Vaccination : le Centre-Val de Loire à la traîne par rapport au reste de la France

Avec plus de 4 000 professionnels de santé et résidents d'Ehpad vaccinés au 11 janvier, le Centre-Val de Loire est une des régions qui vaccinent le moins de France. A six jours de l'ouverture de la vaccination à tous les plus de 75 ans, le point sur l'organisation de la campagne dans la région.

Une dose de vaccin contre la Covid-19, image d'illustration.
Une dose de vaccin contre la Covid-19, image d'illustration. © Fred Haslin/MaxPPP

Cette fois, la campagne de vaccination semble avoir trouvé son rythme de croisière. Alors que seules 2 000 personnes avaient reçu une dose de vaccin contre la Covid-19 au dixième jour de la campagne le 6 janvier, elles sont ce lundi 11 janvier plus de 138 000, à en croire les chiffres communiqués par le ministère de la Santé. 

En Centre-Val de Loire aussi, les vaccinations se multiplient.

Ce 11 janvier, 4 257 personnes avaient reçu une dose de vaccin dans la région, soit 0,16% de la population régionale. Et si ce taux devrait augmenter drastiquement ces prochaines semaines - le gouvernement souhaite atteindre le million de vaccinés dans le pays d'ici la fin du mois de janvier - la région semble à la traîne par rapport au reste de la France.

Au niveau national, le taux de vaccination est en effet proche des 0,21%. La Normandie et la Nouvelle-Aquitaine, avec plus de 0,3% de leur population vaccinée, font office de très bons élèves.

A l'inverse, en région PACA, où quatre des cinq départements enregistrent pourtant un taux d'incidence supérieur au seuil "d'alerte maximale" de 250 pour 100 000 habitants, seul 0,13% de la population a reçu une dose de vaccin. Le taux le plus bas de France ce 11 janvier.

En Centre-Val de Loire, le peu de vaccinés peut s'expliquer par "le faible nombre de professionnels de santé à vacciner dans la région", à en croire la députée LREM du Loiret, Stéphanie Rist. Le gouvernement a en effet élargi la vaccination, d'abord réservée aux résidents d'Ehpad, aux professionnels de santé de plus de 50 ans ou présentant des comorbidités

Alors pour la députée de la majorité, médecin de formation, aucun retard dans la stratégie de vaccination n'est à signaler dans la région, et encore moins au niveau national.

Il ne faut pas juger une campagne de vaccination au bout de trois semaines, mais au bout de trois mois. On n'a pas des doses illimitées, il faut être pragmatique.

Stéphanie Rist, députée LREM du Loiret et médecin

Nombre d'élus et d'acteurs médicaux continuent de regretter un manque de clarté de la communication gouvernementale. Ainsi, alors que la vaccination sera ouverte à tous les plus de 75 ans ce lundi 18 janvier, la liste des centres qui seront ouverts à cette date est toujours indisponible. Ce 11 janvier, 179 centres de vaccinations étaient ouverts en France. Un chiffre qui doit passer à 300 dans une semaine.

En Centre-Val de Loire, 18 centre vaccinent déjà les professionnels de santé. De nouveaux centres doivent ouvrir dans six jours, mais leur localisation et public cible (professionnels de santé ou grand public) ne sont toujours pas déterminés, précise l'Agence régionale de santé. Les discussions sont ainsi toujours en cours entre les acteurs locaux et les préfets, qui doivent ultimement décider de la désignation des lieux les plus adaptés à la vaccination.

Une incertitude latente, que dénonce notamment André Laignel, maire PS d'Issoudun dans l'Indre, et vice-président de l'Association des maires de France (AMF). Pour lui, les élus locaux sont "en permanence victimes des retards de l'Etat" :

On a eu une réunion avec le préfet pour voir comment associer les élus locaux. Un certain nombre d’entre nous a mis en place des centres de vaccination, car tout le monde n’a pas un hôpital à proximité. Mais les discussions se font dans le désordre. L'Etat nous rencontre, mais ne nous écoute pas.

André Laignel, vice-président de l'AMF

Au total, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que "6 ou 7 centres" seront ouverts par département. Limiter le nombre de centres devrait permettre de diminuer "les risques de déconvenue en terme d'alimentation de ces centres" en vaccin, a-t-il expliqué ce 12 janvier devant la Commission des Affaires sociales. 

La liste des centres de vaccination et leur localisation sont consultables sur une carte interactive du site santé.fr, mis à jour à chaque nouvelle ouverture. Les Français pourront prendre rendez-vous dès ce jeudi 14 janvier, sur l'une des trois plateformes désignées par le gouvernement (Doctolib, Maiia et Keldoc). 

Pouvoir participer à la campagne de vaccination, "c'est un souhait de la profession", confesse Eric Doudet, président du conseil régional de l'ordre des pharmaciens. Gérant d'une officine à Tours, il affirme être "en contact avec l'ARS pour la vaccination dans les Ehpad", mais pas sur le volet grand public.

Eric Doudet met pourtant en avant "l'expérience des pharmaciens, qui vaccinent contre la grippe depuis trois ans avec le succès que l'on connait". Pour lui, "l'avantage est la bonne démographie des pharmacies, un maillage territorial qui permet à chaque français d'avoir un vaccin près de chez lui". 

Revendications similaires du côté des médecins. "Se faire vacciner par son médecin traitant, c'est un message important à faire passer à la population", avance le Dr. Olivier Ferrand, président du syndicat des médecins généralistes du Cher et généraliste à Marmagne. Pour lui, "organiser des centres de vaccinations proches des gens" est le meilleur moyen de donner confiance dans le vaccin :

Les décideurs politiques veulent refaire des centres de vaccination comme pour la grippe H1N1. Résultat, on a eu 10% de vaccinés. Ca marche peut être en Allemagne, mais pas dans nos campagnes.

Dr. Olivier Ferrand, président du syndicat des médecins généralistes du Cher

Pourtant, à l'instar des pharmaciens, Olivier Ferrand affirme ne pas avoir eu de contact avec le préfet, en vue de participer à la campagne de vaccination grand public. Une stratégie "criminelle" selon lui, alors que "plus de 100 personnes se sont déjà inscrites sur un registre de volontaires à la vaccination que nous avons mis à disposition des patients". 

Pour le moment, la participation des pharmaciens et médecins généralistes du territoire semble écartée par le gouvernement. Devant la Commission des Affaires sociales ce 12 janvier, le ministre de la Santé a en effet convenu que "la conservation extrêmement complexe" des vaccins Pfeizer et Moderna rend difficile la vaccination hors-centres :

Lorsque nous disposerons de vaccins qui eux se conservent entre 2 et 8 degrés, d’usage plus simple et plus classique, nous souhaitons nous appuyer sur l’ensemble du maillage territorial de soignants.

Olivier Véran, ministre de la Santé

Avant de faire allusion à la vaccination contre la grippe saisonnière, possible "chez le médecin, chez l’infirmier, chez le pharmacien, [qui] permet de vacciner plusieurs millions de français en une semaine". Olivier Véran promet alors la sollicitation, auprès de la Haute autorité de Santé, d'un "protocole de coopération de l’HAS" pour faire participer le maillage de soignants.

Jusqu'à la fin du mois de février, seules les populations identifiées (professionnels de santé, résidents d'Ehpad et personnes de plus de 75 ans) pourront se faire vacciner.

Dans un second temps, la vaccination sera élargie aux personnes âgées de 65 à 74 ans, avant une ouverture à tous à partir du printemps.

 

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