Violences dans le football : on vous explique comment les instances sportives et l'État veulent y mettre fin

Les violences dans le football amateur se multiplient. Entre les discriminations de toutes sortes, les violences physiques ou verbales et les débordements répétés dans de nombreux stades, la Fédération Française de Football, la Ligue du Centre et même une préfecture se mobilisent.

C'est un fléau de plus en plus récurrent. Le caillassage du bus lyonnais à Marseille, la mort d'un supporter nantais avant un match à Nice, un feu d'artifice qui blesse le gardien clermontois Mory Diaw à Montpellier en sont des exemples. Entre octobre et décembre 2023, les faits divers footballistiques n'en finissent plus de pleuvoir. 

Dans la région Centre-Val de Loire aussi, les incidents récents sont nombreux. Le caillassage du bus de supporters de Bastia à Mainvilliers le 24 mars, un coup de couteau sur un jeune d'Issoudun le même jour ou les multiples débordements à Joué-lès-Tours prouvent que le football régional et amateur est aussi gravement touché par ces actes violents, qui dépassent désormais le seul cadre du sport. 

Une licence à points pour les U18 et les séniors 

Face à ce constat, les services de l'État et les instances sportives tentent de trouver des solutions. "C'est un phénomène de société. Les stades de foot ne sont pas des défouloirs", avance Antonio Teixeira, le président de la Ligue du Centre-Val de Loire.

Pour espérer régler cette problématique, la Ligue du Centre expérimente d'ailleurs depuis deux ans une licence à points. Le principe est le même que le permis de conduire. Chaque joueur a 12 points sur sa licence et perd des points à chaque sanction disciplinaire. Le nombre de points perdus correspond au nombre de matchs de suspensions infligés. 

Si le joueur perd tous ses points, il est suspendu de toutes compétitions durant un an. "Cette licence a des effets sur sur les incivilités. Elle a permis de mettre plusieurs joueurs hors course", assure le président de l'instance régionale. 

Un plan d'urgence en Touraine

À Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire, on a décidé de frapper encore plus fort. La préfecture, la ville, le club et le district ont décidé de signer un plan d'urgence. Une "charte d'engagements dans la lutte contre les violences lors de matchs du Joué-lès-Tours Football Club Touraine".

Dans cette charte, 36 engagements ont été désignés pour chaque acteur. Sa création est due à la montée des violences marquée par trois évènements marquants survenus en mars, mai et octobre 2023 durant lesquels des arbitres avaient été agressés et des équipes adverses escortés pour sortir du stade.

Au vu de ces violences "le préfet avait décidé de suspendre les subventions en faveur du club dès lors qu'une charte d'engagements ne soit signé", précise la préfecture d'Indre-et-Loire.

Pour le club, cette charte comprend notamment la nécessité de "filtrer le public à l'entrée du stade" ou "d'agir pour faire venir davantage de joueurs d'autres quartiers et avoir de la mixité".

Pour le district, "agir pour lutter contre le racisme lors de matchs auprès des arbitres et des délégués, des joueurs et des supporters, ne laisser passer aucune insulte ni comportement raciste". La mairie devra installer des caméras de surveillance, sécuriser le stade ou encore "assurer des passages de la police municipale lors de matchs à risque"

Quant à elle, la préfecture d'Indre-et-Loire est "chargée de lancer une étude sur la sécurisation des matchs" et de "contribuer à l'identification des fauteurs de troubles". Elle a aussi la charge d'organiser un comité de suivi de cette charte tous les 6 mois. 

Ce ne sont pas forcément les licenciés du club mais ce sont souvent des bandes qui viennent pour se défouler.

Antonio Teixeira, président de la Ligue du Centre

Un plan de sécurité que n'exclut pas de dupliquer Antonio Teixeira dans d'autres départements posant problème. "Il fallait prendre des mesures pour éviter et arrêter cette hémorragie qui pénalisait notamment les dirigeants bénévoles", avance-t-il.

"Après le bilan de cette première, on pourrait le dupliquer dans d'autres départements où l'on sait que c'est sensible [...] On peut l'imaginer en Eure-et-Loir par exemple où l'on sait qu'à Dreux ou Mainvilliers, ce n'est pas toujours simple", poursuit-il. 

Une nouvelle commission nationale mise en place dès le mardi 2 avril

La problématique est désormais aussi prise au sérieux au niveau national à la Fédération Française de Football puisqu'elle a créé une commission de l'engagement. Son plan d'action s'articule autour de trois axes prioritaires :

  • lutter contre toutes les violences et discriminations
  • renforcer la dimension éducative et inclusive du football 
  • créer les conditions d'un développement durable du football

On doit accompagner nos clubs et bénévoles. On doit absolument leur apporter des moyens pour s'adapter aux faits de société d'aujourd'hui mais aussi les combattre.

Antonio Teixeira, président de la Ligue du Centre.

Un plan large, mais voué à corriger les problématiques récurrentes du football. Antonio Teixeira fait d'ailleurs partie du comité de lutte contre les violences et discriminations. "Ce mardi 2 avril, le président de la fédération [Philippe Diallo, NdR] va nous donner une feuille de route et les attentes, après lesquelles on créera notre plan d'action pour un déploiement d'ici au début de la saison prochaine dans tous les territoires."

Les mesures seront en prises en collaboration avec les services de l'État et le ministère des Sports.