Rentrée 2020 : entre casse-tête et incertitude à l’Université de Tours

Cours à distance, ou classes avec rotation des élèves… L'incertitude demeure sur la rentrée universitaire de septembre. Si le gouvernement invite à une rentrée entre présentiel et distantiel, à Tours, plusieurs scénarios sont en cours d’évaluation.
À Tours, la rentrée universitaire se prépare dans le flou. (Photo d'illustration)
À Tours, la rentrée universitaire se prépare dans le flou. (Photo d'illustration) © Simon Daval / MaxPPP

Comme pour les écoles, les collèges et les lycées, le retour des étudiants à l’université s’annonce comme un véritable casse-tête. La rentrée universitaire 2020 aura-t-elle lieu à distance ou en présentiel à Tours ? “Nous étudions toutes les hypothèses”, répond le président de l’université de Tours, Philippe Vendrix, qui commence à préparer la rentrée aux côtés des enseignants, et avoue être “démuni” face aux consignes gouvernementales. Ce jeudi 4 juin, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidale, a notamment invité les universités à réfléchir à une rentrée entre présentiel et distantiel.

 

Un casse-tête pour éviter les amphis bondés

À Tours, ce sont plus de 25 000 étudiants qui doivent revenir sur les bancs des amphithéâtres. Un scénario que le président de l’université a du mal à envisager. “Si l’on doit suivre le protocole sanitaire, on remplirait nos amphithéâtres à seulement un quart de leur capacité”, explique Philippe Vendrix, avant de s'interroger : “Nos enseignants ne peuvent pas se démultiplier, il faudrait augmenter l’amplitude des plages d'enseignement. Et comment pourrait-on gérer les flux dans les bâtiments, et dans les restaurants ? C’est irréalisable.” Dans l’attente de consignes plus claires, les équipes pédagogiques tentent de s’organiser pour imaginer les modalités d’une reprise des cours.

 

"Imaginer un enseignement sans rencontrer nos étudiants est un leurre !"

Mais à ce stade, une chose est certaine : la généralisation des cours à distance inquiète enseignants et étudiants. Pierre-Yves Monjal est professeur de droit public à l'université de Tours. Il a signé le 19 mai une tribune intitulée “Universités : contre un enseignement «100 % à distance»” dans les pages de Libération. “Imaginer un enseignement universitaire sans rencontrer nos étudiants est un leurre !”'dénonce le professeur. “La ministre veut nous imposer le distantiel, au motif que l’on a réussi à assurer la fin d’année universitaire sans se déplacer.” 

Pour lui et les signataires de la tribune, un système entre présentiel et distantiel peut seulement être mis en place dans les filières où les étudiants sont peu nombreux. “La fac de droit de Tours compte chaque année 1 200 étudiants de première année. Dans les salles de TD (travaux dirigés) de trente places, on ne pourra pas pousser les murs, on sera finalement forcés de faire du distantiel !” La piste proposée par les signataires de la tribune : repousser le début de l’année universitaire.

 

 

L’enjeu de la fracture numérique

Mais si les cours doivent reprendre à distance à la rentrée, l’un des risques est de connaître un taux de décrochage important l'année prochaine, avec des étudiants touchés par la fracture numérique. La crise sanitaire a mis en lumière des inégalités entre étudiants, en termes d’équipement et de connexion, pour avoir accès aux cours et aux examens à distance, en cette fin d’année universitaire. “L’université devra absolument renforcer l’accès aux outils informatiques et technologiques”, prévient Jude Nestor Mandzekele, étudiant et président du syndicat Unef (Union nationale des étudiants de France) à Tours. Bien que l’université ait prêté des ordinateurs et des clés 4G à la quasi-totalité des personnes qui en ont fait la demande selon l’Unef, ce matériel doit être rendu d’ici le mois d’août. 

 

 

Autre crainte du syndicat, en cas de maintien des cours à distance : la situation des étudiants étrangers qui doivent venir étudier à Tours à la rentrée. Alors que le gouvernement annonce ne pas autoriser les étudiants venant de pays hors de la zone Schengen à entrer sur le territoire, le syndicat Unef “reçoit de nombreux mails de la part d’étudiants inquiets de devoir rester dans leur pays.” Certains de ces étudiants rencontreront aussi des difficultés à suivre des cours à distance.

 

Beaucoup d’étudiants d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne qui doivent venir en septembre nous disent avoir un système de connexion moins puissant que celui que nous avons en France, ni le matériel adéquat. Jude Nestor Mandzekele, président du syndicat Unef à Tours

Pour l’heure, l’université de Tours continue de répondre favorablement aux demandes des étudiants étrangers dans l’optique de les accueillir en septembre.

L’établissement anticipe cependant des modifications, quant aux manifestations culturelles et sportives, pour l’accueil des nouveaux étudiants. Tours à Vélo ou la Nuit des Etudiants du Monde à la mairie ne pourront pas être organisés comme avant”, regrette Philippe Vendrix, le Président de l’université.

 

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