'enthousiasme d'Yvanilde a fini par convaincre sa mère, réticente au tout début face à l'apprentissage. / © Yacha Hajzler


Le bac, d'ailleurs, il va falloir le passer, et ça ne va pas se faire tout seul ! Eric Villeret nous détaille toutes les épreuves à passer : "Les épreuves techniques sont vastes : une épreuve sur la filière, une épreuve de comptabilité-gestion, une épreuve de débourrage, une épreuve à cheval du niveau galop 6 ou 7. Elle est constituée d'une séance d'équitation d'une heure avec deux chevaux, ils doivent amener ce cheval sur une ligne d'obstacle.

Et c'est pas fini ! "A l'issue de l'épreuve, il y a un entretien de dix minutes avec le jury pour expliquer leur travail. Comment et pourquoi ils ont travaillé. Plus une épreuve d'attelage, parce que j'ai choisi ce module. Ils ont aussi une épreuve en hypologie, plus un dossier sur la gestion d'une cavalerie."

Derrière il faudra s'insérer. Et le formateur sait que ça ne sera pas facile. Dans cette filière élitiste, seuls les meilleures arriveront à se faire la place qu'elles souhaitent. Mais dans les boxes et sous les bombes on a des rêves plein la tête : faire le tour du monde, monter sa propre écurie, devenir garde à cheval...

Pour y parvenir, ces jeunes femmes ont choisi de tout prendre de face. Les cours de comptabilité et de gestion, le paillage à l'écurie, les cours pratiques, le monde de l'entreprise... Et heureusement, le vent, quand elles sont au galop.

Le groupe de 1ère Bac Pro palefrenier-soigneur du CFA des Fondettes, au complet.  / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Le groupe de 1ère Bac Pro palefrenier-soigneur du CFA des Fondettes, au complet. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

ANNEXE : Et après ?

"Les débouchés ne sont pas évident du tout, je tiens à le dire. C'est élitiste" annonce d'entrée de jeu Eric Villeret. Il a cependant énuméré pour nous un certain nombre de poursuites d'études ou de carrières possibles :

- Soigneur : il y a pas de place, saug pour les concours, qui sont en demande de soigneurs efficaces, et de grande confiance.
- Gérer un groupe de chevaux (un "piquet") en écurie ou en centre équestre
- Préparer un Brevet Professionnel d'enseignant animateur en équitation
- Devenir cavalier de jeunes chevaux dans une écurie privée ou au Harras du Pin, en Normandie ( pour les "meilleurs des meilleurs")
- Préparer une licence inséminateur, filière d'un assez haut niveau
- Enchaîner avec un BTS conduite d'entreprise liée à l'élevage, avec un module complémentaire d'hypologie 
- Enchaîner avec un BTS production animale, "très mathématique et très pointu"